CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
dinaire par des pluies d'oraisons légères et superficielles que la chaleur des passions et les divertissements extérieurs dessécheront bientôt ; un arrosement plus durable doit avoir le temps de pénétrer cette âme et de produire en elle de bonnes et saintes habitudes par des connaissances solides, par des émotions sérieuses et par des effets persistants. Si vous croyez satisfaire à la nécessité de l'oraison que nous avons démontrée en l'article précédent par des prières promptes et passagères, vocales ou non, vous n'avanceriez guère et vous resteriez toujours vous-même stérile, sec, indévot, sans fruit ni vertu. Il faut que vous soyez pénétré des pensées et des mouvements célestes qui coulent jusque dans le fond de votre cœur ; il faut, grâce au divin exercice de la méditation, que votre esprit garde la ferme persuasion des vérités considérées, et votre volonté, l'énergie et l'empressement de la dévotion. En un mot, l'oraison mentale vous est très-nécessaire de nécessité morale et presque de nécessité absolue : de nécessité morale, pour éviter le péché et vous sauver; de nécessité absolue, pour avancer dans la perfection.
J'affirme que l'exercice de la méditation vous est moralement nécessaire pour vous sauver, en évitant les fautes les plus graves, c'est-à-dire que, difficilement et rarement, une âme se garantira des dangers de se perdre, si elle ne prie mentalement. Je n'avancerais pas cette proposition si je n'étais appuyé de l'autorité des saints Pères et docteurs de l'Eglise, et, en particulier, du grand saint Jean Chrysostôme qui montre
que sans le secours de l'oraison, nous demeurons désarmés, exposés aux attaques et à la rage de nos ennemis. « Si vous ne faites oraison, dit-il, vous vous rendrez méprisables et tomberez facilement entre les mains des esprits ténébreux qui rôdent toujours autour de nous, observant s'ils rencontrent quelqu'un destitué de l'armure de l'oraison, pour le saisir et le jeter dans une infinité de calamités et de misères. » (S. Joan. Gbrys. 1. \, de Orando Deo.) Et, afin que vous ne supposiez pas qu'il parle d'oraisons quelconques, mais bien de la méditation, l'illustre docteur montre dans le même discours le besoin que nous avons d'une conversation fréquente et continuelle avec Dieu, ce qui ne se fait pas sans une oraison mentale ordinaire. « Celui, dit-il, qui ne prie pas Dieu et qui ne désire pas jouir assidûment de l'entretien divin, est plus que désarmé ; il est mort, privé de vie et de saine raison. De même, en effet, que notre corps, l'âme étant absente, reste mort et tombe en proie à la corruption, de même notre âme, si elle ne s'anime elle-même par l'oraison, et si elle n'y reprend vigueur et énergie, est morte, misérable et infecte. » (Id.)
Il n'y a rien qui nous perde autant que l'oubli de Dieu et qu'une certaine dissipation d'esprit qui ne laisse plus penser aux eboses de notre salut. Jésus- Christ, la sagesse éternelle, nous enseigne cette vérité dans ses paraboles évangéliques où il nous dit, entre autres choses, que, le maître étant absent, les valets s'émancipent et se débauchent. Une fois, nous voyons