‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 81 sur 233 · CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS

Gardez-vous bien de les observer par contrainte, n'en retranchez rien et n'allez pas contribuer au relâchement de la discipline. N'en cherchez pas de dispense, si ce n'est dans le cas de nécessité, vous estimant heureux si vous avez assez de santé pour porter ce précieux joug de Notre-Seigneur, sans interruption et sans dispense.

Ne soyez pas de ces esprits qui font plus de cas d'un jeûne fait en particulier, ou d'une petite oraison dérobée, que de cinquante jeûnes ou oraisons faites en communauté. Un jeûne ou une pénitence commune et régulière vaut, au contraire, incomparablement mieux que les austérités particulières ; il y a moins de péril, moins de vanité, on est plus certain d'y faire la pure volonté de Dieu. Les pénitences particulières sont bonnes , celles de la communauté sont encore meilleures ; mais joindre les unes et les autres avec un grand cœur, c'est la perfection, comme nous aurons occasion de le dire bientôt.

N'observez pas les austérités communes par routine seulement et par habitude; renouvelez souvent votre intention etvos affections, comme aujouroùpour la première fois vous avez résolu de jeûner, de faire abstinence, de veiller, etc. Embrassez volontairement ces mortifications et apportez-y une généreuse abnégation et un réel désir. Si vous êtes en cette disposition, vous suivrez encore une quatrième maxime.

C'est de vous porter aussi, avec permission toutefois, à quelque pénitence volontaire et non obligatoire. L'abbé Gilbert a fort bien remarqué sur le Cantique

des Cantiques, que l'épouse n'arrose pas seulement son lit de myrrhe et d'aloës, de mortification et d'amertume, mais qu'elle même en doit être toute trempée et la distiller de ses mains et de ses doigts. Ce n'est pas assez que notre genre de vie soit mêlé d'austérités, il faut que cela sorte de nous-mêmes, il faut que nous le produisions. Ce pieux et savant auteur ajoute que les Mages offrirent Lien de la myrrhe à l'enfant Jésus, que Nicolème pour ensevelir son corps en apporta jusqu'à cent livres; mais quoique cela soit beaucoup, nous devons néanmoins passer plus avant et aller jusqu'à une montagne de myrrhe, jusqu'à cette montagne qui la produit et où elle ne meurt pas, mais renaît et pousse continuellement. C'est à cette montagne de myrrhe que vient l'Epoux, et c'est là ce que Jésus recherche, ce qu'il estime, ce qu'il chérit singulièrement, lui qui par excellence est la première montagne de myrrhe. Qu'une âme reçoive la myrrhe, par quantités mesurées; si on la réprimande, elle souffre ; si on lui impose une mortification, elle l'accepte volontiers, mais ce n'est pas elle qui la recherche, et bientôt elle cessera de souffrir avec lamême patience. Voyez-en une autre qui soit comme couverte de cette myrrhe de mortification et d'austérités, sa vie entière distille cette sainte amertume comme celles à qui l'on peut adresser ces paroles de saint Paul : «Vou s êtes mortes et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. » Ces âmes mortesau monde, ensevelies dansle tombeau d'une vie retirée avec Jésus, ces membres sacrés et mystiques sont tous imprégnés de la myrrhe pénitentielle dont

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