CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
la hauteur de ses pensées et l'orgueilleux témoignage qu'elle ose rendre à sa science ! Eût-elle même acquis un sublime degré d'oraison, cette vaine complaisance suffirait à l'en dépouiller. Car « posséder ainsi c'est perdre, » a dit saint Bernard. (S. Bern. Serm. lb, in Cant.)
Le septième empêchement est une indiscrète ambition de savoir et de s'élever aux choses exquises ; maladie qui trouve son remède dans cette pensée que la vertu est de beaucoup supérieure à la science, et que d'ailleurs, au grand jour du jugement, il ne vous sera pas demandé à quel point vous aurez été savant et subtil, mais comment vous aurez aimé et servi Dieu.
Ajoutez, pour huitième empêchement, le sommeil, lorsqu'il ne vient pas tant d'un besoin de nature que de paresse et de tiédeur. Aussitôt que vous vous en sentirez assailli, secouez-vous par la volonté et même par quelque moyen extérieur qui n'incommode que vous-même ; demandez aussi le secours de Dieu et reprochez-vous dans le langage même de Jésus-Christ, de n'avoir pu veiller une heure avec lui.
Enfin le neuvième et dernier empêchement, (pour laisser le reste au directeur spirituel et expérimenté), ce sont les distractions; mais comme cet empêchement est le plus ordinaire, il faut nous y arrêter davantage et en faire un article spécial.
ARTICLE II
Des distractions.
Il est facile d'avoir l'esprit à plusieurs choses, en passant de l'une à l'autre sans ordre ni liaison ; mais il est fort difficile de penser à une seule avec attention et sans distraction. Les plus grands saints éprouvent cette difficulté dans leur oraison et s'en plaignent. Pour y remédier, il faut examiner ici, la source des distractions ; si elles proviennent d'une imagination naturellement volage, ou d'affections mal réglées, ou de soins qui se partagent et se disputent notre cœur ; examiner si c'est faute d'une matière suffisante et suffisamment préparée que notre esprit au dépourvu se laisse aller à divers objets ; ou si nous avons choisi pour sujet de méditation des vérités trop peu accessibles à l'intelligence pour émouvoir la volonté; examiner enfin si ces pensées étrangères proviennent de nos sens mal gardés, comme de fenêtres mal fermées par où entreraient la fumée et la poussière du dehors; si l'oisiveté, la légèreté, l'excessive gaieté, ou autres défauts semblables n'emportent pas notre âme aux choses extérieures. Dieu ne parle au cœur que dans la solitude. Non in commotione Dominas.
A ces diverses causes appliquons les remèdes convenables; àl'instabilité d'humeur, les oraisons jaculatoires, les lectures pieuses; aux passions et affections déréglées, la mortification et le frein de la discipline ;