CHAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE
avec la plus infâme perversité. 0 que Dieu est compatissant et qu'il a donné de vertu aux bons mouvements du cœur humain!
Pratiquez souvent cet acte si noble et si efficace ; produisez-le, non-seulement quand vous vous préparez à la confession, mais en divers autres temps. Accoutumez-vous à cela au commencement de votre oraison, avant la sainte messe et même après votre communion ; faites-le quand vous serez en danger de tentation ou que vous serez tombé en quelque faute ; ne l'oubliez pas tous les soirs avant de vous coucher, et toutes les fois que Dieu vous l'inspirera. Il ne faut bien souvent qu'un soupir avec ces paroles : « 0 mon Jésus, je vous aime. Hélas ! pourquoi vous ai-je offensé ? » <:
Souvenez-vous de David qui pleurait son péché jour et nuit, au point qu'il en desséchait, suivant son expression. Saint Pierre avait le cœur percé d'une blessure qu'il ne voulut jamais guérir; il pleura si amèrement son péché tout le reste de sa vie qu'au rapport de saint Clément, son disciple, ses chaudes larmes creusèrent un sillon de douleur sur ses joues vénérables et que, quand un pécheur venait se confesser à lui, ce grand apôtre fondait en larmes et semblait dire : « Ah ! mon frère, quel malheur nous avons eu d'offenser un si bon maître 1 An ! mon ami, vous êtes encore plus innocent que moi! » Croironsnous, après cela, qu'il n'est pas nécessaire, une fois les péchés pardonnes, de toujours pleurer et toujours soupirer? (S. Clem. 1. 2. Recognit.)
Je ne voudrais pas agiter votre esprit d'une perpé-
tuelle inquiétude; mais rappelez - vous que vous n'aurez jamais la positive assurance de la rémission de vos péchés, comme David et saint Pierre l'entendirent de la bouche de Dieu même; et eussiez-vous môme une semblable certitude, ne resterait-il pas toujours vrai que vous avez fait quelque chose qui sera aux yeux de Dieu un objet d'éternelle horreur ? Tels doivent paraître à vos yeux les péchés, par lesquels il a été méprisé de vous et indignement outragé. Sachez, comme dit sainte Thérèse après saint Grégoire, que, plus vous serez éloigné du péché et avancé en grâce, plus votre repentir croîtra avec l'étonnement de votre perfidie. Hélas ! en voyant que vous avez autrefois quitté une si grande majesté pour des choses si viles, cela vous paraîtra si contraire à la raison et si odieux que vous ne trouverez pas d'expressions à la hauteur de votre chagrin et que la mort seule pourra mettre un terme à vos actes de contrition. (S. Greg. in Ps. 2, Pœnit. — Ste Thér. Château de l'âme, 6e demeuré, ch. 7.)
Je ne m'arrêterai pas ici à vous expliquer en quoi consiste la contrition, ni en quoi elle diffère de l'attrition, ni comment elle doit être surnaturelle, universelle, véritable et efficace. Je ne vous donnerai même pas des motifs de contrition pour les péchés mortels qui attaquent Dieu impudemment, presque en toutes ses perfections, et qui ont proprement crucifié son Fils unique; ni des motifs à'atlrition, pour ces mêmes péchés qui tuent notre âme, la privent de la grâce sanctifiante, lui ôtent Sont mérite et tout droit à Thé-
CAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE. 165
ritage éternel, ainsi qu'à la protection du Père céleste, en le chassant de notre cœur et en lui substituant le démon. Sans doute, vous avez bien pesé tout cela au commencement de votre conversion et vous ne l'oubliez point. Je me persuade également que vous n'avez plus le monstrueux malheur de tomber en des péchés mortels et que vos fragilités ordinaires ne vont pas jusque-là. Je me bornerai, en conséquence, à vous développer quelques motifs de contrition et d'attrition pour les péchés véniels, au sujet desquels plusieurs âmes ont de la peine à trouver des motifs qui les touchent suffisamment.
ARTICLE II. Motifs de repentir sur les péchés véniels.
Il est certain que l'acte, soit de contrition, soit d'attrition, doit être surnaturel et descendre de la givâce de Dieu, en sorte qu'il nous est impossible d'y arriver par nos propres forces. Néanmoins, nous pouvons et devons présenter le vase de notre pauvre cœur à Dieu et le prier qu'il lui plaise de le remplir de cette précieuse liqueur d'amertume et de douleur. Nous pouvons et devons repasser en notre esprit des considérations qui nous excitent à ces sentiments, et nous aurons sujet d'espérer que, si nous faisons ce qui dépend de nous, Dieu nous viendra au devant, comme le père de l'enfant prodigue, et nous donnera ce qui dépend de lui seul. G'esl à quoi s'appliquait David, selon la giosede
saint Grégoire : « J'ai travaillé, dit-il, en mon gémissement, c'est-à-dire, je me suis efforcé de gémir et de regretter mes offenses. » (S. Greg. in Ps. 6.)
Travaillez demême et, par de saintes considérations, tâchez de pénétrer la vraie difformité d'un péché véniel et les maux qu'il fait à votre âme.
Considérez 1° qu'un péché véniel est véritablement une offense de Dieu et qu'il lui déplaît, quoiqu'il ne nous prive pas de son amitié. Si vous avez un peu d'amour, vous ne verrez pas tant la petitesse de la chose prescrite, comme dit saint Jérôme, que la grandeur de celui qui l'a ordonnée, et vous prendrez moins garde à l'importance du commandement qu'à la dignité de celui qui vous l'a fait. (Hieron. Epist. 1 4 ad Cœlant.)
Considérez 2° qu'un péché véniel ne saurait être effacé que par le sang de Jésus, sang royal et divin dont la moindre goutte vaut plus que tous les mondes et toutes les créatures. Quel malheureux caractère le péché, même le plus léger, doit donc imprimer en notre âme, pour qu'il ne puisse être lavé qu'à ce prix!
Considérez 3° qu'il y a dans le péché véniel une certaine tache ou difformité qui n'ôte pas à l'âme la charité de Dieu, ni la splendeur surnaturelle de sa grâce, mais qui ternit un peu l'éclat de sa beauté, comme s'exprime saint Basile. (Basil, in Isa. c. 4.) Il ne tue pas l'âme, c'est vrai; mais il la déforme et la salit de telle façon qu'elle ne se présente plus qu'avec peine ou confusion aux chastes embrassements de son époux. (S. Cœsar. Arel. Hom. 8. ad pop.)