CHAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE
Considérez 4° que les péchés véniels diminuent en nous l'amour de Dieu, la ferveur de la charité, la grâce, les mérites, l'assurance de notre prédestination; qu'ils affaiblissent la dévotion et la force de notre âme et empêchent l'opération du Saint-Esprit en nous.
5° Mais si vous reconnaissez que votre cœur soit endurci et que les pensées d'amour ne l'amollissent point, frappez-le par des pensées de crainte, faites appréhendera votre esprit les secrets jugements de Dieu dans votre dureté et votre obscurité intérieure. Souvenez-vous que vous mettez obstacle aux visites de Dieu, à des grâces qui vous seraient bien nécessaires et faute desquelles le temps pourra vous amener d'incalculables malheurs. Les péchés véniels ferment l'entrée de votre cœur à Jésus-Christ, non pas absolument, car il y est; mais partiellement, de telle sorte qu'il n'y apporte plus des grâces si abondantes, et qu'il ne s'y montre pas avec un visage tout-à-fait riant et serein. Les négligences, dit le pieux et savant Richard de Saint-Victor , telles que les paroles inutiles , les pensées vaines, la recherche de ce qui vous est commode et trop de liberté dans vos allures; oui, ces fautes, quoique vénielles, sont de petites serrures qui tiennent close la porte de votre cœur et, si vous n'en ôtez de tels péchés, commis de propos délibéré, l'époux céleste ne se plaira pas à y entrer avec tous les secours qu'il vous faudrait pour vous maintenir même dans l'état de grâce où vous êtes actuellement. Vous auriez besoin d'être excité de Dieu plus puissamment et plus fréquemment, de sentir la protection de sa main plus
fortement et plus continuellement, d'être dirigé et conduit plus amoureusement par sa bonté; sans cela, votre entendement demeurera si obscurci par les péchés véniels, votre volonté si difficile à émouvoir et votre imagination si prompte à s'égarer dans cette voie dangereuse, que l'excitation, la protection et la direction ordinaire de Dieu par ses grâces auront de trop faibles effets sur votre âme. Il s'ensuivra qu'à la longue la grâce sanctifiante dont vous vous croyez assuré ne tiendra plus qu'à un fil qui se rompra au premier vent de la tentation et ne vous retiendra plus au bord de l'abîme. (Richa. Sancto Yict. 35, in Cant. 5. — Lessius, /. 3, de perfect. div. c. 12. • — S. Jure : de la connaissance de N.-S. I. 3, c. 2, sect. 7.)
Pensez donc 6° que, pour ce motif, entre plusieurs autres, les péchés véniels conduisent aux mortels et en enfer, et qu'il y a des fautes moins légères dont on se corrige plus difficilement que des fautes graves, en ce qu'étant moins connues, moins regrettées, le cœur y met plus d'attachement. C'est l'avis unanime des théologiens après leur maître saint Thomas, (1 ; 2, q. 88 à 3.) que le péché véniel conduit l'âme au péché mortel par disposition, tant parc 3 qu'il lui ôte les grâi es qui l'éloignaient d'un tel malheur, à savoir, la soumission à Dieu dans l'ordre de la raison et de la grâce, les forces intérieures, la ferveur, les bonnes habitudes, que parce qu'il jette dans l'âme ce qui la porte au péché mortel, en donnant accès aux tentations, en occasionnant d.-s faiblesses etde mauvaises propensions qui, suivant le langage de saint Dorothée,