CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION
aux soins et préoccupations, cette maxime qu'une seule chose est nécessaire : Aimer Dieu et le servir, et que, si nous cherchons avant tout le règne de Dieu, tout le reste nous arrivera comme par surcroît ; au défaut de matière enfin, de bonnes lectures et une diligente préparation. Sachons aussi étendre et développer un sujet, comme nous l'avons marqué, par l'examen de ses circonstances de temps, de lieu et de personnes. Enfin tenons toujours prêt quelque point de réserve, pour y réfléchir plutôt qu'à des choses qui ne nous saisissent et ne nous touchent que faiblement.
Il est aisé de marcher quand la grâce abondante et sensible nous porte et nous soulève ; mais il faut apprendre à agir avec de moindres grâces; car ]es personnes spirituelles ne doivent point ressembler à ces grands vaisseaux qui ne se peuvent remuer qu'à la voile ; il faut être comme les embarcations plus mobiles qui usent à la fois de la rame et du vent pour que, si l'un leur fait défaut, l'autre y supplée. Ainsi, quand le souffle puissant de l'inspiration nous abandonne, voguons, comme à force de bras, par le jeu de nos puissances aidées de la faveur céleste au souffle de laquelle nous présentons toujours notre voile tendue, c'est-àdire notre volonté soumise et bien préparée. Persévérons dans nos efforts et ne cessons pas notre prière : Jésus-Christ viendra enfin nous visiter, comme il vint aux apôtres en les voyant qui ramaient péniblement sous un vent contraire.
Je pourrais indiquer encore d'autres causes de distractions; mais qu'il nous suffise d'ajouter aux remèdes
particuliers qui précèdent les trois armes générales que voici.
La première se prend dans l'humilité qui nous fait reconnaître notre faiblesse, rougir devant Dieu de notre inhabileté aux choses divines et accuser nos fautes, cause principale de tous nos maux et de toutes nos peines.
La seconde se prend dans la force d'esprit qu nous inspire la ferme volonté, en dépit de toute autre pensée ou préoccupation, d'être attentifs à la prière ei à Dieu devant qui nous prions ; la volonté aussi, en cas d'interruption, de reprendre le fil de nos pensées, sans nul découragement et avec la confiance que Dieu aura pitié de nous et nous donnera un moment de grâce.
La troisième arme générale se prend dans l'oraison même qui nous fait crier vers Dieu et vers les habitants du ciel pour implorer et obtenir aide et assistance, et qui nous fait réunir contre l'esprit tentateur toutes nos facultés et tous nos efforts. Venile. exultemus Domino.
ARTICLE III
Avis pour le bon usage de la méditation.
Tous nos désordres proviennent de ce que nous prenons pour notre fin ce qui n'est que moyen, et pour moyen ce qui devrait être notre fin. Nous nous servons souvent, comme par fantaisie, des choses principales que nous devrions toujours avoir en vue, et