CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
L'oraison est donc nécessaire comme la condition sans laquelle nous ne pouvons pas voir le chemin dp noire salut, et encore moins y marcher et encore moins y persévérer jusqu'à ce que nous touchions le but et la récompense promise aux vaillants et aux fidèles; car nous ne sommes pas même capables d'affirmer d'un seul de nos pas, s'il nous rapproche de Dieu, plus qu'il ne nous en éloigne. Ce qui faisait dire au pape Célestin dans une de ses décrétâtes : « Quel temps y a-t-il où nous n'ayons besoin du secours de Dieu? En toute chose donc, en toute occurence, en toute affaire il faut prier notre protecteur et notre Tout ; car c'est un grand orgueil qu'une nature aussi indigente de bien que la nôtre, présume quelque chose d'elle-même. » (Cœlest. 1, c. 9. Cont. Pelag.)
Quel autre remède, y a-t-il, en effet, pour l'homme qui est demeuré si nu après le péché et plus nu encore dans son âme que dans son corps si pauvre, si impuissant, si faible, si misérable, quel autre remède, dis-je, que de mendier et de demander son pain et sa vie de grâce à son Père céleste ? Comme certain malheureux de l'Evangile, il n'a pas la force de remuer la terre des difficultés qui arrêtent sa marche et de creuser le sillon des bonnes œuvres; si, comme lui, également, il a honte de mendier, il doit se résoudre à mourir de faim ou s'abandonner à quelque méchant parti. Ah ! que plutôt il frappe sans cesse à la porte de cette éternelle et inépuisable bonté qui nous a appris à lui dire : « Donnez - nous aujourd'hui notre pain quotidien. »
84 LA JOI RNÉE PIEL'SE.
Après le naufrage du premier péché, après la perte de tous nos biens, dans l'accablement de tous nos maux, nous conservons ce grand et admirable moyen non-seulement de pouvoir vivre, mais d'aller toujours nous enrichissant, comme nous le verrons bientôt. Prions donc et ne cessons de prier en tout temps, en tout lieu et de tout cœur. Videte, vigilale et orate.
ARTICLE II
De la nécessité de la méditation en particulier pour éviter le péché.
Si la terre qui nourrit nos corps n'avait pour la production de ses fruits d'autre secours que certaines pluies d'été qui ne font que la mouiller superficiellement, ce serait peu de chose. Ces eaux, quelque fortes et impétueuses qu'elles soient, ne pénétrant point dans les entrailles de la terre, la chaleur de la saison dessèche bien vite cette apparence d'humidité. Mais il y a d'autres pluies quoique petites, qui tombent longtemps et sans bruit et qui, descendant peu à peu au sein delà terre, l'imbibent et l'enivrent, comme parle l'Ecriture; et ce sont celles-là qui, par une humidité plus durable, lui donnent sa fécondité et lui font produire des semences, des fleurs et des fruits. (Is. 55.) Il en est de même de notre âme qui, dans le langage de David, se présente au ciel « comme une terre sans eau. » (Ps. 142.) Les fruits que Dieu en attend sont les vertus et les bonnes œuvres, mais il y faut de la sève ou de la dévotion ; or, celle-ci ne s'obtient pas d'or-