‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 82 sur 233 · CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS. I Ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS. I Ï

les abreuvent leurs règles et leurs statuts. Et c'est ce qu'elles doivent prendre pour un grand bonheur, suivant la remarque de saint Jérôme, de ne pas faire ce qu'elles veulent, de manger ce qu'onleurcommande, de prendre les habits qu'on leur donne, de s'acquitter du travail qu'on leur impose, d'arriver fatiguées à la fin de la journée et, sans avoir pris tout le repos que voudrait la nature, de se voir contraintes à de nouveaux labeurs. Cette vie n'est-elle pas toute myrrhe, toute mortifiante, n'est-ce pas une violence perpétuelle?

Mais il y a encore quelque chose de plus haut, c'est un cœur affamé de croix, un cœur haletant de désirs à la pensée des souffrances, un cœur qui, recevant avec grande joie les peines qui lui viennent ou de Dieu, ou du prochain, ou de l'obéissance, y ajoute encore et toujours d'autres mortifications. C'est une montagne de myrrhe où ne cessent de croître de nouvelles recherches et de nouvelles demandes d'austérités; elle ne fait qu'en produire et reproduire. Que cette âme est heureuse ! qu'elle sera aimée et qu'elle est favorisée de Dieu !

Courage donc, animons-nous à ce genre de martyre par l'exemple de nos Pères. Je ne vous proposerai point des Siméon Stylite, des Antoine, ou desHilarion et des Jérôme cà imiter; mais que chacun envisage dans sa condition, ou dans les chroniques de son ordre, les personnes illustres qui ont méprisé non-seulement ce qui pouvait flatter leur chair, mais quelquefois le soin mômede leur santé ; et, si nous ne les imitons pas jusque-là, leur exemple du moins nous encouragera

à faire quelques sacrifices. Si vous saviez, répondait saint Bernard à ceux qui lui reprochaient ses trop grandes austérités, si vous saviez quelle est l'obligation d'un religieux, vous arroseriez de larmes tout le pain et tous les aliments que vous prenez; car nous entrons en religion pour pleurer nos péchés et ceux du peuple, et il ne sert pas à un religieux d'alléguer qu'il est infirme, car nos saints Pères et bienheureux prédécesseurs choisissaient des vallées humides et basses pour y bâtir des monastères, afin que les religieux étant souvent malades et ayant la mort présente devant les yeux, vécussent toujours dans la crainte du Seigneur.

Gela vous étonne; mais les païens eux-mêmes n'ontils pas agi de la sorte pour l'amour d'une sagesse et d'une vertu toute naturelle? Saint Basile nous apprend que Platon, connaissant les troubles que la chair suscite à l'âme, avait choisi à Athènes un lieu malsain pour y établir son académie, afin qne l'intempérie de l'air diminuât la force du corps ; et l'on rapporte que Pythagore voyant un homme qui, par de fréquents exercices joints à la bonn e chère, avai t soin de fortifier e t d'engraisser son corps, lui dit qu'il était misérable de travailler à rendre sa prison plus forte et plus dure. Nous cherchons souvent des excuses dans la faiblesse corporelle ; mais d'un côté cette faiblesse souvent est imaginaire, ou du moins elle est entretenue et augmentée par celle de l'esprit, et d'un autre côté une longue vie est le plus souvent le prix des austérités les plus constantes. La myrrhe est amère, soit; mais

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