CHAPITRE XIII. — DU SILENCE
intime le silence et le repos ; alors, il se fait tout à coup un si grand silence qu'on dirait un corps d'armée obéissant à la consigne. » (Plin. lib. 11, c. 10.) Or, je dirai volontiers aux violateurs du silence la même chose que dit saint Jérôme en un autre sujet. « Ne rougissez pas d'apprendre de ces petits êtres l'ordre de nos monastères et la discipline régulière. » (S. Hier. epist. 4, ad Rust.) J'appliquerai surtout ces paroles au silence de la nuit prescrit par ce passage de la règle bénédictine : « Qu'en sortant de compiles, il ne soit plus permis à qui que ce soit de dire un seul mot, et, s'il se trouve quelqu'un qui transgresse cette règle, qu'il soit soumis à une plus griève punition. » (Rcg. c. 42.) S. Pacôme, Cassien et les autres Pères, avant comme après saint Benoît, ont établi la même discipline sous des peines plus ou moins grandes, et il n'y a rien de plus universellement reçu dans tous les Ordres religieux que l'obligation d'un rigoureux silence depuis compiles au lendemain.
C'était dans le même but que saint Pacôme ordonnait de prier Dieu à ceux qui se réveilleraient la nuit. Il est vrai que ce temps de la nuit est si propre à la dévotion et au recueillement nécessaire pour traiter avec Dieu seul, que l'Eglise nous fait commencer compiles et les heures du silence par cette prière : Couverte nos, Deus, salu taris nos 1er, c'est-à-dire, selon le bienheureux Humbert : « Convertissez- nous, Sei gneur, des choses extérieures à l'intérieur. » Faisons donc cesser alors tout le tracas et toutes les sollicitudes de la journée, fermons tout-à-fait notre bouche?
afin de pouvoir ensuite commencer l'office de la nuit par ces mots : Domine, labia mea aperies et os meum annuntiabit laudem tuam. « Ce seront vos louanges, Seigneur, qui m'ouvriront les lèvres, et ma bouche les annoncera, y