CHAPITRE IV. ■ — PÉNITEiNCES ET AUSTÉRITÉS
traire à vous-même en vous châtiant ; et « qu'il ait cette gloire, dit Guillaume, évoque de Paris, que ses ennemis soient devenus ses dévots serviteurs en se montrant les ennemis jurés d'eux-mêmes et les vengeurs de ses injures. » A cette intention vous pouvez sans doute joiudre celle de payer vos dettes à cette justice de Dieu, afin d'être plus agréable à ses yeux, une fois purifié et délivré de la coulpe et de la peine ; mais il est plus parfait d'envisager l'intérêt de Dieu bien au dessus du vôtre.
Ayez l'intention d'honorer la passion de Notre- Seigneur, et ressentez en vous-même, dit saint Paul, ce qu'il asouffert, nous laissant l'exemple pour suivre ses traceset pour communiquera sacroix. Nos épreuves sont un sacrifice qui s'unit et se mêle, dit le bienheureux Pierre Damien, avec l'unique et divin sacrifice de la croix. Les anges assistent avec joie au spectacle que leur donne un pécheur bien converti; c'est une hostie qui est immolée vivante et qui est présentée à Dieu par ces esprits bienheureux. De cette sorte la victime, qui est le corps humain, est invisiblement unie au sacrifice par excellence qui fut offert sur l'autel de la croix, et tous les sacrifices sont ramassés en un seul trésor, tant celui qui est offert par le chef de tous les élus, que ceux qui sont présentés par chacun de ses membres. » (B. Petr. Dam., 1. 6, Epist. 1.) Une vraie, solide et haute manière d'honorer la passion et la croix du Fils de Dieu, c'est lorsque non-seulement nous l'estimons en nos pensées, nous la louons en nos discours et nous nous prosternons à ses pieds; mais c'est
surtout lorsque nous en imprimons les marques et les caractères sur nos corps, accomplissant avec saint Paul en notre chair ce qui manque à cette sainte passion, ou plutôt ce qui nous manque pour l'application de ce trésor infini.
Prenez quelquefois l'intention de saint Paul qui se châtiait pour deux fins, l'une pour assujettir la chair, et l'autre de peur qu'en prêchant le salut aux autres, il ne ménageât si mal le sien que Dieu vînt à le rejeter pour jamais. Il faut assujettir la servante Agar, la sensualité, de peur qu'elle ne se révolte contre Sara sa maîtresse, qui est la raison. « Il faut fouetter, dit Hesychius, ce valet insolent, fugitif, libertin, de peur qu'il ne traite son maître comme un esclave, et que la chair cette, boue corruptible, cette vile servante, ne méconnaisse sa maîtresse , l'âme incorruptible. » (Hesych. Centur. 1. c. 33). Il faut dompter cette bête féroce et la brider si bien qu'elle ne puisse pas regimber jusqu'à blesser son maître, et que les chevaux indomptés de nos sens n'emportent le cocher trop indulgent dans quelque malheureux précipice.
Ajoutez avec l'Apôtre le second fruit de l'austérité, qui est de nous garantir de l'éternelle réprobation en nous préservant des péchés. Rien n'est si merveilleusement propre à nous éloigner du péché que ces deux choses « la fréquente confession des péchés, et la punition plus fréquente encore du pécheur. » (Petr. Bios. Opusc. compend. in Job.) L'austérité est à l'âme un frein de haut mors qui la retient et l'empêche de