DES PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS
ARTICLE I
J'ai l'intention dans cet article de vous dire quelque chose de l'esprit avec lequel vous devez pratiquer les pénitences qui vous seront imposées, ou que vous embrasserez vous-même avec la permission et la bénédiction de vos supérieurs. La pénitence n'est pas seulement une action de la journée religieuse ; car toute la journée doit être un enchaînement de pénitences, puisque toute notre vie elle-même, suivant saint Jean Climaque, doit être une perpétuelle violence de la nature. En ce qui regarde spécialement les religieux, est-ce que chacune de leurs observances n'est pas une pénitence ? Peuvent-ils, sans faire violence à l'amour d'eux-mêmes, se lever la nuit, consacrer plusieurs heures à la psalmodie, à la méditation et à tout le reste du service divin, en un mot, suivre de tous points la vie régulière? Ne se sont-ils pas condamnésà une perpétuelle pénitence, en s'obligeant à ne faire
aucune action de leur propre volonté sans le mouvement et la conduite de l'obéissance ? Toutes ces choses sont les pénitences que j'appelle communes et générales; en outre, il en est de particulières que nous fait embrasser notre dévotion, ou que nous imposent nos supérieurs soit par justice, pour nous punir de quelque faute, soit par épreuve, afin de nous exercer à la vertu. Les pénitences sont ou privatives ou positives. J'appelle privatives celles qui nous privent de ce qui pourrait être agréable ou même avantageux à la nature, comme les jeûnes, les abstinences,, le silence, la solitude, etc. Les pénitences positives sont celles qui donnent formellement de la peine, du travail, de la douleur ou de l'humiliation ; et nous pouvons dire qu'il y en a de deux sortes qui sont comme les deux pièces dont la croix de la pénitence est composée, à savoir la peine et le mépris. Voyez, Seigneur, dit le psalmiste, ma bassesse et ma peine, et pardonnez-moi tous mes péchés, pour la satisfaction desquels je vous offre cette double pénitence. Ces paroles ont été hautement vérifiées en Jésus-Christ dont toutes les souffrances ont été en même temps douloureuses et ignominieuses comme la flagellation cruelle jointe à une honteuse nudité, un couronnement dérisoire avec les pointes déchirantes des épines, et ainsi du reste, afin qu'il fût affligé en son esprit généreux par les mépris et en son corps délicat par les douleurs, pour devenir ainsi un modèle de patience aux âmes nobles qui redoutent plus un petit affront qu'une grande souffrance, ainsi qu'aux espritsplusbasquifuientla moin-