CAAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC
sons, il y en a qui, revenant davantage à notre nature, sont moins conformes à la grâce et moins convenables à la santé de notre âme. Or cette inclination de nos sens à une chose, par elle-même indifférente, nous empêchant de voir que telle n'est pas la volonté de Dieu, renonçons-y courageusement; la lumière cessera de nous être voilée, nous verrons plus aisément quel est le bon plaisir du souverain Maître et ce qu'il désire de nous en ces rencontres.
ARTICLE VII
Dernier et excellent moyen pour faire la volonté de Dieu en toute chose.
La quatrième règle, c'est de prendre de la main de Dieu tout ce qui arrive. L'opération de Dieu, disent les théologiens, est une volonté de signe ; (S. Th.,c. 2, 9, 93) c'est-à-dire que tout ce qui arrive est une volonté signifiée de Dieu , aussi bien que le commandement, la défense et le conseil. Il faut donc nous y soumettre et confier toutes nos destinées en se mains, (Ps. 30.) nous dévouant et nous abandonnant sans réseï ve à sa providence. Si donc il nous survient quelque chose de fâcheux, ou la mort d'une personne qui nous était chère, ou quelque perte, soit de fortune, soit de considération, ou quelque maladie même grave et même mortelle, ne nous en prenons pas aux causes secondes qui sont les instruments mis en œuvre par une main supérieure; élevons nos pensées à la
cause première efficace et réelle et, en toute circonstance pénible, joignant humblement les mains, courbant pieusement la tête, disons avec l'homme le plus affligé qui fut jamais, avec NotreSeigneur Jésus-Christ lui-même : « Votre volonté soit faite, ô mon Dieu, et non la mienne. » Faut-il que je m'assujettisse à mon ennemi ? Faut-il que je sois malade et souffrant dix ans, trente ans ? Faut-il mourir ? Ita, Pater; « oui, mon Père, parce qu'il vous a plu ainsi. » (Matth. 11.) Voulez-vous, ô mon Dieu, mes biens, mes plus chers parents, mes meilleurs amis? Voulez-vous mes douceurs intérieures et le repos même de mon esprit, qui est la plus grande de toutes? Ita, Pater; «oui, mon Père, puisque c'est votre bon plaisir. » On se moque de moi ; je m'appauvris tous les jours : « Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt, à tout recevoir de votre volonté; je me suis tû et j'ai fermé la bouche; car c'est vous qui l'avez fait. » (Ps. 38.) La différence qu'il y a entre les esprits les plus grossiers et les plus sages, est que ceux-là, comme simples et ignorants, s'amusent à regarder seulement les effets qui frappent leurs yeux et les causes les plus voisines, sans s'élever plus haut ; tandis que ceux-ci portent les yeux de l'esprit jusqu'à la cause première et supérieure. Par exemple, le soleil éclaire un homme et guide ses pas; un esprit simple et vulgaire s'arrête là et ne voit rien au dessus; mais le sage regarde le Dieu de la lumière, cette suprême intelligence qui conduit tout en si bel ordre et il se dit en lui-même : Brillant soleil, tu n'es que l'instrument et le moyen, c'est ton auteur qui te