‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 49 sur 233 · CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION

qu'aussitôt après le départ du maître, le méchant valet se met à offenser les autres, à les maltraiter et à faire mille insolences. Une autre fois, le serviteur à qui son maître avait remis une dette de dix mille talents, ne l'eut pas plus tôt perdu de vue, qu'il s'oublia jusqu'à prendre un de ses camarades à la gorge. Une autre fois encore, le Seigneur étant allé se mettre en possession d'un autre royaume, tous ses vassaux serévoltent. (Luc. 12. — Matth. 18. —Luc. 19.)Que veut dire par là notre sauveur ? Dieu s'en va-t-il loin de nous, ou pouvons-nous quitter la présence d'un Dieu partout présent? Non, si on l'entend d'une manière réelle et effective; mais oui, si on l'entend de l'esprit et de la pensée. Dans ce dernier sens, Dieu est bien loin de nous, quand nous l'oublions et que nous vivons comme si Dieu n'existait pas; quand nous pensons aussi peu à lui et aux choses de notre salut que si nous étions nés uniquement pour la terre et pour la satisfaction des sens. Or de là viennent tous nos désordres et nos péchés ; de là les révoltes contre sa volonté; de là les projets de vengeance et les sentiments de mépris envers le prochain ; de là des excès déplorables; de là un déluge de crimes et d'iniquités; ce qui a fait dire au Saint-Esprit par son prophète Jérémie que : « toute la terre est désolée d'une étrange désolation, parce qu'il n'y a personne qui réfléchisse en son cœur, » ou, suivant une autre version, qui mette Dieu sur son cœur. (Jerern. 12.) Si l'homme ne s'élève vers Dieu par son âme d'origine et de destination céleste, il est entraîné vers la terre par son corps

grossier et ami de l'iniquité; il suit ses penchants et il tombe. C'est à la méditation, comme à une chaîne d'or que l'âme fidèle doit de se tenir debout, de défendre son innocence contre les entraînements des sens. « Seigneur, s'écriait le saint roi, si ce n'était que votre loi est ma méditation ordinaire, j'aurais déjà péri peut-être en mon abaissement. »

Un certain degré de perfection et une longue pratique de la vertu n'empêchent même pas ceux qui négligeraient la méditation de faire les chutes les plus lamentables. Que celui qui est debout prenne garde de tomber. En voici un exemple.

Le Père Bernardin Ochin étant entré dans le trèsaustère et très -saint Ordre des Capucins, donna de telles preuves de toutes les vertus d'humilité, de pénitence, de piété et de sagesse qu'enfin il fut élu général de l'Ordre. Mais peu à peu cet homme se relâcha de sa première ferveur et on remarqua qu'il négligeait l'oraison. Plusieurs bons religieux ne manquèrent pas de lui en faire des remontrances avec zèle et sincérité. Albert de Naples, entre autres, personnage d'une haute vertu, voyant que Bernardin ne se rendait plus assidu comme par le passé aux heures canoniques ni aux oraisons journalières, osa lui dire avec une sainte liberté d'esprit : « Mon Père, comment se fait-il que les choses de Dieu et l'oraison même vous soient à si grand dégoût ? Chacun s'en aperçoit et vous portez scandale. Prenez garde que la religion n'ait la même horreur de vous et ne vous rejette hors de son sein. » Cette parole fut prophétique. Ce saint

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