CHAPITRE XIV. — DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE
de l'apôtre que « si nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons pas jugés. » (Cor 11). Que l'homme s'élève contre lui-même sur le tribunal de son esprit, dit saint Anselme, qu'il fasse comparaître par devant lui au jugement de son cœur pour accusateur le souvenir, pour témoin sa conscience, pour bourreau la crainte qui tire, sinon le sang, au moins les larmes du criminel; qu'ensuite il prononce sa sentence et s'impose l'expiation dont il est digne, que s' ensuivra- t-il ? Qu'il y aura prévention de cause, dit ce grand docteur, et que la justice divine cessera ses poursuites heureusementprévenues parle jugement de l'homme. Plus une âme est près de Dieu, plus elle se déplaît et trouve à reprendre en ses actions, de la même façon que plus la lumière est éclatante, plus elle fait découvrir de taches sur les objets qui paraissaient d'abord en être exempts.
De plusieurs sortes d'examen.
C'est avec raison que les saints Pères ont remarqué et admiré les diverses réflexions que Dieu faisait sur ses œuvres en les créant. Chaque jour étant achevé, le Seigneur passait comme en revue ce qu'il avait produit et, à la fin de la grande et féconde semaine, il fit une espèce d'examen général de toutes les créatures appelées à l'existence et y donna une entière approbation. Pourquoi cette revue générale de l'ensemble, puisque chaque chose était bonne ? C'est que les êtres ont deux bontés : l'une propre, absolue, particulière et
convenable à leur nature ; l'autre, relative, en tant qu'ils font partie de l'univers et occupent leur place dans le tout. Par exemple, le bras d'une statue peut être Lien fait en soi et ne pas avoir un juste rapport, à la grosseur de la tète, aux dimensions du corps. Après avoir déclaré de chaque espèce d'êtres leur perfection particulière, Dieu voulut affirmer aussi d'un coup d'œil simultané leur perfection générale et respective. C'est alors seulement qu'il put dire en toute vérité que tout était bon et très-bon. Valde bona.
Remarquez, de plus, combien de réflexions et de sortes d'examen Dieu fit en cela. Vous y trouverez d'abord un examen journalier de l'œuvre de chaque jour, puis un double examen particulier au troisième jour, l'un avant, l'autre après la production de la terre et de ses végétaux; enfin, un examen général de toutes les créatures, examen comparatif et définitif.
Imitons dans l'examen de nos actions ce que Dieu a fait dans l'examen de ses œuvres et suivons en ceci les pieuses industries que nous ont marquées les saints.
Il y a de temps à autre un examen général de toutes nos fautes, pour les soumettre au tribunal de pénitence que Jésus-Christ a établi dans son église et dont nous avons parlé au Ve chapitre de ce livre.
Il y a un autre examen qu'on appelle aussi général, maisjournalier, etqu'on doitfaire deux fois le jour ;l'un plus court à midi, comme nous l'avons vu, et l'autre plus ample, au soir, comme nous l'expliquerons en la section suivante.