CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS
tant retomber en ses mêmes péchés, on en d'antres pires encore : et s'il y a chose au monde qui paisse tarir la mauvaise source de tout mal qui est l'insatiable appétit des voluptés, c'est l'austérité volontaire, car il faut guérir le contraire par son contraire, et la mauvaise douceur par une salutaire douleur.
Si vous voulez obtenir quelque grâce, corroborez votre prière par la pénitence. C'est ainsi que le prophète Daniel obtint d'être exaucé. « Dès le premier jour que vous avez résolu en votre cœur de vous affliger en présence de votre Dieu, vos prières ont été exaucées et c'est pour cela que je suis venu, lui dit l'Ange Gabriel. (Dan. 10). La sainte Vierge, Mère de Dieu, à qui son Fils tout-puissant ne devait rien refuser, a révélé à sainte Brigitte qu'elle n'avait reçu aucune grâce, qu'elle ne lui eût coûté quelque peine et quelque austérité jointe à sa prière. « C'est pour cela, dit Guillaume de Paris, que les Pères, instruits par le Saint-Esprit, s' affligeaient volontairement toutes les fois qu'ils désiraient obtenir de Dieu par leurs prières quelque chose de grand et d'important. Dieu fait quelquefois avec nous ce que fait une mère avec son enfant; elle ne lui donne pas toujours d'abord ce qu'il demande; mais dès qu'il se met à pleurer et à s'affliger, elle ne peut réprimer davantage l'élan de son cœur. Dieu ne vous exauce pas toujours, quoique vous demandiez plusieurs fois une grâce ; il attend que votre prière sorte comme un cri du fond de votre Ame, et en sorte arrosée de vos larmes et rendue plus forte par quelque sacrifice, quelque
austérité. Alors Dieu, qui est si bon et si compatissant, ne saurait retenir son cœur plus que maternel ; il se l'arracherait plutôt, si l'on peut ainsi parler, pour vous le donner comme il le donna à ses apôtres affligés et jeûnant dans le cénacle; car le cœur de Dieu ou son amour, c'est le Saint-Esprit.
Je pourrais ajouter ici plusieurs autres fruits spirituels qu'on se proposerait utilement dans ses pénitences, comme de satisfaire pour les âmes du purgatoire, ou pour des personnes encore dans ce monde; de s'accoutumer à une vie dure et forte par ces exercices, la vertu ne s'acquérant jamais sans travail; etc., mais ce que j'ai dit renferme le principal et suffit à mon dessein.
ARTICLE II
De quelles dispositions de vertus nous devons accompagner nos austérités.
Parce que nous venons de dire vous pouvez comprendre avec quelles saintes dispositions et quels sentiments vertueux vous devez pratiquer les mortifications et les pénitences, puisque la fin est comme la forme qui perfectionne, comme l'esprit qui anime nos actions morales. Il faut donc animer vos austérités de l'esprit qu'elles demandent, c'est le premier avis que j'ai à vous donner. Ayez devant les yeux une ou plusieurs des fins que nous vous avons marquées en l'article précédent et souvenez-vous-en, tant que dure votre