‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 58 sur 233 · CHAPITRE III. — DR LÀ MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DR LÀ MÉDITATION

et à la vertu; sinon vous vous fatigueriez sans profit au saint exercice de l'oraison.

Or, pour y parvenir, je vous conseillerai ici un moyen fort doux et néanmoins très-efficace qui est d'ajuster et dresser toutes vos actions à la règle infaillible de l'adorable volonté de Dieu. Avant de commencer une action quelconque, rejetez et oubliez toute autre intention que d'agir pour son bon plaisir et son service. Si vous vous apercevez dans une action déjà commencée que la vanité ou le plaisir s'y attache, quittez-la promptement, comme fit Joseph du manteau qu'avait touché son impudique maîtresse; car il faut réserver à Dieu seul la gloire qui lui appartient et dont il est jaloux. Au cas cependant où l'œuvre entreprise serait d'obligation, renoncez au plus vite, non pas à l'œuvre, mais à la recherche de vous-même et rectifiez votre intention pour ne voir que Dieu, en disant avec saint Bernard un jour qu'une pensée de complaisance vint s'attaquer à son humble esprit, au milieu d'un de ses admirables discours : « Je n'ai pas commencé pour toi et je ne continuerai ni ne finirai pour toi. »

Faites aussi souvent que possible l'acte suivant. « Mon Dieu, parce que vous voulez que présentement je m'abstienne de voir, d'entendre, de parler, d'agir, je veux, d'obéissance, m'en abstenir autant de fois que je m'y sentirai poussé par mon affection corrompue ou par mon amour-propre. Mon Dieu, parce que vous prenez plaisir à me voir parler, agir, souffrir en ceci, je veux pour votre amour m'y appliquer de tout mon cœur et je répudie tout ce que ma nature me suggère

de motifs moins purs, étant prêt d'esprit à tout quitter quand vous le désirerez. »

Par cet exercice longtemps continué, la divine volonté sera votre souveraine comme de raison; elle régnera en vous et vous entraînera dans ses voies.

Un autre empêchement de l'oraison mentale que marque saint Bernard, c'est la poussière des soins terrestres, au rang desquels je mettrai les inquiétudes de votre conscience. Evitez donc, là où il n'y en a pas matière, de vous laisser emportera de vains scrupules et troubler par la crainte d'avoir irrité Dieu. Que le repentir de vos fautes soit tempéré par la confiance et que la pensée des divines miséricordes vous délivre, au temps de l'oraison, d'anxiétés qui auraient moins pour principe le pur intérêt de Dieu que le vôtre.

Déposez encore, après cela, le souci des choses qui peuvent vous détourner de votre attention, comme des visites que vous auriez à faire ou à recevoir, des lettres à écrire, des voyages à effectuer, des fonctions à remplir ; car l'expérience montre la vérité de cet oracle, que là où est le trésor, là aussi est le cœur. (Matth. 6.) Celui qui a trop de commerce avec les hommes a d'autant plus de peine à traiter avec Dieu. Il n'est pas possible de s'adonner d'esprit et d'action à l'extérieur et de se recueillir dans une vraie solitude intérieure. Xon in commotione Dominus. « Le Seigneur n'est pas dans l'agitation. » Suivant le sens des paradoxes du bienheureux Gilles que nous avons cités, pour bien voir les choses de Dieu, fermons les yeux aux choses du monde; pour bien entendre le Saint-Esprit, nous

Page 1