CHAPITRE XIV. — DE L'EXAMEN DE CONSCIExNCE
Malheureux ! vous allez dormir et votre Ame est en état de péché mortel ! Mais si la mort, qui est la sœur du sommeil , survenait, comme il est arrivé à plusieurs, savez- vous où vous iriez vous réveiller, devant quel uge et dans quels abîmes ? (Judith. 4.)
Plusieurs personnes font leur examen le soir; mais de quelle manière ? Les yeux gros cle sommeil et bien plus tournés du côté de leur lit que de leur conscience. On s'examine par cérémonie, mais c'est un masque d'examen et en réalité c'est l'évagation des pensées, c'est l'ennui, l'impatience et le dégoût. Appesanti et déjà couché d'intention, on rend grâces à Dieu, mais tant bien que mal et à l'avenant; on lui demande sa lumière, mais sans s'élever à lui de cœur et d'esprit, on recherche ses fautes, mais superficiellement et à la façon d'un enfant qui court dans la prairie et saisit de sa main l'extrémité des herbes ; on demande pardon, mais froidement; on propose de se corriger, mais dans une telle langueur que rien ne s'ensuit, sinon le sommeil : et ainsi le lendemain, comme la veille, et avec cela tous les jours mêmes fautes et même train de vie. Ah ! ne soyez point de ces gens-là, secouez le sommeil au moment de vous examiner et écoutez Jésus qui vous dit : « Vous dormez!... vous n'avez donc pu veiller quelques instants avec moi ? » (Marc. 14.) C'est ici le petit consistoire de l'âme, suivant l'expression de Philon, et vous y êtes juge et partie. « Juge, vous dormez, vous crie votre conscience. J'en appelle de vous endormi à vous éveillé; revoyez mieux ma cause qui est la vôtre ; discutez nos comptes, balancez no?
gains et nos pertes qui ne nous importent de rien moins que de la vie et de la vie éternelle. »
« Je "vous en conjure, mes frères, disait saint Bernard, que chacun de vous entre dans sa chambre, qu'il balaie sa conscience, qu'il se cherche soimême dans les recoins du cœur et qu'il fasse le tour des cachettes de son esprit. » Et ailleurs il dit encore : « Que le cœur revienne de ses divagations à lui-même, qu'il comparaisse à son propre parquet, lui-même traduit devant lui-même, lui criminel devant lui juge sévère, lui moins pieux et moins timoré devant lui revenu cà la piété et à son devoir; qu'il se condamne et se purifie -de ses sottises et de ses lâchetés. C'est ainsi que le cœur se met en face du cœur. Sistitur cor ad cor. » (S. Bern. Serm. 2 in Cœn. Domini. — De int. domo c. 24.)
ARTICLE II
Des deux premières parties do l'exercice du soir.
L'examen ou, pour mieux dire, l'exercice du soir, se compose de cinq parties dont l'examen n'est que la troisième. La première est de rendre grâces; la deuxième, de demander la lumière ; la quatrième, d'implorer le pardon ; la cinquième, de résoudre des moyens d'amendement et de s'imposer quelque pénitence.
Il faut remercier Dieu. C'est le meilleur avant-propos de nos oraisons que l'action de grâces, dit saint Basile, (S. Basil, in Constit. Monach. c. 2.) et ce prologue con-