DEUX HISTORIENS
Leurs noms n'ajouteraient rien à la moralité de ce récit. Ce ne sont pas deux anonymes, mais deux historiens.
L'un adébutédans le roman, sous le règne de M. de Jouy :
« Il marche sur les traces de M. Lamothe-Langon, » disait le Miroir, journal de déjeuner sous la Restauration.
L'autre a débuté dans la fable, sous le règne de M. Arnault :
« Il marche sur les traces de Lamothe, » disait la Minerve, folle Revue de ce temps.
L'été dernier, au mois de juin, ces deux historiens se promeoaient aux Tuileries^ allée Méléagre ; il était huit heures du soir.
Leurs costumes annonçaient deux historiens graves, et qui ont jeté un coup d'œil profond dans les ténèbres historiques du passé» Ils portaient deux habits noirs, façon 1812 ; deux pantalons bleus, larges sur les cuisses, à grand pont, et rétrécis vers les gaines inférieures, où ils laissaient à découvert les cordons de souFiers, noués en 8, verticalement.
L'ex-romancier disait :
— Ce cher Jules Naudin! il n'a pas vieilli! Depuis combien de temps ne Taviez-vous pas vu?
— Depuis dix ans, répondait Tex-fabuliste.
— Comme moi. Il nous a congédiés un peu lestement après son dîner, n'est-ce pas?
— Oh 1 il est fort excusable... Jules Naudin arrive des Antilles par le Havre ;. il traverse Paris ; il pari pour Bordeaux après*demain, et ce soir il va à l'Opéra. Nous n'allons pas à l'Opéra, nous; nos loisirs du soir sont mieux occupés. Son dîner, d'ailleurs, était fort bon.
— Oh I Jules Naudin a toujours très-bien traité ses amis. Vous l'avez beaucoup connu, comme moi^ de
— Je ne le quittais presque pas^ à cette époque.
— Moi aussi ; nous vivions dans l'intimité, comme deux Pylades.
— Il était encore un vrai coureur d'aventures, en ce temps-là.