‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 80 sur 233 · CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS

mortification; c'est le moyen delà faire avec un esprit de dévotion et avec les sentiments proportionnés à une si haute fin. Ces sentiments, nous vous le rappelons, sont l'amoureux désir d'honorer celuià qui vous sacrifiez l'hostie vivante de votre corps, le zèle de sa justice et une véritable indignation contre vous-même ; car dit saint Augustin, en parlant d'un homme pénitent: « Qu'est-ce autre chose sinon un homme en colère contre lui-même. » (HomA, ex. 50). Ajoutez-y la compassion à Jésus souffrant vers lequel vousdevez élever un cœur attendri de pitié et animé de courage pour l'imiter et souffrir avec lui. Revêtez-vous bien des sentiments qui sont conformes aux fins pour lesquelles vous entreprenez ces austérités.

La seconde maxime est que vous fassiez votre pénitence avec un esprit dégagé, je dirai plus, ennemi même des plaisirs et du bien-être de cette vie. Ne soyez pas comme certaines âmes pratiquant des rigueurs qui leur sont imposées, ou par leur condition ou par leur propre dévotion, mais s'imaginant après cela qu'il leur est permis de chercher en d'autres choses leurs plaisirs et leurs commodités. Elles ne considèrent pas que la philosophie même profane fuit les plaisirs comme contraires à la vertu, et que le chrétien les doit bien plus sérieusement abhorrer comme contraires à son salut. « Vous sentirez bientôt défaillir votre esprit ; si vous donnez trop de repos à votre chair, dit saint Grégoire le Grand; car, comme la chair se nourrit volontiers de douceurs, ainsi l'âme se soutient par les choses rudes : celle-là se repaît de plaisirs

et celle-ci devient plus vigoureuse par les amertumes. »

Soyez donc ennemi des plaisirs et des sensualités en tout temps ; concevez-en de l'aversion, du fond du cœur. Reconnaissez que peut-être, pour avoir trop flatté votre chair, depuis même que vous êtes au service de Dieu, vous avez beaucoup perdu de l'esprit, du sentiment et du goûtde la croix de Jésus que vous étiez venu chercher auprès de lui. Déclarez une guerre ouverte à votre chair et à vos sens, renoncez à tous les contentements de la terre, et, parce qu'il ne vous est point possible de vous en priver absolument, puisqu'ils se trouvent joints aux nécessités de cette vie, défendez à votre esprit de s'y complaire et de s'y reposer.

Troisième maxime. Aimez singulièrement les souffrances qui vous viennent sans que vous les cherchiez, comme sont celles que Dieu vous envoie, soit maladie, soit perte d'amis, soit revers de fortune, ou toute autre ; vous devez les recevoir de grand cœur, comme comblant vos désirs intimes. A ces souffrances se rapportent aussi les peines qui nous viennent de la part de nos semblables , ou des choses même inanimées ou privées de raison. Agréez toutes ces épreuves et recevez-les de la main de Dieu avec amour.

Je mets encore de ce nombre les pénitences aux quelles votre condition, vos supérieurs, vos vœux ou vos règles vous obligent, et que vous devez chérir, estimer grandement et subir religieusement.

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