DEUX HISTORIENS. S
— Lui I oh non I il avait une vieille liaison, rue Cassette, et qui est morte, par parenthèse, et il s'en tenait là. • -
— Moi, je ne lui ai jamais entendu parler de la rue Cassette...
— Oh ! il ne parlait que de cela !
— Je lui ai connu, moi, deux petites intrigues dans la rue Miroménil, et une troisième avec une Dugazon de Feydeau.
— Ah I par exemple, je puis vous affirmer qtf il n'a jamais mis les pieds à Feydeau. Il délestait la mu« sique.
— Mais cela n'empêche pas d'aimer une Dugaion.
— Il n'a jamais aimé que la rue Cassette; il ne sortait pas de là... C'était encore alors un très-beau blond.
— Blond I dites-vous. .. Avant qu'il fût chauve, j'ai toujours connu Jules Naudin brun.
— Vous confondez avec son frère.
— Il n'a pas de frère ; il n*a qu'une sœur.
— Eh 1 bien t sa sœur est blonde : vous avez con^ fondu avec sa sœur.
— Son caractère m'a paru bien changé.
— Pas trop.
— Il était fort querelleur en conversation.
^— Tiens ! je ne lui ai jamais trouvé ce défaut ; il
péchait même par Texcès contraire. Naudin était de Tavis de tout le monde : je le lui ai reproché cent fois.
— Enfin, nous avions souvent, lui et moi, des discussions sur la politique... Vous savez qu'il appartenait à l'opposition très-avancée?
— Lui I Jules Nttudin, de l'opposition ! Allons donc! c'était un conservateur forcené!
La conversation prenant ainsi un certain caractère d'aigreur entre ces deux historiens, un grand silence s'établit subitement : ils étaient devant la statue de Méléagre.
— Voilà une belle statue, dit l'un des deux.
— Très-belle, répondit l'autre.
Ils se serrèrent les mains du bout des doigts, et se séparèrent avec un sourire aigre-doux.
L'ex-romancier, rentré chez lui, se mit au travail.
Il ouvrit son manuscrit et se fit ce monologue à voix basse sur un air fredonné de vaudeville :
— Voyons, où en suis-je de mon histoire de Valentinien P'... année 364... ère chrétienne... Boni j'ai commencé le portrait de Valentinien... J'en suis là..^ Poursuivons...
Et il écrivit le portrait de Valentinien P"^ : <( Valentinien, frère de Valons, était de haute taille; ses cheveux étaient bruns et crépus; il avait le