CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC
aveugles; pour bien entendre, nous rendre sourds; pour bien parler, être muets ; pour bien marcher, nous couper les pieds et pour bien travailler, nous mutiler les mains. » (B. Egid.) Il voulait dire que nous ne devons faire servir à nos intérêts aucun de nos organes et que nos yeux, nos oreilles, notre langue, nos pieds et nos mains doivent uniquement être employés à la gloire de Dieu. Saint Bernard, écrivant aux Chartreux de Mont-Dieu, disait : « Que chacun doit être en sa maison (la maison de sa conscience), comme un bon père de famille et n'avoir pas, dans sa propre chair une femme querelleuse, comme s'exprime Salomon, mais une compagne bien morigénée, formée à la sobriété, pliée cà l'obéissance, toujours prête au travail ; accoutumée à tout, à souffrir de la faim, comme à être rassasiée, à supporter les privations, comme à vivre dans l'abondance. Que chacun, ajoute le grand docteur, ait ses sens extérieurs non pour chefs, mais pour subalternes ; ses sens intérieurs bien réglés et toujours prêts à l'action: que chacun devenant le maître absolu de ses pensées, s'en fasse comme une famille où règne l'ordre et la soumission ; qu'il puisse, empruntant le langage du centenier, parler ainsi de luimême et de ses sens : Quand je dis à l'un : «. Va, » il va ; et, à l'autre : « Viens,» il vient. Et quand je dis à mon corps, devenu mon esclave : «Fais ceci, » il le fait sans contradiction. (S. Bern., Epist. ad Fratres de Monte- Dei.) Voilà de quelle manière l'homme doit se régler et se gouverner lui-même.
Je n'ai rien à ajouter à cela, sinon que vous tâchiez
46 LA JOtJRNÉE PIEUSE.
sérieusement de réduire votre âme à une très-profonde humilité, étendant et appliquant cette humilité à toutes les parties de votre état et à tous les accidents de votre vie; vous donnant le tort de tout ce qui arrive, procédant à toutes vos actions dans un sentiment d'humilité et retirant de toute chose une pensée et une disposition d'humilité. Et, afin de mieux établir cette sainte vertu de Jésus en votre âme, allez jusqu'à vous persuader que par votre indignité vous corrompez l'air que vous respirez et portez malheur aux lieux où vous passez.
Yous n'élèverez le trône de l'empire sur vous-même que sur les fondements de l'humilité.
ARTICLE VI
Divers autres moyens pour connaître la volonté de Dieu.
La seconde voie pour connaître la volonté de Dieu, c'est la voie des conseils , comme quand il appelle certaines personnes à embrasser la vie religieuse.
Mais, sans être appelés tous à vivre en communauté, les autres fidèles ne laissent pas d'avoir aussi, indépendamment des préceptes généraux , une seconde voie pour connaître la volonté de Dieu, chacun en sa condition. Cette voie nous prescrit d'observer les obligations particulières de notre état. Autres sont les devoirs d'un capitaine, autres les devoirs d'un magistrat ; la personne mariée a des charges dont sont exemptes celles qui vivent dans le célibat ;