‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 51 sur 233 · CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION

ARTICLE III

Que la méditation est nécessaire pour faire le bien et acquérir des vertus.

Si l'oraison mentale est moralement nécessaire pour nous garantir du mal, elle l'est absolument pour nous aider à la pratique des vertus et nous faire monter les degrés de la perfection spirituelle.

« Une âme ne mérite point d'être appelée religieuse, ni spirituelle, dit un savant théologien, qui ne s'applique pas, au moins une fois le jour, à laméditation.De même que sans la cause on ne peut obtenir l'effet, ni la fin sans le moyen, et qu'on ne peut gagner le port d'une île sans navigation, ainsi est-il impossible d'être vraiment et actuellement religieux ou spirituel sans produire les actes réitérés de cet exercice, de cette cause, de ce moyen et de cette navigation, » qui consiste à méditer tant les grandeurs de Dieu que nos misères. (Cajet. 2, 29, 82 a. 3.)

Qu'est-ce en effet qu'une personne religieuse et spirituelle, sinon celle qui vit plus d'esprit que de corps et qui se préoccupe bien plus des objets qui parlent à l'esprit que de ceux qui frappent les sens? Mais quel moyen de vivre de l'esprit et d'avoir son ordinaire application aux choses spirituelles, si l'on ne prie d'esprit, si l'on ne médite ? Une âme vraiment dévote ou dévouée à Dieu doit être détachée de toute créature pour s'attacher à Dieu ; deux choses corrélatives auxquelles s'opposent également nos penchants de

nature et nos affections d'instinct. Ardents à la poursuite des choses sensibles, nous sommes lâches et faibles à la possession des choses divines. Voilà précisément la tâche, l'emploi et le combat de l'homme spirituel, d'amortir en lui ce qui est trop vif et de vivifier ce qui ne l'est pas assez. Or, la méditation fait l'un et l'autre. « Il n'y a rien, dit Richard de Saint- Victor, qui épure le cœnr de tout amour mondain, rien qui enflamme un esprit de l'amour des biens célestes, comme la méditation. C'est elle qui nettoie, elle qui sanctifie, elle qui fait que par une assidue contemplation de la vérité, le cœur devient pur en mépribant le monde et saint en aimant Dieu. » (Richard, lib. 1, de Contempl. cl.)

Au contraire, observez une âme qui ne rentre presque jamais en elle-même, qui ne considère jamais ni la vanité des choses d'ici-bas, ni la dignité des choses spirituelles, ni les bontés de Dieu, ni sa patience à notre égard, ni le beau jour sans fin de son éternité ; bref, une âme qui ne vit point d'esprit et ne médite pas, vous la verrez toute charnelle, toute terrestre et comme dévorée par la terre avant sa mort, suivant l'interprétation que donne Origène, à ce passage de l'Exode, eh. 15 : La terre les a dévorés. « Ne vous jsemble-t-il pas, dit-il, que la terre dévore celui qui pense toujours à la terre, qui ne fait que des actions terrestres, qui parie de la terre, qui plaide pour la terre, se passionne pour la terre et met toute son espérance en la terre, qui ne regarde point du côté du ciel et ne pense point aux choses à venir, qui ne craint

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