‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 50 sur 233 · CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION

général d'un si saint ordre tomba enfin dans l'hérésie et se plongea dans tous les maux qui s'ensuivent. Plus tard, cependant, Dieu lui fit miséricorde et le reçut en grâce; mais voyez où mène le mépris de l'oraison et l'indévotion aux choses divines.

Saint Augustin a dit à ce propos que « plusieurs qui, dans la nouveauté de leur conversion, priaient avec ferveur, prient ensuite lâchement, puis froidement et négligemment. On les croirait assurés de leur salut. Mais l'ennemi veille ; malheur à qui dort ! » Vigilat hoslis ; dormis tu ? Veillons et prions de peur de nous attiédir au service de Dieu ; ne faisons pas trop les suffisants de peur « qu'ayant commencé par l'esprit, comme dit saint Paul, nous ne finissions par la chair » (Gai. 3), et que nous ne devenions semblables à la statue de Nabuchodonosor qui avait une tête d'or et des pieds de boue.

Vous voyez combien ce saint exercice de l'oraison mentale est nécesssaire non -seulement aux âmes religieuses, mais encore à tout chrétien, s'il ne veut, en se privant de ce secours, marcher sans lumière et sans guide. C'est la malédiction du prophète royal, quand il prédit à ses ennemis « qu'ils seront comme de la poussière jetée au vent, que leurs voies ne seront que ténèbres et pas glissants, et que l'ange du Seigneur les persécutera. » (Ps. 34.)

Remarquons ici deux choses qui conviennent trop bien à une âme sans oraison. Premièrement, cette âme est si légère que le moindre vent l'emporte et la fait chavirer; car si la prière est comme un souffle qui

pousse l'âme tout doucement sur le fleuve de l'amour divin, la méditation est comme le lest qui la maintient ferme contre les surprises et les tempêtes. Qu'une âme ne fasse pas oraison, une bagatelle l'inquiète, le premier objet la passionne et l'agite, une paille l'arrête, un simple avertissement la trouble, son propre intérêt la consume, l'insatiable appétit du plaisir la possède, la moindre peine l'abat ; elle a l'esprit impatient, colère, avide d'honneur, attaché à son sens, ennemi de la contrainte : en un mot, elle vit misérablement pour risquer de mourir malheureusement. Que peut-on attendre d'une âme en cet état? sinon qu'elle trébuche à tout moment, qu'elle fasse presque autant de chutes que de pas et autant dépêchés que d'actions? En effet, le Psalmiste dit, en second lieu, de ces personnes évaporées, qu'elles marchent dans les ténèbres et sur une pente glissante et que l'ange de la justice de Dieu leur tient l'épée dans les reins. En conséquence, quiconque ne réfléchit et ne inédite pas sur les vérités de la foi chrétienne est comme prédestiné à s'égarer et à se perdre. L'Esprit Saint l'a déclaré dans ce passage : « Souvenez-vous de vos fins dernières et vous ne pécherez pas. » Cette vérité trouvera encore une ample confirmation à l'article des dispositions nécessaires à l'oraison.

Page 1