CHAPITRE XIV. — DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE
nus péchés ? Et quelle connaissance en pouvons-nous avoir sans réfléchir sur nous et sans discuter nos pensées, nos affections, nos paroles et nos actes ou nos omissions ? Nous voyons directement et trop clairement les fautes de nos semblables; niais sans réflexion nous ne verrons jamais les nôtres: Argus dans la maison d'autrui, nous serons comme des taupes dans la nôtre. Chez nous nous craignons de voir clair et nous préférons que l'obscurité règne dans la maison de notre conscience, pour ne pas être empêchés de rire et de nous égayer, à notre aise.' Ainsi faitun négociant qui, sachant ses affaires mauvaises, fuit ses livres de compte, comme une lumière importune, et cherche à s'étourdir dans les distractions du monde. Nous fuyons l'examen de notre intérieur qui troublerait notre vie dissipée, et nous ne considérons pas que la joie de l'ignorant est celle d'un frénétique d'autant plus malade et plus proche de la mort qu'il rit plus éperdûment. Pour vous, lecteur, vous repoussez bien loin cette folie et vous désirez de vous connaître vous-même. Il y a longtemps que vous vous plaignez de ce que, cherchant cette vraie sagesse qui est la connaissance de soi-même, vous ne la trouvez point; vous ne pouvez, dites-vous, remarquer vos fautes, vous ne voyez goutte en votre intérieur. Voulez-vous bien vous, connaître ? Après la lumière céleste que vous devez demander instamment, rentrez sans cesse en vous-même, « habitez chez vous.» Votre maison intérieure ne sera jamais obscure à ce point que vous n'y aperceviez bien des choses dont vous ne soupçonnez pas la présence, si vous vous ac-
'tOt't LA JOURNÉE PIEUSE.
eoutumez-à l'habiter. Il vous arrivera comme à ceux qui séjournent dans les cavernes ; en y entrant, ils ne voient d'abord rien, mais en y demeurant, ils découvrent mille choses que n'aperçoivent pas ceux qui viennent du dehors. Recueillez-vous souvent, repliezvous sur vous-même, réfléchissez sur ce que vous pensez, dites ou faites ; épluchez vos intentions et, quelque parfait que vous soyez, vous trouverez amplement de quoi vous mépriser et vous humilier. S'il y a quelqu'un qui se persuade que rien ne lui manque, c'est à celui-là que tout manque. La maxime est de saint Bernard. (L. 2. De, Consicl.)
Il y a une seconde raison d'examen, qui est d'éviter ainsi les péchés ; car de la connaissance du mal en procède la haine, l'horreur et la fuite. L'examen sérieux et l'enquête continuelle sur nous-mêmes nous révèle et nous manifeste nos fautes; la connaissance que nous en acquérons leur ôte le masque du bien et la vigilance nous garde de surprise. Au contraire, dit Sénèque, ce qui nous rend très-méchants, c'est que personne n'envisage sa vie. Le commencement de la componction et par conséquent de la con/ersion et de la pureté de vie, c'est la connaissance de nous-mêmes et la réflexion sur nous-mêmes. Qu'est-ce qui amena la Madeleine aux pieds du Fils de Dieu, sinon le coupd'œil jeté sur sa vie? Elle aperçut les souillures de son âme et accourut à la fontaine de miséricorde, dit saint Grégoire. (Hom. 33, in Evangel.) Qu'est-ce qui obligeait tant de saints, quand ils étaient au séjour terrestre, à s'examiner continuellement, sinon le désir de la pu-