CHAPITRE IV. — PÉNITENCES ET AUSTÉRITÉS
elle est salutaire, et elle a cela de particulier qu'elle préserve de la corruption, pourvu que, suivant l'expression des livres saints, elle soit bien éprouvée; car c'est ce qu'il faut considérer.
La myrrhe dontles mainsde l'épouse étaient pleines, est appelée du nom de myrrha probatissima. S'il y a des mortifications qui sont approuvées de Dieu, il y en a d'autres qui ne le sont pas, ayant pour principe l'ardeur du tempérament, ou la présomption. Ces austérités entreprises par boutade dans un moment de ferveur exaltée, ou par l'effet d'une vaine émulation chez un esprit trop faible pour persévérer, ne servent à rien, sinon à augmenter et à fortifier les défauts d'où elles procèdent. Ce n'est pas une myrrhe bien choisie, elle n'est pas agréable à Dieu. Savez-vous quelle est la mortification très-approuvée? C'est celle qui n'est ni orgueilleuse, ni indiscrète, ni superficielle, ni blessante pour les autres. C'est l'austérité qui est jointe à l'humilité, à la charité, à la discrétion et à la mortification intérieure; aussi n'oubliez j)as cette cinquième maxime.
Soyez humble dans vos pénitences. Demandez à saint Paul quel est celui que Dieu approuve ; ce n'est pas le présomptueux qui se recommande lui-même, mais l'homme bien humble. C'est celui-là que Dieu loue et estime d'autant plus qu'il se cache et qu'il se croit digne de mépris et d'oubli. G-ardez-vous donc de vous estimer pour vos austérités. Jamais non plus ne méprisez ceux qui n'en font pas ; peut-être sontils meilleurs que vous, et sans doute ils le sont, étant
supposés plus humbles. A l'austérité joignez donc toujours le mépris de vous-même, l'estime et la charité pour le prochain ; joignez-y l'obéissance, n'entreprenant rien de notable sans la permission de votre supérieur. Voici la sixième maxime.
Il faut vous mortifier avec discrétion et c'est déjà suivre cette règle que de faire vos pénitences avec obéissance. A plusieurs il n'est point nécessaire de recommander la discrétion dans leurs austérités; car nous ne sommes que trop portés à nous choyer, et, même avant que la santé ne souffre, nous n'avons que trop soin de fuir les moindres incommodités. Néanmoins, il peut y avoir des esprits qui aiment les extrêmes et qui pourraient excéder. C'est pourquoi l'Apôtre, après nous avoir exhortés à immoler à Dieu nos corps comme une hostie vivante et sainte qui lui soit agréable, ajoute cet avertissement que notre service soit raisonnable, rationabile obsequium veslrum; c'est-à-dire, selon saint Thomas, que les pénitences soient modérées par la discrétion. Si notre corps est trop vigoureux, l'esprit n'en est pas le maître; mais si nous l'affaiblissons trop, il ne peut servir aux fonctions que l'âme lui demande : il faut donc qu'une sage discrétion nous fasse tenir le milieu.
Septième et dernière maxime. Souvenez -vous, en mortifiant le corps au dehors, de corriger et de régler votre esprit au dedans. « Crucifiez, dit saint Paul, avec la chair ses vices et ses convoitises déréglées. » (Gai. 5.) Agir autrement serait cultiver les allées d'un jardin et les avenuesd'une vigne et laisser le principal en friche.