‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 205 sur 233 · CHAPITRE XIII. — DU SILENCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — DU SILENCE

serai-je mort demain, j'aurais alors la consolation de m'être tu la veille pour mieux préparer ma langue à chanter au ciel les louanges du Seigneur. »

ARTICLE II

De la seconde sorte du silence, à savoir des lieux où il e«t défendu de parler.

Le. silence dont traite l'article précédent est appelé simple. Les deux autres sont qualifiés de grands et étroits ; summum silentium, dit saint Benoît. (Reg. c. 52.) Car, bien que ce grand et étroit silence soit de nature, s'il était perpétuel, à faire marcher à grands pas vers la perfection, cette vertu éminente étant connue de peu d'àmes, le saint législateur s'est contenté de mettre à notre langue une porte perpétuelle se refermant comme d'elle-même sous l'impulsion du cœur, et il n'a ajouté la serrure du plus étroit et indispensable silence que pour certains lieux et certains temps limités.

Pour ce qui est des lieux, il marque avant tout l'oratoire, qui est le lieu de la prière ou l'église, et il défend d'y aller pour autre chose que pour prier et prier sans bruitnide voix ni de soupir ; il veut de même qu'on en sorte dans le plus parfait silence. Par l'église, on n'entend pas seulement le chœur et la nef, mais encore la sacristie qui est une dépendance de l'église, comme le disent expressément, à propos du silence, les constitutions des Carmes , des Augustins , des Théatins et des Jésuites.

iOO LA JOURNÉE PIEUSE.

Le second lieu du silence est le réfectoire où saint Benoît, comme tous les autres législateurs religieux, veut qu'on fasse un très -grand silence. Summum silentium fiât ad mensam, afin qu'on n'entende d'autre bruit ni d'autre voix que la lecture: Ut nuUius mussitatio vel vox, nisi solius legentis audiatur. (Reg. c. 38.)

Comment, en effet, prêter, sans cela, une attention convenable au lecteur et comment tirer profit de ce qu'il lit ? Comment dès lors sanctifier une action qui porte naturellement l'esprit à se relâcher et le cœur à s'attiédir ?

Le troisième lieu du silence est le dortoir auquel se doit ajouter la pièce commune chauffée en hiver, soit pour y travailler, soit pour y faire une halte en sortant de l'office de la nuit.

Et ce ne sont pas seulement les statuts monastiques qui ont établi ces ordonnances: mais le pape Innocent III dans sa décrétale Cum ad monasterium , en rappelant l'ancienne discipline religieuse , dit ces mots : «Que dans l'église, au réfectoire et au dortoir, on observe toujours un continuel silence. »

ARTICLE III

Du troisième et plus étroit silence en certains temps.

« Sur le soir, dit Pline, les abeilles vont diminuant peu à peu leur bruit dans leurs ruches, jusqu'à ce qu'une d'entre elles voltigeant à l'entour, par le même son aigu qui avait servi le matin à les éveiller, leur

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