CHAPITRE XIV. — DE l/EXAMEN DE CONSCIENCE
amour-propre. Il faut quelquefois aller tout franchement et tout simplement droit à Dieu en s'abandonnant à lui avec confiance, et toujours penser bien plus à le contenter par notre humilité de cœur qu'à nous satisfaire par une discussion de nous-mêmes qui ressemblerait à un travail d'esprit alambiqué. D'autres fois, cependant, vous ferez bien de vous stimuler et de vous contraindre à vider à fond, à éplucher en détail votre intérieur. Accommodons-nous à la disposition dans laquelle nous nous sentons et au sage conseil des maîtres ; ne craignons point la peine, mais ne prétendons pas non plus épuiser l'abîme de nos misères, ni travailler sur nous par fantaisie comme sur un sujet d'expérimentation morale qui intéresse notre orgueil, même dans les choses qui devraient le plus nous humilier.
Et, comme il y a des esprits qui se font peine de tout et qui pourraient s'embarrasser dans des examens multiples et divers, je les avertis qu'il est aisé de les réduire à deux, en mêlant l'examen particulier au général avant la réfection et avant le coucher. Dans ce double examen de chaque jour, il suffira après la revue générale des péchés commis, de tourner les yeux avec une spéciale attention sur le vice que l'on attaque en particulier et sur la vertu dans laquelle on s'exerce de préférence.
SECTION II
DE l'examen OU EXERCICE DU SOIR.
ARTICLE 1
De la nécessité de faire soigneusement son examen avant le coucher.
Il y a peu de personnes qui fassent bien leur examen, et il y en a une infinité qui ne le font pas du tout, chose vraiment honteuse pour des chrétiens qu'il faudrait renvoyer à l'école de Pythagore, de Sextius, de Sénèque et de plusieurs autres païens aux yeux desquels une journée était perdue quand elle ne s'achevait pas dans un diligent examen de leur vie. (Laert. Pith. — Senec. 1. 3, 1. c. — Etobceus. Serm. 6.) Je ne saurais, en présence de tels exemples et des motifs que j'exposerai tout à l'heure m'étonner assez qu'il existe des âmes si peu chrétiennes, si peu raisonnables que de vivre sans ombre de réflexion, de passer les heures en plaisirs et en divertissements trop souvent coupables, de se mettre à table pour finir leur journée, de raconter ensuite quelques sornettes, de jouer ou de s'amuser en quelque manière et d'aller ensuite se livrer au sommeil sans prier Dieu ni se reconnaître. Quelle folie! quelle témérité ! quel outrage! Et l'homme sensé peut-il s'oublier à ce point et perdre ainsi de vue ses plus chers intérêts, les seuls, à proprement parler, dont il devrait s'occuper sérieusement?