‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 211 sur 233 · CHAPITRE XIV. — DE i/exAMEN DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. — DE i/exAMEN DE CONSCIENCE

Il y a un examen particulier de chaque action, au moins si elle a de l'importance, et spécialement de notre oraison, après que nous en sommes sortis, ou bien quelque temps après : de cet examen je ne dirai rien de plus que ce que j'en ai touché en divers endroits de ce livre.

Il y a un examen particulier, non de chaque action, mais de chaque vice ou vertu que nous prenons de temps en temps à tâche de surmonter on d'acquérir ; celui-là mérite que nous en disions ici quelque chose. Je tire ce très-utile exercice du saint abbé Sérapion cité par Cassien.il nous conseille de sonder et de bien observer quel est le vice particulier qui nous possède davantage et, l'ayant trouvé, de le combattre à outrance et de toutes nos forces. Ce grand personnage prend sujet de nous donner cet excellent avis sur ce que la Sainte Ecriture nous apprend avoir été conseillé au peuple de Dieu par Moïse et de la part de Dieu même, en ces termes : « Ne vous effrayez pas de la pensée qui vous viendra en l'esprit que ces nations (à la place desquelles vous devez habiter la terre promise) sont trop nombreuses pour être exterminées. Souvenezvous de ce que Dieu a fait jusqu'ici et sachez qu'il consumera ces nations devant vous peu à peu et l'une après l'autre ; vous ne les pourrez pas exterminer toutes à la fois. y> C'est ainsi, dit Sérapion, que tout en s' efforçant d'éviter tous les vices, il n'en faut combattre qu'un séparément, mais prendre celui-là, pour ainsi dire, corps à corps et ne le lâcher qu'après l'avoir exterminé.

Quand vous vous sentirez quitte d'un vice, ajoute le même auteur, rentrez dans le secret de votre cœur, découvrez la passion qui vous fait le plus de mal et prenez les armes pour la combattre à son tour. Chaque homme a ses passions et ses inclinations particulières, comme chacun a la croix que le Sauveur lui met sur les épaules. L'un est prompt à la colère, l'autre ne saurait commander à sa langue; celui-là prend trop de soin de la santé de son corps, celui-ci n'est jamais content si on ne l'estime et ne le loue, comme il se loue lui-même ; un autre est complaisant à l'office de la louange et, ainsi du reste. Or c'est contre ce vice principal et dominant qu'il faut dresser toutes nos batteries, dans l'espérance que , comme le capitaine qui par la prise de la citadelle d'une ville se rend maître de toute la ville, en surmontant le vice qui prédomine en nous il nous sera aisé de triompher des autres. David tua Goliath seul, Judith Holopherne seul, et l'un et l'autre mirent toute l'armée ennemie en déroute, pour avoir abattu les chefs. Au contraire, Saùl tua plusieurs Amalécites, mais parce qu'il avait épargné leur roi, contre la volonté de Dieu, ses exploits furent sans résultat. Pharaon fit étouffer tous les enfants mâles des Hébreux, mais il en laissa vivre un seul qui devint plus tard le chef des autres et leur libérateur.

Quant aux armes dont nous devons nous servir contre ce vice ennemi, c'est la prière continuelle et le recours à Dieu. Pleins de confiance en la parole qu'il nous a donnée de nous exaucer, si nous continuons

Page 1