CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS
dre souffrance beaucoup plus que de grands mépris.
Dans toutes les pénitences, ayons toujours devant les yeux, et n'oublions jamais cette vérité que nous avons exprimée au commencement de ce livre, que l'extérieur seul des actions vertueuses sans l'intérieur n'est rien qu'une matière sans forme et un corps sans âme ; nous devons avoir en vue cette vérité plus particulièrement encore lorsqu'il s'agit d'austérités ; car ces actions étant pénibles et nous coûtant bien cher, le préjudice nous sera d'autant plus grand, si nous ne les animons des vertus convenables. Ainsi, pour les faire avec l'esprit que nous devons, et qui nous en conserve les fruits de grâce et de mérite, souvenez-vous qu'outre l'intention générale de glorifier Dieu et de faire sa sainte volonté, outre la disposition générale aussi du divin amour qui doit être la fin et le principe universel de toutes nos bonnes œuvres, chaque action vertueuse a de plus son principe et sa fin particulière et plus immédiate, un but spécial de pratiquer telle ou telle vertu. C'est ainsi que dans les pénitences et austérités par lesquelles nous exerçons et nos esprits et nos corps, nous devons agir d'abord pour plaire à Dieu et par un principe d'amour ; mais il y a, de plus, des fins particulières que nous devons nous proposer, des fruits particuliers que nous en pouvons retirer.
Premièrement, en macérant votre chair par les pénitences, ayez intention de témoignera Dieu combien vous l'aimez, puisque vous voulez le servir non-seulement sans intérêt, mais à vos dépens et au prix de
votre commodité. Faites cela du même cœur que vous voudriez souffrir le martyre, si l'occasion s'en présentait ; montrez que c'est le martyre qui manque à votre volonté, mais non votre volonté au martyre. « Avec quel courage, en effet, dit saint Pierre Damien, vous supporteriez les supplices qu'un persécuteur vous ferait endurer, puisque la souffrance vous est si douce pour l'amour de Jésus-Christ, même lorsque vous n'y êtes point obligé ! » C'est pourquoi un des Pères de la vie spirituelle dit avec raison que l'affliction volontaire est une preuve de notre foi et de notre amour, et que la moindre vaut mieux que les plus grandes œuvres qui ne nous coûtent rien. « C'est bon, dit-il, pour des âmes du commun de servir Dieu de leurs biens extérieurs, sans toucher à eux-mêmes, et de lui donner les aumônes de leurs bourses, non les souffrances de leur propre personne. Le démon se rit des bonnes œuvres de Job, tant qu'on n'a point touché à sa peau. (Job. 2.) Mais si avec Job vous servez Dieu dans les peines et dans les souffrances, il sera contraint d'avouer que vous aimez Dieu tout de bon, et ce feu de votre amour montera, comme le sacrifice d'Abel, droit à Dieu.
Ayez dans vos austérités un grand zèle de satisfaire à la justice de Dieu, non pas tant pour vous purifier par cette expiation et vous délivrer de châtiments plus terribles, que pour montrer la haine que vous avez du péché, le punissant comme l'ennemi de Dieu, sans pardonner à la chair qui l'a occasionné. Vous avez été contraire à Dieu en l'offensant, soyez con-