CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
des consolations de la grâce, consolations que Dieu retire quelquefois à l'âme, parce qu'elle s'y attacherait trop vivement et s'y rechercherait soi-même. Destituée de saveur et de suavité dans sa dévotion, l'âme devient comme une barque laissée à sec sur une eau fort basse, et il ne lui reste qu'un désir très-languissant des choses spirituelles.
Pour remédier à ce mal, il faut examiner soigneusement plusieurs choses et voir si l'aridité est continuelle ou intermittente ; d'où elle provient, si c'est d'une certaine instabilité de nature qui ne saurait se tenir en repos, ou de quelque affection désordonnée, de quelque préoccupation trop vive. La cause du mal une fois reconnue, le remède n'en sera pas difficile. Si l'aridité est continuelle, qu'elle vous dure depuis plusieurs années, qu'elle vous vienne sans sujet ni occasion, que vous ayez vainement essayé de la combattre, elle provient de l'instabilité de votre nature et de votre légèreté d'esprit. Adonnez-vous alors aux vraies et solides vertus ; appuyez d'un pied ferme dans la voie du service de Dieu; compensez cependant par de fréquentes oraisons jaculatoires le peu d'aplomb et de solidité dont vous êtes capable. Allez à Notre Seigneur et par l'exercice d'une certaine mendicité spirituelle recommandez à Dieu, comme à un père tendre et compatissant, votre misère, votre indigence et votre pauvreté. Pour combattre votre légèreté, visitez aussi le très-Saint-Sacrement; saluez les plaies de Notre-Seigneur en récitant un Pater; ou l'image de la Vierge, en récitant un Ave. Demandez instamment le
crédit des saints, vos intercesseurs; communiquez tout à votre Père spirituel; faites avec soin vos examens ; gardez-vous enfin des fautes petites et vénielles, parce qu'en remplissant peu à peu l'âme, dit saint Grégoire, elles lui ôtent la plénitude de la grâce et la satiété intérieure. (S. Greg. in I Reg.) Si l'aridité provient de quelque affection mal réglée, travaillez fortement et assidûment à en extirper la racine ou à lui fournir si peu de sève qu'elle ne germe plus.
Le cinquième empêchement, c'est le désespoir d'obtenir ce que vous prétendez et la persuasion que vous ne retirez aucun fruit de l'oraison. Nous avons déjà dit en quoi consiste le fruit principal de la méditation ; c'est de prier Dieu, de le louer, de le bénir, de considérer ses mystères et ses jugements, et avant tout de se soumettre à sa sainte volonté, sans chercher d'autre récompense que la plus précieuse de toutes qui est de lui être agréable. « Si vous saviez, dit saint Jean Chrysostôme, combien est grand ce bonheur de plaire à Dieu, vous ne souhaiteriez jamais, hors de là, ni récompense ni salaire. (S. Ghrys., 1.2, de Compunct.cordis.)
Et puis sachez que Dieu a coutume d'élargir ses dons avec le temps qu'il met à les accorder, et que plus on les attend avec confiance, plus il y met de générosité.
Le sixième empêchement, c'est la présomption, par laquelle une personne a d'elle-même et de son aptitude à l'oraison des pensées magnifiques, une opinion extrêmement flatteuse. Quelle vanité ! et combien cela seul doit la convaincre d'ignorance, de voir