CHAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE
et diminuant ou augmentant celles que vous avez commises.
Ne soyez point de ceux qui, en abandonnant le péché, conservent l'amour du plaisir du péché et ressemblent à des gens qui protestent de ne pas vouloir boire, mais se plaisent à voir le vin et à fréquenter les lieux où il s'en consomme le plus.
Ne parlez pas si vite, si obscurément ou si bas que vous ne puissiez être entendu de votre confesseur ; au contraire, déclarez de point en point et clairement le mal que vous avez fait; toutefois ne le contez pas comme une histoire, ni en des termes trop libres; que la rougeur soit sur vos lèvres et qu'un ruban d'écarlate les resserre, comme il est dit de l'épouse des cantiques ; (Gant. 4.) mais que, sans s'étendre à de longs discours inutiles, votre accusation soit pourtant nette et distincte.
N'exagérez pas tellement vos péchés que votre confession semble imaginée pour vous faire estimer plus humble; car la vanité est subtile et se glisse jusque dans l'esprit de celui qui avoue ses hontes ; elle attaque même ceux qui s'accusent de la vanité et qui la détestent.
Si vous croyez apercevoir quelque défaut dans la personne du confesseur ou dans sa manière de procéder, gardez-vous de le mépriser, de lui laisser voir votre opinion, ou de rabattre quoi quecesoit du respect que vous devez, comme criminel, à votre juge.
Evitez de répéter ce qu'il vous aura dit pour votre bien particulier ou concernant le prochain ; car, comme nous l'apprend l'illustre évêque d'Annecy,
« Il y a quelque réciproque obligation de secret entre le confesseur et le pénitent; cependant, ajoute saint François de Sales, il ne vous est pas défendu de rapporter quelque chose d'édification que vous aurez apprise de lui. »
Ne pensez pas qu'il suffise de dire en général : J'ai eu plusieurs mouvements de colère, de tristesse ; ce n'est pas là une matière d'absolution. Il faut particulariser le péché et déclarer si la colère a été déréglée ou s'accuser des effets qu'elle aura produits en paroles ou autrement.
Soyez charitable, ne mettez point le prochain dans vos confessions ; vous n'êtes ici l'accusateur que de vous-même, n'incriminez que vous. Evitez, par exemple, de dire : C'est une personne qui m'est insupportable, avec laquelle on ne saurait vivre en paix, Ne faites pas même cela indirectement, en disant, par exemple : J'ai murmuré en mon cœur de ce qu'un tel m'a fait telle chose , ou : J'ai murmuré contre mon supérieur de m'avoir reçu trop brusquement et renvoyé avec une réponse sèche. Laissez de côté ces détails qui ne font rien à la cause et dites simplement votre faute.
Ne soyez pas ennuyeux à vous accuser; retranchez les répétitions et amplifications, et n'allez pas surtout vous figurer que vous ne vous êtes pas bien confessé, parce que vous n'avez guère dit de choses avec contrition, si vous les avez dites sans rien cacher.
Ceux-là encore ne se confessent pas suffisamment qui s'accusent en général de n'avoir pas aimé et