CHAPITRE XIV. — DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE
à ses religieux de mettre eu regard un jour avec un autre jour et de remarquer auquel restait l'avantage. Cette pratique vous sera d'une grande utilité. Car vous verrez par là quel est l'état de votre esprit et si vous ne figurez pas au livre des insensés qui proposent toujours tout et n'effectuent jamais rien, ou des lâches hypocrites qui paraissent faire des merveilles et languissent stationnaires dans une honteuse tiédeur.
Si vous progressez, mais peu et lentement, vous vous piquerez d'émulation pour doubler le pas en cet important voyage, tandis qu'il est jour et que la grâce s'offre à vous pousser au chemin du salut. Si vous trouvez avoir notablement avancé, vous vous en étonnerez et vous louerez Dieu de sa bouté sur vous, en lui exprimant la confiance qu'il vous aidera plus encore, si vous le secondez fidèlement. Si vous ne progressez point, recherchez-en la cause et conférez-en avec votre père spirituel dans une grande humilité qui sera du moins le succès de votre insuccès.
Enfin, j'ai deux avis nécessaires à vous donner ; l'un sur le choix des sujets de cet examen particulier, l'autre sur la façon d'y procéder.
Pour les matières à examiner, la meilleure est le vice qui domine en vous ou la vertu qui vous est la plus nécessaire. Mais, parce que l'ennui pourrait relâcher votre courage en un travail continu sur une même chose, ou parce que vous n'êtes pas assez spirituel peur discerner votre défaut principal, ou parce que dans le nombre de vos défauts vous ne savez lequel choisir, apportez y l'ordre suivant.
il 6 LA. JOURNÉE PIEUSE.
Si vous ne faites que commencer la vie dévote ou religieuse, prenez certaines vertus qui sont comme les préludes de la vie spirituelle, appliquez-vous d'abord à la modestie, puis au silence; c'est-à-dire efforcez-vous de composer votre corps et de régler votre langue. Ensuite prenez à tâche de ne commettre aucun péché véniel avec pleine advertance. Quelque temps après, étudiez-vous à réprimer tous vos sens, spécialement la vue et l'ouïe, à dompter chacune de vos passions, à retenir vos pensées et divagations d'esprit. Poursuivez alors ce que vous trouverez nécessaire de mortifier en vous. Vous irez peu à peu plus loin dans l'exercice des vertus les plus propres à votre degré d'avancement, pour les acquérir ou les accroître au moyen de l'examen particulier. Vous dresserez, par exemple, et purifierez de plus en plus vos intentions, vous les renouvellerez le plus souvent que possible pour la parfaite observance des obligations de votre état, pour la pratique de l'humilité, de la pauvreté, de la charité, l'une après l'autre. N'appliquez pas à une vertu entière chacun de vos examens, mais à un point seulement, ou à un certain acte soit intérieur, soil extérieur de telle ou telle vertu.
Le deuxième avis est pour les âmes scrupuleuses et pour les tièdes : les unes se rompent la tète à force de s'examiner, et les autres fuient la peine de cet exercice, sous prétexte d'en éviter les minuties et les scrupules. Il faut tenir le milieu entre les recherches excessives et la paresse lâche et sensuelle d'un même