CHAPITRE XIV. — DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE
vient surtout à l'oraison du soir, avant la discussion de nos péchés, pour nous confondre davantage en opposant notre malice à une si grande bonté. Ce fut la méthode observée par le prophète Nathan de la part de Dieu qui l'envoyait examiner la conscience criminelle de David. Il lui mit d'abord devant les yeux les grands bienfaits dont le Seigneur l'avait comblé. « Je t'ai amené d'auprès dos brebis, et j'ai changé ta houlette en sceptre; je t'ai sacré roi sur mon peuple; je t'ai donné la maison et le trône de ton maître et prédécesseur ; j'ai enrichi, agrandi et établi ta famille : et si tout cela est peu, je te ferai bien d'autres faveurs. » Voilà le premier point; voici immédiatement le second : « Pourquoi donc as-tu méprisé ma parole ? et pourquoi as-tu commis une telle méchanceté envers Urie ? » (2 Reg. c. 12.)
Prenez d'abord, vous aussi, des sentiments de reconnaissance et passez ensuite au repentir et à la douleur. N'oubliez jamais, si vous ne voulez être le plus ingrat de tous les hommes, que chaque jour vous surcharge de deux nouvelles dettes envers Dieu, la dette des innombrables bienfaits que nous recevons de sa bonté et la dette des nouveaux péchés que nous commettons sans cesse. Celle-là se paie par les remercîments et celle-ci, parle regret.
Commencez par la première, mettant, comme de raison, ce qui est de la gloire de Dieu avant ce qui est de votre profit; l'une et l'autre chose viennent bien ensemble, comme le noir auprès du blanc, pour se donner de l'éclat. Car la libéralité divine aggrave nos
fautes el nos fautes relèvent plus haut la grandeur et la bonté de Dieu.
Remercier le Seigneur en général de tous les bienfaits reçus n'est guère utile ; le remercier de chaque bienfait en particulier est impossible : il faut donc tenir le milieu et réduire ses faveurs à certains chefs de la manière suivante. Dites en esprit et de cœur : « Mon Dieu, je vous remercie des bienfaits que j'ai reçus aujourd'hui de votre grande miséricorde, tant pour le bien de mon âme que pour mon corps et ma vie, et particulièrement de... (« Jetez les yeux sur quelques AUTRES GRACES QUI VOUS AURONT ÉTÉ FAITES CE
jour-la, sur quelques maux spirituels ou corporels dont vous aurez été préservé ou sur les riens que Dieu aura daigné vous conserver ; rendez-lui en grâces et ajoutez) : « Grâces infinies; ô mon Dieu, pour toutes les miséricordes que vous m'avez faites en ma vie passée et spécialement de ma création, de ma rédemption et de ma vocation. » (Réfléchissez un peu sur chaque bienfait.)
Demandez à Dieu la lumière nécessaire pour connaître vos péchés et la grâce pour les détester et en obtenir rémission; faites-le en ces termes ou d'autres semblables : «Mon Dieu je vous ai offensé et cependant c'est à vous que je dois m' adresser pour implorer le secours de votre assistance, afin de pouvoir reconnaître et détester mes péchés. Votre lumière, s'il vous plaît, ô mon Sauveur, pour me connaître, un rayon de votre esprit pour me bien juger. J'ai si peu de mémoire hélas! mon intelligence est si obscure, ma vn-