CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC
vaut la peine 'qu'on s'en pénètre par la méditation.
Nous pouvons rapprocher de la citation qui précède le passage suivant de saint Augustin : « L'affection de la charité, la sainteté de la dévotion, l'incorruption de la chasteté et la modestie de la sobriété sont choses à retenir constamment : soit que nous paraissions en public, soit que nous restions chez nous, soit en présence des hommes, soit dans notre intimité, soit que nous parlions, soit que nous nous taisions, soit que nous agissions ou que nous nous reposions, il ne faut jamais nous départir de ces belles vertus et de ces saintes dispositions. » (S. Aug. in Epist., Joan. tr. 8.)
Saint Paul a encore abrégé tout cela ou plutôt le Verbe incarnera abrégé lui-même. « Car il est apparu, dit l'apôtre, pour nous enseigner qu'ayant renoncé à l'impiété qui regarde Dieu et aux désirs mondains qui regardent les créatures, nous vivions sobrement, justement et pieusement : sobrement envers nous, justement envers le prochain et pieusement euvers Dieu. » (Tit. 2.) Notre condition en effetnous commande d'être en rapport tantôt avec Dieu, tantôt avec le prochain, tantôt avec nous-mêmes; ayons donc soin de satisfaire à ces trois ordres de devoirs, étant pour Dieu pleins de respect, pour le prochain de simplicité et de justice, et pour nous-mêmes de sévérité ; non pas tant de la sévérité extérieure qu'il ne faut cependant pas négliger, que de la sévérité ou de l'abnégation intérieure qui nous est si fort recommandée par Jésus -Christ en son Evangile où il nous ordonne de le suivre en nous renonçant nous-mêmes.
Expliquons maintenant les trois mots de l'apôtre. Pour ce qui regarde Dieu, n'oubliez pas que vous lui êtes doublement redevable, redevable à sa justice et redevable à sa miséricorde; à l'une pour vos fautes commises, à l'autre, pour les bienfaits reçus. Ce sont deux obligations que les canonistes appellent « de péché et de dette : » Ex delicto et ex debito. Conséquemment vous devez reconnaître et adorer cette justice et cette miséricorde par le souvenir journalier de vos chutes passées et des grâces dont vous avez été comblé. Satisfaites tous les jours à ces deux devoirs et excitezvous aux divers mouvements de crainte, de contrition et d'humilité, non moins qu'à ceux de gratitude, de louange et d'amour : ce sont les sentiments que vous devez produire et conserver au fond de votre âme pour en venir à la pratique de l'oraison, de la méditation, de la sainte messe, delà psalmodie, des sacrements de pénitence et d'eucharistie, etc., comme nous l'expliquerons en cet ouvrage.
Mais afin de prévenir un mal qui diminue notre mérite , qui ôte la douceur de nos exercices et qui nous fait vaquer aux fonctions de notre état, plus par habitude etroutinequepar une vraie et actuelle dévotion d'esprit, renouvelez tous les jours au Seigneur vos vœux, si vous en avez prononcé, ou vos offrandes et vos promesses. Faites cela pourtant d'une manière générale et consacrez-y moins de temps que de recueillement et de droiture d'intention. — A toutes les grandes fêtes, vous ferez cette rénovation plus spéciale et plus solennelle avec le même soin et les