‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 74 sur 233 · CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE LA MÉDITATION

ARTICLE IV

Des oraisons jaculatoires.

Si vous avez fait votre oraison du matin de manière à avoir allumé en vous le feu sacré de la dévotion et échauffé, pour ainsi dire, la demeure intime de votre cœur, il vous ssra facile de conserver cette chaleur par de petites oraisons qui serviront à l'alimenter et à l'entretenir tout le long du jour. Vous ne pourriez jamais croire, à moins d'en avoir fait l'expérience, combien sert à cet effet de lancer souvent vers Dieu des affections dévotes, des désirs ardents, des aspirations embrasées, comme des dards et des flèches d'amour, d'où leur est venu le nom d'oraisons jaculatoires. (Ja~ culum dard, javelot.)

Accoutumez-vous à darder en quelque sorte ces petites oraisons, de nuit comme de jour, hors de votre maison comme au dedans, seul ou en compagnie, en mouvement ou en repos. Croyez-moi, si dur que soit votre cœur, si froid et si indévot qu'on le suppose, il s'amollira et se réchauffera. Ainsi ont fait les grands saints et toutes les âmes vraiment pieuses font de même pour vivre de pensée avec Dieu et ranimer leur zèle à servir ce Dieu qui est tout charité.

Vous pourrez, à leur exemple, recueillir quantité d'oraisons de ce genre dans les prières de l'Ecriture, dans les livres ascétiques. Vous pourrez aussi vous inspirer de votre propre dévotion ou du sentiment de vos besoins,

En voici quelques-unes.

« Regardez-moi, Seigneur, et ayez pitié de moi, parce que je suis pauvre, seul et sans appui.

Je vous aimerai, Seigneur, vous qui êtes ma force, mon soutien et mon refuge.

Jusques à quand m'oublierez-vous, ô mon Dieu? Quand sera-ce que vous jetterez les yeux sur moi?

Seigneur, faites-moi connaître la voie où je dois marcher; enseignez-moi à faire votre sainte volonté, car vous êtes mon Dieu.

Mon Dieu, venez à mon aide; 'hâtez-vous de me secourir. » (Cette oraison par laquelle l'Eglise commence tous ses offices était particulièrement estimée et pratiquée des anciens religieux d'Egypte.)

Si vous lisez saint Augustin dans ses soliloques et dans ses confessions, il vous fournira une multitude d'aspirations pieuses que vous pourrez vous appliquer, comme celles-ci.

« Donnez-vous àmoi,ômon Dieu, rendez-vous à moi, puisque je vous aime. Que si je vous aime trop peu, faites-moi vous aimer plus fortement. Je suis mal sans vous, mal avec moi-même.

Seigneur, faites que je vous aime, mais vous seul, exclusivement, et que je méprise toutes choses, mais toutes absolument; car de vivre ainsi entre le ciel et la terre, entre vous et les hommes, c'est une sorte de suspension dont je ne puis prolonger le supplice.

Malheur à l'âme téméraire et audacieuse qui a osé espérer que si elle vous quittait elle trouverait quelque chose de meilleur; elle s'est tournée et retournée

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