‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 52 sur 233 · CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION

point le jugement de Dieu et ne désire point ses glorieuses promesses, préoccupé qu'il est toujours des choses présentes, unique objet de ses soupirs. Quand vous verrez un tel homme, conclut Origène, dites que la terre l'a dévoré. » (Orig. Hom. 6 in Exod.)

Ces paroles sont applicables même à certaines âmes consacrées à Dieu, mais ennemies de la méditation, dégoûtées des exercices spirituels, fâcheuses à ellesmêmes, ennuyeuses aux autres, âmes infortunées qui ne jouissent ni de Dieu ni du monde.

0 qu'il y a grande différence entre un homme qui fuit l'oraison ou l'entretien avec Dieu et un homme qui ne croit jamais y donner assez de temps ! « Vous verrez dans les communautés religieuses, dit saint Bernard, des personnages remplis de consolation, surabondants de joie, toujours gais et joyeux, fervents d'esprit, méditant jour et nuit la loi de Dieu, regardant souvent le ciel et y levant dans l'oraison des mains pures et innocentes, soigneux observateurs de leur conscience et dévots sectateurs de la vertu et des bonnes œuvres, trouvant la discipline régulière fort aimable, le jeûne très-doux, les veilles courtes, le travail manuel plein de charme et jugeant l'austérité de leur profession comme un repos et un rafraîchissement. Ces esprits-là ne marchent pas seulement en la voie du Seigneur ; ils courent, ils volent. Vous en trouverez d'autres, au contraire, lâches et pusillanimes, défaillant sous le fardeau, et ayant besoin de verges et d'aiguillon ; leur joie est languissante, leur tristesse misérable ; s'ils sont touchés de componction, c'est

rarement et pour peu de temps; leurs pensées sont animales et leur conduite fort tiède; leur obéissance est sans dévotion, leur langage sans circonspection leur oraison sans intention de cœur, leur lecture sans édification. » (S. Bern. Scrm. 5 et 3, in Ascens. Dom.) A de tels esprits tous les exercices pèsent si fort qu'ils s'y traînent péniblement et comme des victimes ; le ciel leur semble de bronze et la terre de fer, pourquoi? Parce qu'ils délaissent Dieu et son entretien et que Dieu, à son tour, les délaisse.

Le seul remède à cet état de torpeur et de dégoût, c'est la méditation même, pratiquée le plus fréquemment et le plus constamment qu'il est possible. « Les délices spirituelles, dit saint Grégoire, sont fastidieuses quand on ne s'y applique pas; mais plus on en goûte, plus on les désire. » (S. Greg. Hom. 36, in Evang.) Mais avant d'en essayer,notre cœur dépravé bondit contre son vrai bonheur. 0 qu'une âme est heureuse qui sait goûter Dieu et s'en nourrir ! 0 que tout est petit à qui voit la grandeur même et que tout paraît bas à un esprit élevé sur les ailes de la méditation jusqu'à Dieu ! Qu'est-ce que prier et méditer ? C'est traiter avec Dieu des choses importantes, d'un royaume, de l'éternité, d'un bien dans lequel sont compris tous les biens. Après cela, qu'est-ce que tout le reste de cette vie, sinon des jouets d'enfant et de viles bagatelles? Il vous arrivera, quand vous traiterez souvent avec Dieu la même chose qu'à ces grands hommes d'Etat qui sont admis aux conseils du roi et délibèrent avec lui sur les questions majeures de leur pays, comme sur

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