‹ La Juive au VaticanChapitre 6 sur 14 · ARNAULD DE VRESSE, LIBRAIRE-EDITEUR · texte numérisé non relu

ARNAULD DE VRESSE, LIBRAIRE-EDITEUR

55, RUB DE tiiyoLi,'55,

les lôurs 4^ libations et de fête, le peuple de Rome xifi ^accommoderait pas des guinguettes de nos barrières çtt des pubiic'house des faui)ourgs de Londres : il lui fau^ fosteriay un local aéré^ gracieux dans son architecture^ et assez semblable aux chattiram de Tlnde. Le peuple de Rome n'a rien perdu de l'antique distinction de ses goûts j il faut toujours que le Trastéyérin se pose poétiquement dans ses beaux paysages, qu'il s'appuie contre une cor lonne, qu'il fasse la sieste au pied d'une statue, qu'il prenne pour çiége quelque noble tronçon de piédestal.

En décrivant une osterta^ on donne une idée générale de tous les établissements de ce gepre. L'osleria où va se dérouler/Une scène Importante de notre histoire est située dans la région trastévérine, à peu de distance de l'hôpital Saint-Michel et de l'ancien pont Suplicius. C'est comme un vaste péristyle sans temple, avec une toiture élevée, soutenue par des pilastres et des colonnes aux chapiteaux élégants. On voit sur les murs des peintures, œuvres gratuites des artistes trastévérins; elles attestent encore que . les habitudes n'ont pas changé dans ces établissement»

TOMB tt. i

a LA JxnVE JlU VATICAN.

populaires, depuis Horace qui les a immortalisées par un vers*. A cette époque, on peignait la fable du Rat de ville et du Rat des champs^ rmticus urbanummurem mus; aujourd'hui, les artistes crayonnent des tarentelles fougueuses, des caricatures de' moTWî^worî,' des arlequins lutines par des colombines, des dômes de Saint-Pierré enlevés par des papillons.

Au milieu de Tosleria s'allonge une table solide comme une pierre de dolmen^ et qui défie la turbulence dominicale des chanteurs, des buveurs et des joueurs, car elle sert à trois fins : les cartes du tresette y roulent au milieu des fiaschinieX des mandolines; on joue, on boit, on cha'hte sur le même théâtre, et il y en a même beaucoup qui font ces trois choses à la fois et sont en haute faveur chez le maître de Tosleria.

Ce maître est toujours un homme de goût, il se garderait bien d'eufouii'';S(ia>\établissement dans une rue étroite et aveugle; il tient à donner aux habitués, pour perspective, les plus, belles lignes de Thorizon romain. On trouve entre Sainte-Marie-Majeure et Saint-Jean de Latran une osteria qui embrasse ces deux merveilleuses églises et les regarde comme ses dépendances naturelles, bâties pour amuser les joueurs de tresette pendant qu'ils battent les cartes ou qu'ils attendent uq roi de cœur trop longtemps suspendu.

L'osteria où nou^ sommes, placée à l'autre extrémité de la ville, ofire à ses habitués un autre genre de distractions : sous sa terrasse coule le Tibre dans toute sa rudesse; elle voit, sur l'autre rive, le temple de la Fortune- Virile, l'arche noire et béante du cloaque des Tarquins; la rotonde où les vestales oubliaient le feu de l'autel pour le feu de l'amour, et la colline des émotions populaires, le mont sacré, l'antique Aventin.

C'est sans doute à cause de ce voisinage que plusieurs personnages, déjà connus de nous, se sont assemblés à l'osteria du Tibre. Le maître de cette osteria est violemment soupçonné d'être un carbonaro de la vieille roche ;

* Historia quorum in tabernis pingitur. (Voycige à JBrindei.)

LA nJÏYi AU rATMA». 3

aussi les yeux de la police sont toujours ouverts sur son ^seigne : Vino dolce è asciutto,

A chaque instant arrivent de jeunes marchands colporteurs^ qui déposent leurs ballots ^essuient la sueur de leurs fronts et prennent place à la table, où le giovine leur sert un fiaschmo et de la friture hydraulique, pour économiser Thuile, conformément à Tantique proverbe phocéen encore en vogue à Marseille : Fregissen eme d'aiguo.

Quelques colporteurs, plus aisés, entrent à cheval dans rosteria, et attachent leurs montures aux anneaux de la crèche devant la paille qui remplace le foin. Tout ce mouvement est inusité; on voit qu'une pensée commune appelle tous ces hommes sur un même point, bien qu'ils paraissent étrangers les uns aux autres. Les conversations faites à haute voix roulent sur des choses vulgaires et indifférentes, mais les entretiens à voix basse annoncent des sujets graves et mystérieux.

Ciceruacchio domine cett^ scène, et semble connaître à peu près tous les acteurs. 11 examine tout, écoute tout, dirige tout avec une légèreté charmante, qui n'annonce rien de sérieux au fond de ces mystères. Il chante, rit, conseille les joueurs, pince une corde de mandoline, charbonne un profil grotesque sur le mur, cambre sa jambe fine dans un prélude de saltarella, hèle les mariniers qui remontent le Tibre, lît entremêle toutes ses évolutions de petits dialogues très-vifs, engagés à l'écart avec chaque colporteur.

— D'où viens-tu , toi ?

—De Spolette. J'apporte à l'association le tribut des juife.

— Bien... Et toi?

— Je viens de Bologne. La dime se paye avec enthousiasme.

Tant mieux. Et toi, tu arrives des Légations, n'est-ce

— Oui. Tout marche bien dans Israël, pour le grand œuvre.

— Et toi, as-tu vu beaucoup des tiens à la foire de Sinigaglia?

4 1.A imvs Air viatcM^

<i-» Les enfants de la veuve ont fait le signe de dëtreAe et regardent l'Orient pour voir si la lumière se lève, a» Berceau d'Adonat.

— Elle se lèvera... Et toi, poëte, artiste, improvisât leur, devin, que viens-tu nous prédire ici ?

— Maître, vois-tu là, vis-à-vis, ces deux grandes choses romaines qui sont nôtres, comme Teau de ce fleuve jaune e« le rayon de ce soleil d'or : le temple de Vesta et le mont Aventin? Eh bien ! ce temple et ce mont nous ont conservé une flamme éternelle que rien ne peut éteinclre: ia flamme de la liberté !

— Très-bien ! poète; mets la ceinture à tes reins, et, alte einctus > tiens- toi prêt.

*— Ah ! voilàle barbier Garacalla ! crièrent plusieurs voix.

— Par mon patron, Antonin, qui serait un saint ^ saint Sylvestre ne lui eût pas pris le dernier jour de r«n l s'écria le barbier à son entrée, j'ai juré de faire mon lundi à l'osteria du Tibre ! Je n'ai pas un coup de ravoir à donner; toutes mes pratiques sont rasées du dimanche. Qu'on me serve une omelette au jambon et une carafe d^orvietol >

•— Tu es un fainéant, toi, dit Giceruacchio, en donnant un ooup sur l'épaule du barbier.

— C'est vrai! maître; et je suis encl^anté que- le roi Janus n'ait pas ordonné à tous les Romains d'avoir deu^ fisages comme lui. Je com^ais des gens qui se seraient t^% raser le premier visage le dimanche, et le second le lundi; ce qui m'aurait cloué dans mon échope aujouv^ d'hui, et m'aurait empêché de vous parler.

-rr Ah ! tu veux me parler l dit Giceruacchio en prenant le barbier à l'écart.

*— Je viens d.e chez vous^ vous demeutez dans le -voisinage; on m'a dit que vous aviez pris le chemin de l'ofi»tesia, et je vous^ai suivi.

— Qu'as-tu donc à me dire de si pressé? •p*^^ Vous ne devinez pas?

— Non, je n'ai pas le temps de deviner.

-^ Ëh Mefi! nous ttioa^f^onsi SMni&arven&Mastaîpour saint?-pèrel

— (i^estceque tu viens m'apprendre? dit Ciceruacôhio avfic un éclat de rire.

— Sainte Vierge! je n*ai pas cette prétention! Vous n'ignorez rien, vous ! Vous saviez la nomination de Mastaî ayant Mastaï lui-même, avant le Saint-Esprit qui Ta inspirée au conclave !

~Eh bien ! alors, que veuxrtu?

'— Je viens vous faire souvenir de votre promesse...

— Que t'ai-je promis ?

— Vous savez bien, ce fameux dimanche où j'ai eu l'honneur de raser votre seigneurie... Eh bien! ce jourlà, vous m'avez promis de me faire entrer au Vatican comme médecin des hallebardiers, si Mastaï était nommé. Mastaï est entré au Vatican, et moi je suis encore dans ma boutique. Ce n'est pas juste.

— Écoute, mon ami, dit Ciceruacchio, je n'ai pas le temps aujourd'hui de perdre du temps... Mais je vais t'adiesser à mon second moi-même... Tu vois bien cet homme qui entre avec un manteau si vieux et un aii* si grave...

— Per ogni santifje le connais ! c'est le Carbonaretto.

— Tout juste ! Va lui parler tout de suite de ma part; dis-lui que je t'envoie, et tu seras content.

Le Carbonaretto n'était pas seul ; il entrait avec Frittata. Ces deux hommes étaient toujours suivis de leurs amis lés hercules, tout dévoués à la cause libérale. Le Carbonaretto avait un extérieur grave et sombre; il rappelait le stoïcien antique, couvert de son manteau et attendant sa destinée, heureuse ou fatale, sans montrer un souci SMv son front. * •

Frittata, sérieux au fond de lui-même comme Carbonaretto, avait un extérieur charmant et tout rempli de grâce italienne. Il portait avec avantage, comme Ciceruacchio, le brillant costume de minente. Sa gaieté franche, sa physionomie pleine d'expression, son talent de chanteur et djB danseur de saltarella le rendaient sympathique aux jeunes femmes et aux jeunes gens. Son nom véritable 8'étaiit perdu dans son surnom de Frittata, qui lui aval*

été donné à cause de son goût prononcé pour les omelettes au jambon.

La servante de Tosteria, jeune fille alerte et rieuse tenant tète à toutes les demandes, s'écarta un instant de la table où elle venait de déposer une colline de salades romaines, et donnant un léger coup d'épaule au coude de Ciceruaccbio, elle ouvrit avec intelligence ses grands yeui noirs, fit un signe imperceptible pour tout autre que lui, et reprit son vol, comme Toiseau, sans avoir rien dit.

C'était une vraie Romaine trastévérine, avec son visage fortement coloré , son air de madone rustique , sa taille souple et solidement assise sur de l'airain en relief. Son costume multicolore lui allait à ravir, et sa robe écourtée laissait voir une jambe fine et une cheville imperceptible Sur un pied d'enfant. Son nom participait du bohémien et du romain ; on l'appelait Ruzzarina,etelle ressemblait beaucoup à son nom; car son caractère était moitié trop sauvage, moitié trop civilisé. La médisance, qui s'attache aux princesses comme aux paysannes, affirmait que Ruzzarina avait un jour oublié d'être rebelle à Frittata le Grand. La médisance a cela de bon qu'elle dit vrai quelquefois pour n'être pas d'accord avec la calomnie, sa sœur, laquelle ment toujours.

Ciceruacchio, qui connaissait toute l'intelligence deRuzzarina, se retourna nonchalamment, et vit dans lé' lointain des figures suspectes qui observaient, avec des yeux d'espions, les scènes intérieui»es de l'osteria, et n'osaient trop s'avancer, de peur sans doute de recevoir quelque rude caresse des hercules peu endurants à l'endroit des mouchards de tputes les polices de Rome.

— Tenez, Frittata, dit Ruzzarina en servant une omelette à son ami, voilà votre plat éternel.

Et faisant un pas vers Ciceruacchio, elle ajouta bien haut:

— C'est pourtant moi qui lui ai donné son nom de Frittata, à votre ami I

Et, baissant la voix mystérieusement, elle dit :

— Les avez-vous vus , ces agentide la police? Us sont-là.

— Et moi je suis ici, dit froidement Ciceruacchio.

.lA JÇIVE AU VATICAN.' ^

Ruzzarioa fit une pirouotlft de première danseusede saltarella et vola comme un papillon autour de la table- pour veiller au service général, di^^tribuant parfois des coups bien appliqués sur de larges favoris noirs, lorsqu'une plaisanterie trop leste ou une main trop bardie effleurait indiscrètement son oreille ou son bras.

Une pauvre femme touv éplorée entra et demanda Giceruacchio à la jeune servante, qui lui dit en montrant le Gracque moderne :

— Le voilà; mais ne pleurez pas ainsi; on se trahit en pleurant. Il y a des espions partout.

La malheureuse femme comprit "avertissement; elle essuya ses larmes et aborda Giceruacchio avec un visage qui n'avait pas besoin de pleurs pour exprimer la désolation.

— Je vous compi^ends, lui dit Giceruacchio, un des vôtres a été arrêté par la police ?

— Mon fils Antonio, répondit la pauvre femme en retenant ses larmes et les mettant dans sa voix.

— Quand a-t-il été arrêté?

— Hier, pour avoir mal parlé de Tambassadeur d'Autriche, sur la place de Venise.

— C'est bien I ma bonne mère, dit le tribun populaire; on vous rendra votre fils. J'irai demander sa liberté à Pie IX... Où demeurez-vous?

— Au coin de Borgo-Nuovo, dans la maison de la fontaine.

— Comptez sur moi ; ne craignez rien. Vous verrez votre fils demain... Pas un de mot de plus; retirez-vous, et sortez avec un visage riant. Il le faut.

La pauvre mère contint un cri de joie, et sortit, de Vosteria.

Giceruacchio fit un signe; Frittata quitta son omelette et le Carbonaretto son vin sec pour prendre le mol;^ d'ordre de leur chef.

La police était plus fine que l'osteria. En eflet, rien n'est plus adroit que d'étaler ainsi, dans le lointain, des figures suspectes et des ombres de sbires; on prend ses précautions contre cet espionnige extérieur, et on ne se doute pas que l'intérieur seul est dangereux.

% * iA itrrvE AU vitteitt.

ÀtiStS t ht suite des colporteurs^ Toniàso, U galérien flêlîvrê scius le nom de Ghiberti, s'était Nonchalamment ^tetidii dans un angle obscur de l*osteria et ressemblait, tàtiïtût la statue de Michel- Ange , à une personne qui dort.

<îicéhiacchio, qui voyait tout ce qui était visible, ne remflupqua pas cet invisible dormeur, et ayant achevé de tfdàîèr ises ordres, de recevoir les plaintes des affligés, de ^^ttbûer les espérances, de vider sa bourse et de dresser son plan de vente, il remonta dans son carrettino, et mit 8ôn[«bfe^al au galop.

Pendant que Carbonaretto examinait une à une touteé ^ Sgurbs de Tosteria comme pour s'assurer qu'il n'y avait ]^nt de Judas parmi tout le monde, son ami Frittata liitthtîlait tme Insouciance superbe; il décrochait la irian- 8bl1he du mur, fredonnait la cantilène dé Naples^ étudiait l'adagio d'une saltarella pour la prochaine fête populaire île Irfetàcbio, et assaisonnait tous ses motavethents de ce sel d'esprit que TAttiqué avait légué à Rome dans de lo^ échanges de commerce intellectuel entre les pbrfcfe du Pi- «è^cttfAiiiur. ♦

Le barbier s'approcha du Carbonaretto d'un âir mystëmkm\à Ait:

— Lé éfeigbeur Cicferuacckio ihe recommande ft vous... pour ce que vous savez.

"' lé Càifbohatetto Jeta un regaM autour dé Itiî} et dit i voix basse :

— VbUs ^fenàrfez dèmaiïi, aptèé biintdt, derrière les ittiâês dii iéïnjplé de la Concorde.

Le barbier ouvrit deè jfeuk démesurés, et sa bouche, toîijèiffife prête à parler, ne trou Va rien à dire. Cet éton- Mment était d'ailleurs fort naturel. Notre ambitieux CâiHSfiïià qhî, aVdnt la décision du conélavie, s^était ménagé •Bfeis.îiilcmgences dans leà deux canips, absolutiste et libéral, qui s'était recommandé d Pacifico et à Ciéetuàcchio, îp*et a promener un rasôîr, èabs coùvictiôn, sur les auj^stfeà visages du Vatican , ne comprenait pas trop quel biie^in on lui faisait prendre dans les ruines du temple de la 'Concorde, après minuit, lorsqu'il demandait une place de barbier pontifical ou de médecin dés hàllebardierâ.

— Ah! dit-il en répondant au hasard... Dans les raines du temple de la Concorde... je ne connais pas bien ce quartier.

— Au Campo-Vaccino, reprit le CarbonarettO;, à droite de Tare de Septime-Sévère... Des colonnes de granit grisâtre... Y êtes-vous?

— Je Je demanderai au premier passant...;

— iîardez-YOus en bien !

Le barbier recula d^effroi.

— Alors, je ne demanderai rien, dit-il.

— Rien du tout. Ayez le pas lent et la bouche close. Malheur à vous si vous parlez 1 Vous perdez tout si vous dîtes ie lieu au tendez-vous I

— 11 parait, seigneur Carbonaretto, que je rencontrerai des ennemis sur mon chemin?

— En doutez-vous?

— Je le crois : il y a tant de jaloux dans notre métier, tant d'hommes qui n^ont pas mes états de service, qui n'ont jamais tenu une tète de monsignor sous leur main et qui voudraient monter l'escalier du Vatican, fiers comme deshallebardiers du çaint-père.

— Vous connaissez le cœur humain. Au jour de la victoire, il n'y a que les fainéants qui veulent l'exploiter : ils se tout actifs ce jour-là I

— Je ne suis pas de ces gens, moi, croyez-le bien, seigneur Carbonaretto. Votre ami Ciceruacchio m'a vu l'acier à la main, et , il pourra vous le dire, je vous expédie vingt têtes en un clin d'oeil.

-^Modérez-vous, mon ami, nous voulons être humains, et vous allez trop loin.

— Ah ! c'est qu'avec moi, seigneur Carbonaretto, tout le Vatican serait rasé avant neuf heures du matin.

— Ne Yous échauffez pas ainsi, et surtout point de sang...

— Oh! jamais de sangl Demandez à votre ami Cice« ruacchio.

— Ainsi donc, à demain^ après minuit.

' — C'est convenu , seigneur Carbonaretto. — Vous savez quel doit être votre costume?

iO LA JUIYB AU VATICAN.

— Ah ! je dois avoir un costume ?

— C'est l'essentiel : costume de pénitent gris.

— Tiens! c'est drôle.. .

— En avez-vous un?

— Eh! je suis précisément de la confraternita délia JRwma-Morte, tunique et capuchon gris.

— Très-bien ! vous les mett^rez.

— Seigneur Carbonaretto, excusez-moi, je vous avouerai que je ne comprends pas bien....

— Ne cherchez pas à comprendre. Soumettez-vous.

— Vous n'avez point d'autre recommandation à me faire, seigneur Carbonaretto ?

Encore une... j'allais oublier... Ne manquez pas de porter sur vous votre arme habituelle,

— Ah ! cela est clair, un bon...

— Un bon poignard!

Pour le coup, le barbier exhala un petit cri intérieur qui n'arriva pas jusqu'aux lèvres. Le Carbonaretto brisa l'entretien et se dirigea vers la table, à l'invitation de Frittata,

Le barbier tomba dans les réflexions les plus profondes, et tout en marchant, tète basse, vers un coin désert de la saUe,~il heurta violemment les pieds de Tomaso, qui dormait faussement, étendu sur une couche de paille, et la tête appuyée sur un ballot de colporteur.

Le coup avait été rude, et le dormeur ne bougea pas, ce qui parut étrange au barbier.

— En voilà un, dit-il, qui a le sommeil dur! Sans le vouloir, j'ai failli lui casser les deux jambes, et il n'a pas remué! Serait-il mort?

Cette supposition alarmante parut tout de suite fort raisonnable.

Le barbier crut devoir charitablement s'assurer si c'était un dormeur ou un cadavre; d'ailleurs il avait fait quelques éludes en chirurgie, et si la cTialeur du jour et la fatigue du colporteur étaient cause d'un accident apoplectique dans Tosteria, notre barbier tenait toujours eu réserve, pour ces sortes de cas, une lancette à côté du rasoir.

hk JïïïVl^ AU YATIGAIV. il

n se pencha sur rhomrae immobile, Texamina d'abord avec attention, et lui agitant fortement le bras :

— Mon ami, lui dit- il, voyons, expliquez-vous ? dormez-vous ou êtes-vous mort ? •

Ce dormeur ou ce semblant de dormeur souleva péniblement sa lête, qui paraissait engourdie par un sommeil trop long, regarda le barbier avec des yeux stupides.

— Eh bien! vous me faites plaisir, ajouta le barbier; j'aime encore mieux vous voir vivant... Voyons, tàtezvous... êtes-YOus bien sûr de vivre?

L'homme bâilla d'une façon toute- naturelle, frotta ses yeux avec ces deux index allongés, et dit d'une voix encore assoupie...

— Merci, merci, vous avez bien fait de me réveiller ainsi; car j'ai encore une bonne course à faire avant le

• coucher du soleil.

— Je suis bien aise que cela vous aiïange, lui dit le barbier; c'est un service que je vous ai rendu par hasard... mais vous pouvez vous flatter de bien dormir. On dit qu'il y avait là, autrefois, au pied du Gianicolo, le temple d'un certain Morphée, qui donnait des sommeils de vingt-quatre heures; le temple n'existe plus aujourd'hui, mais, d'après ce que je vois, il parait que le dieu est resté.

Le colporteur accueillit ces paroles du barbier Garacalla par un rire franc et naturel, et dit :

— Croyez bien que je l'ai gagné mon sommeil : j'ai fait cinquante milles en vingt heures, à pied. Hier matin j'étais à Viterbe. J'ai mis cinq heures pour arriver à Ronciglione ; trois pour Baccano, trois pour la Storta, et je veux arriver à Tivoli ce soir.

— Diable ! vous ne prenez guère le chemin de Tivoli,

— Je le sais; mais j'avais un cousin à voir dans le Traslévère, et-voilà pourquoi vous me trouvez ici.

— Et ce cousin n'avait pas à vous donner chez lui un lit meilleur que celui de cette osteria?

— Mou cousin s'est marié, il y a quinze jours, et il est très-jaloux.

•^ ÉiéÉ i il commence de bonne heure.

— Les Trastévérins sont tous conmie celk^ ei nlà ëcià^ dé Stylet est bien vite reçn.

— Entre cousins?

^ Lés jàloùx n'ont pas de cousins.

liii.C'ttstVrai!

«^ El maintenant^ dit le colporteur^ puisque vous àvé2 eu tantôt la bonté de me réveiller, vous devriez bien èh- Mi^ hi'ihdiqnèr lé chemin le plus court pour aller à Tivoli.

«^G'èit deux ^ois taon devoir... H parait que yoùé n'êtes pas Romain?

-i Wôh, je sulfe de Ponte-Ceùtino.

'^ Aldrâ, ioui ùè connaissez pas ce pays... <?est dngulier ! plus je vous regarde, et plus il me semble que je Iféiisafi d^à té...

^ A RtiîâèTintciriS^tniât vivement le colporteur, cfest impossible!

-<^1tfoi, je ne ishis jamais sorti de Rome.

û- Alors, vous ne m'avez jamais vu.

-^ Attendez... pardon... vous avez quelque réssem- Man<JdàVec un homme qui... Oh! noni noni faites comme siJe'Éi^ayaisriéRdit.

•*- Vou& ne voulez donc pas me dire à qui je ressem- Mé ? iûierrompit le colporteur.

— Au reste, c'est un honnête homme, puisqu'on Ta KliléMv... ïnais avant, il avait le malheur d'être galérien... Monsignor Paciflco me l'a donné à raser le jour âëW délivrance... Ceci n'a rien d'oflTensant, puisqu'il f k 'dand cet hôpital, là, derrière l'ôsteria, une fresque où où Vbit un diable qui ressemble à saint Michel. Le peintre disatil i^'ils avaient été cousins avant la révolte de Satan; après, l'ange était resté "blond; mais le diable était devenu btw»> parce que vous savez qu'aux enfers il ne peut y avoir de blonds.

— En causant ainsi, dit le colporteur avec un sourire ïiiSt, nous laissons faire au soleil son chemin, et je ne fais pas ïe mien.

Il se leva, et enchevêtrant le haut de ses bras dans les lisières de son ballot, il ajouta :

LÀ JUIVE AIT TATICA». iè

— Vous avez eu la bonté de me promettre de nie montfer le diemin le plus court; si cela ne vous dérange pas...

— Au coûtraiire, cela m'arrange. On ne trouve maintenant dans cette osteria personne avec qui on puisse causer, et j'aime à parler, moi; c'est d'ailleurs mon métier. Je vais tous faire compagnie quelques instants.

t^ colporteur et le barbier sortirent de l'osteria, etlôn-

Î;èrent la rive pour gagner le pont Sixte. Chemin faisant, e dolpôrieur dépensa beaucoup d'adresses en demandes éi en réfiexiôns, espérant que le barbier, ivre d'un excèâ de parles, terminerait Tentretien par une confidence oti taie indiscrétioti.

— Coiùment ! dit le barbier, vous passez ainsi bans vovA arrêter uii seul jour à Rome I

— Eh ! que ferais-je à Rome? répondit le colporteur; je né vends rien dans les villes et j'y mange mon argent. Mes rubans, mes dentelles, mes fichus sont enlevés pài^ les jeunes filles, dans les villages, où je les vends au prîl àe fabrique, parce que je n'ai pas de loyer de boutique à jayér.

Le ibarbier fut frappé de cette raison.

— ti^est juste ! dit-il ; c'est comme si j'allais, moi, colf)orter mon rasoir de barbe en barbe, j'éj^irgnerais mon loyer, qui est fort cher et qui me ruine.

— Oh ! si vous vouliez faire ce commerce, je vous donnerais de bons conseils. Avez-vous fait quelques pratiques âl'o.teriat

— Pas une. Je n'y ai rien gagné, au contraire.

— vous avez perdu au tresette, à la bazzica?

— Non, je lie joue jamais.

— Alors, je ne vous comprends pas.

— Eh bienl je crois qu'à l'osleria j'ai perdu ma finesse- On s'y est moqué de moi, et je ne l'ai compris qu'un quart d'heure après.

— Voyons, contez-moi cela, dit le colporteur d'un air de bonhomie. •

— C'est, continua le barbier, que je sollicite un emploi au Vatican... et ils viennent de me dire, là-bas, que, pour

avoir cet emploi de barbier san-pietrino, je suis obligé de me réunir à eux, après minuit, avec mon costume de pénitent et un bon poignard.

A ces paroles de Caracalla, le colporteur éclata d'un rire immodéré, plein^de naturel, qui fut partagé tout de suite à Tunisson par le barbier, comme dans un duo bouffe de Rossini.

Sur les notes expirantes de cette folle gaieté, le colporteur s'arrêta et dit :

— Barbier, mon ami, je ne veux pas abuser de vos moments; indiquez-moi d'ici mon chemin, et que le bon Dieu vous conserve! ^

— Vous ne pouvez pas vous tromper, dit le barbier en désignant de la main un petit sentier derrière le temple de la Fortune-Virile, vous allez passer devant trois vieux arcs. Au dernier, vous prendrez à gauche, et vous verrez un monument rond et énorme qu'on appelle le Colysée. De l'autre côté, près de l'église Sainte-Françoise, vous verrez un grand chemin avec de la poussière blanche, vous le suivrez jusqu'à Sainte- Marie -Majeure, et là vous prendrez des informations au premier moine que vous rencontrerez.

— Merci, mon brave homme, dit le colporteur en serrant la main du barbier. Je saurai bien marcher tout seul, maintenant; j'espère que vous n'irez pas à votre rendezvous d'après minuit...

— Oh! n'ayez pas peur!

— Eh bien! si vous voulez, j'irai à votre place. Ditesmoi le lieu du rendez- vous?

— Oh! pour ça, c'est autre chose! On m'a menacé de m'ôter la place que je n'ai pas encore si je parle trop. Nous avons assez causé, je ne parle plus, et, à minuit, je serai dans mon lit avec un costume de pénitent blanc.

• Us se séparèrent dans un nouveau duo dé gaieté. Le barbier reprit le chemin de la rive gauche du Tibre ; le colporteur feignit de suivre le chemin indiqué vers l'arc des Orfèvres, le Quadrifrons , et l'arc de Constantin; mais quand il se fut mis à l'abri de tout regard, il s'enfonça dans des massifs de ruines béantes ; et, caché dans

JJi JUIVB AU TATICAN. 15.

les hantes herbes, les figuiers sauvages, les câpriers eu fleurs, il suivit mystérieusement le barbier de loin, descendit surleForum, derrière lui, monta Pescalier du Capitole sans le perdre de vue, et il ne cessa son espionnage qu'en le voyant entrer dans une boutique bien connue, près le théâtre de Marcellus.

• An Tatlean

Ces heureux plébéiens modernes qui, à Rome, vivent d*air, de lumière, d'azur, célèbrent la fête de tous les saints du calendrier, trouvent sept dimanches dans la semaine, et regardent couler le Tibre sous le pont antique d'Adrien, appuyés contre les piédestaux des anges, poussèrent un cri d'enthousiasme, le 30 septembre 1846, devant une riche calèche qui traversait lentement le fleuve, en balançant, avec de gracieuses ondulations, un visage plus beau que celui des anges d;i pont d'Adrien. Ohl la belle chrétienne! redirent en chœur mélodieux tous ces quintes de Rome nouvelle, et ils laissèrent couler le Tibre pour accompagner de leur admiration la superbe étrangère jusqu'à la citadelle ronde, sépulcre du plus grand des Antonins.

C'était ladyStumley.

Elle passait sur le "peut triomphal au milieu des acclamations populaires, comme Agrippine lorsqu'elle arriva deBrindes, apportant les cendres de GeriAanicus,'mort chez les Parthes. Lady Stumley paraissait fort peu s'émouvoir de l'enthousiasme qui éclatait autour de son char de triomphe; elle admirait seule, pour la première fois, ce magnifique paysage que le voyageur rencontre sur le chemin du Vatican, et qui annonce si bien les splendides domaines de Bramante, de Michel-Ange et de Raphaël- La jeune femme traversa le Bourg-Neuf; arrivée

*i6 . LA JUIVE AU VATICAN.

sur Tesplanade de Saint-Pierre, elle fit arrêter sa voiture devant Tobélisque, et regarda d'un œil d'inquiétuda l'espace immense et désert, lac de lumière fait par le soleil, où Ton n'entend parfois d'autre bruit que le duo italien des deux fontaines qui luttent avec gaieté contre les joyeux caprices du vent.

Le hallebardier qui jouait le rôle de sentinelle sur le grand escalier du Va^tican, en charmant ses ennuis auprès d^une jeune marchande cocomerara, prit subitement une pose grave pour laisser passer un austère san-pietrino, qui descendit Tescalier et marcha lentement vers Tobélisque égyptien, en indiq\!ftnt diitfoigt le beffroi de Sâint- Pierre où sonnait l'heure, comme pour le prendre à témoin de l'exactitude d'un rendez-vous»

Cet homme, attaché à la maison de Santa-Scala, salaa respectueusement lady Stumley, et après avoir échangé quelques paroles avec elle, il reprit le chemin du grand escalier.

La place de Saint-Pierre est si vaste, qu'elle rapetisse et rend presque invisible tout ce qui se passe dans soû enceinte. Il y a des atomes et point de corps. L'obélisque ressemble à unpoint d'admiration typographique et même majuscule. Les deux fontaines qui sont des fleuves verticaux paraissent des gerbes vulgaires. Aussi deux personnes qui se rencontrent et causent au milieu de cette placô^ se mêlent et se confondent avec tous les grains de poussière que le vent disperse dans les rayons dû soleil*

La voiture de lady Stumley monta la pente dotiee (j[q1 mène au parvis de la basilique; la jeune femme descendit, et au moment de soulever la natte énorme qui couvre la porte de SàintrPierre, ellQ. éprouva un saisissement dont elle ne put se rendre compte; sa maiA tremblait comme la petite main de lady Macbeth avant un gtând crime : little hand; et pourtant il ne s'agissait que dô faire une chose fort simple : entrer dans le plus beau éfc le jplus saint édifice de l'univers.

^ Lady Stumley franchit le seuil, et la première dalle dô mosaï^e qu'eUe foula de ses pieds senànla les cotitlit 4t

U. JUIVlî AU VATICAN. 17

ÛixArûe, et les anges du bénitier de marbre parurent s'agiter pour la repousser du lieu saint.

tJil san-pletrino faisant les fonctions de sacristain^

a'eillard à figure enfantine, se présenta devant lady Uible^, en lui demandant la permission de lui motitrer les merveilles de Saint-Pierre et le tombeau souterrain dii t>rince des apôtres.

Ûhe pâleur affreuse couvrit le visage de la jeune feittme, et te trouble fut si profond qu'il n'échappa point au sacHstain.

-^Madame se trouve mal? dit-il d^une voix douce.

— Non, non, reprit lady Stumley en rappelant son éhë^e ; c'est cela'qui m'a ému.

Et elle désignait du doigt le squelette doré de la Uovi, qui domine le tombeau d'Urbain II, dans la iief de gatiche, près de la chapelle du chœur.

Le Sacristain sourit et ajouta : *

-^ Madame n'est pas la première qui se soit effrayée de ce vilaiii squelette. Heureusement nous avons k montrer des choses plus aimables; si son altesse le permet, je vats la conduire au tombeau de Paul itl, derrière le nlaître-autel.

— ^ Non, dit lady Stumley... CondûJsez-moî tut archives du Vatican ; on m'a dit de m'adresser ici.

— Son altesse ne veut pas, en passant, baiser le pied de la statue de saint Pierre f

■^ Je n'ai pas le temps... une autre fois je m'acquitterâî de ce devoir.

— Son altesse veut-elle faire ses dévotions devant la cônàmunion de saint Jérôme?... C'est la fête de ce grand saint aujourd'hui.

— Je veux aller aux archives du Vatican, dit lady Stumley avec un mouvement d'impatience.

— C'est que, ajouta le sacristain, nous avons ici, comme pendant de la mosaïque de la Transfiguration, la mosaîqii'é dii capo-d'opera du Dominiquin.

La jeune femme, pour toute réponse, mit une pièce d^^ôj: dans ia main du san-pietrino, et lui fit signe de m'iVèKeï'. Lé boù vieillard s'inclina et obéit.

On traversa une longue galerie obscure, on passa devant la sacristie, une porte s'ouvrit, et la lumière du jour éclaira un vaste jardin et la façade du séminaire du Vatican.

Un silence de désert régnait dans cet asile du recueillement et de rétude. Le soleil semblait se plaire à couvrir d'or le flanc gigantesque de cette montagne sculptée, qui est la basilique de Saint-Pierre et la paroisse de l'univers. Tout, aux environs, respirait le calme et la sérénité. Les yeux rencontraient des perspectives charmantes, à travers les pins du Monte-Mario^ qui se baignait dans une atmosphère d'azur.

Toujours guidé par le sacristain , lady Stumley entra ^dans la petite chambre du concierge des archives du Vatican , et demanda d'être introduite. Ce concierge était aussi un vieillard qui donnait l'idée exacte du Juste ou dd l'Élu, types créés par les livres saints ; il avait la conscience non-seulement de son bonheur terrestre, mais encore ^e son bonheur à venir, car il lui était impossible de supposer qu'après sa mort saint Pierre, le concierge du paradis, refuserait sa porte au concierge de Saint- Pierre. La sérénité d'une aube de printemps rayonnait sur le visage de cet homme si heureux; il accueillit lady Stumley avec une bonté tranquille, et sortit pour annoncer sa visite au conservateur des archives duVatican.

La jeune femme gardait toujours son émotion au milieu de ces murs, où partout se croisaient les clefs d'or surmontées delà tiare; à chaque instant elle croyait que le sol allait s'entr'ouvrir pour faire éclater ces flamfties qui dévorèrent Coré, Dathan et Abiron ; cependant une pensée la soutenait encore dans sa faiblesse ou son effroi; ce n'était point une curiosité profane qui la faisait pénétrer dans ces asiles redoutables, elle venait y exercer une fonction sainte , et sans doute agréable à Dieu , qui est le dieu de tout le monde, le dieu de tous les affligés.

Le concierge descendit et fît le signe qui veut dire :

— Vous pouvez monter.

Lady Stumley jeta un rapide coup d'œil dans un petit jardin , plein d'orangers et de gazons vierges, et monta

aux galeries supérieures. Là, elle trouva deux jeune» prêtres attachés comme professeurs au séminaire, et elle fut reçue avec cette urbanité romaine qui, depuis le siècle d'Auguste, n'a pas abandonné ce beau pays en passant du Palatin au Vatican. Rome inventa l'urbanité. Urbs est le germe A'urbanitas,

La grande galerie des archives du Vatican rappelle par sa forme une de nos salles de bibliothèques parisiennes ; mais elle a un charme tout particulier, et qu'on chercherait inutilement aux abords de la rue de Richelieu et du palais Mazarin ; ses larges croisées, toujours ouvertes, laissent voir un paysage admirable et les "plus belles et les puissantes lignes d'architecture que l'homme ait écrites sur la terre pour parler au ciel. Lady Stumley, un peu rassurée par la bienveillance de l'accueil, choisit dans le clavier de ses lèvres italiennes les notes les plus mélodieuses, et dit : ,

— J'ai rhonneur insigne de rendre une visite aux archives du Vatican, pour y consulter la sainte collection des bulles du pontife Benoît XII.

— Du pontife Benoit XII? dit l'un des prêtres en regardant le plafond de la galerie; c'est, si je ne me trompe, de l'année 1334.

— Oui, seigneur abbé, dit la jeune femme en tremblant; votre mémoire ne se trompe pas.

— Benoit XII, ajouta le prêtre, a succédé à Jean XXII, et son successeur a été Clément VI.

— Ah ! voilà ce que j'ignore, dit lady Stumley en s'efforçant de sourire.

— Au reste. Madame, ajouta le prêtre, je n'ai aucun mérite à savoir cela; je suis natif de Sienne, et j'ai passé toutes mes premières années dans la belle cathédrale de cette ville, où, en guise de cornicbe, on a placé les bustes de tous les papes, depuis saint Pierre jusqu'à Pie II. J'ai appris par cœur la filiation pontificale, comme j'ai appris mon catéchisme.

— Mais, dit lady Stumley, ce n'est rien d'apprendre> il ne faut pas oublier.

— Je n'ai pas encore eu le temps d'oublier. Madame...

Stb LÀ imvE Att tAtltiAlr.

Veuillez tien vous asseoir uu instant, et je vais vous donner cette collection que vous demandez.

— Le jeune homme Rapprocha d'une fenêtre pour deôiànder ua peu de calme à cette atmosphère lumineuse et tranquille, où se baignaient dans le lointain les clochers du couvent de Saint-Onuphre et de Sainl-tterre-inlibntorio.

Le prêtre remit la collection à lady Stumley, et se retira bien à Técart.

La pâleur qui couvrait le céleste visage de la jeune femihe fit place à une teinte de feu, lorsqu'en ouvrant le livVe au hasard, ses yeux tombèrent sur la bulle Pro JudiûBts, à la date du samedi saint 1334.

a Aujourd'hui, disait le t«xte papal, sairtt samedi, où « V Alléluia de Jacob éclate sous leé voûtes de Saint-Jean « de Latran; aujourd'hui où, atix lueurs nouvelles du a lumen Christi, nous prions à genoux, pour les juifs, a devatit les saints autels, quand le diacre chante : Fleca tamus genua, il nous est revenu à l'esprit ce verset de « l'apôtre saint Paul : Les juifs demeurent chers à ÛieUy à a cause de leurs 'pères y car les bienfaits de Dieu sont sans i repentir; et à cause de toutes ces choses^ nous voulons «que les souffrances des juifs soient allégées dans là « VILLE , et qu'ils soient traités à l'égal de nos autres ûls « les plus chers, etc., etc. » *

Lady Stumley arracha un ruban vert de son corsage, le plaça dans le livre comme un signet^ et marchant avec assurance vers le jeune prêtre :

— Seigneur abbé, lui dit-elle, son éminence le cardiùal Sanla-Scala attend, sur l'heure même, cette Colleotiôn; veuillez bien donner des ordres pour la lui faire remettre.

— Ce sera fait. Madame, dit le prêtre en s'înclinant. Aux mêmes heures et dans le même édifice, qui est une

Ville immense, une autre scène se passait avec des personnages bien plus grands.

Entrons dans cette, salle auguste, que les pbînttes de Jules II et de Lécn X ont décorée pour les sôuVetâiîis pbiftifes. Pie IX y est assis sur un fauteuil de fotrûe trèè-vul-

gém, et ?^ une note 4 so^ m^jor^oipe^ en présence du oardinal Santa-Scala.

— Avant de nous occuper des choses gra^ndes , dit le saint-père en souriant, il faut nous occuper des petites, qui ont leur valeur aussi... Mon fils Santa-Scala, vous êtes p^otisan dea réformes, vous ?

•^ Des réformes justes et salutaires ; oui, saint-père.

— Mais, je, ne parle que de ces réformes, mon trèscher flls... Ain^, on s'obstine à me servir sept plats à ma taWej ^pt plats! Quand j'étais cardinal, je me contentais de trois; et comme mon appétit n'a pas augmenté, je yeux ne pas augmenter ma dépense. Le^ plats d'amour-propre iront aux pauvres.

ï-e majordome s'inclina profondément.

— Saint-père, dit Santa-Scala, voilà un^ noble réforme.

— Combien y a-tril de chevaux dans les écuries du Vatican? demanda le pape au majordome.

— Saint-père, il y en a soixante.

-rr Soixante chevJl^xI quel luxe ! Jésus-Christ e4 avait tout cela de moins, quand il est entré à Jérusalem le dimanche des Rameaux ! 11 y a beaucoup de réformes à fajre dans la vijeille étiquette du saint-siége. Nous devons avoir aujourd'hui Ip luxe de la simplicité... Soixante chevauxl Mais je veuxreyenir jaux mœurs et habitudes de mon saint aïeul Ganganelli, qui marchait à pied comme un Trastévèrin dans la ville. Vous l'avez vu le 2 juillet dernier, je me suis rendu à pied, comme Ganganelli, pour célébrer la fête de la Visitation à Téglise des religieuses saiésiennes... Soixante chevauxl II faut en vendre au moins la n^oitié tout de suite; après, nous verrons; le bien ne s'opère pas en un jour... Voyons, dites-moi ce que coûte la culture de mes ileurs ?

— Quatre mille écus, saint-père, répondit le majordome en tremblant.

— Certes, j'aime beaucoup les fleurs; saint Philippe de Néri les aimait beaucoup aussi; mais lorsque tant de pauvres gens manquent de pain, il est peu couvenable de donner quatre mille écus à des fleurs. Saiiit Philippe de Néri lui-même serait scandalisé de cette prodigalité

îî tk SXJÎtE AU VATÎCAlf.

païenne, qtii nous vient des jardins de Salluste. N(HK ' supprimons les fleurs; les plus belles de toutes naissent sur nos collines, et elles ne coûtent rien: je me contenterai de celles-là, puisque Dieu s'en contente à sa fête du mois de juin, w

— Le plus humble des serviteurs de Sa Sainteté, dit le majordome, a reçu aujourd'hui, 30 septembre, le troisième quartier du traitement...

— Encore une réforme! interrompit le pape; en conscience, je ne puis recevoir mon ancien traitement d'évêque : j'en fais don à la ville d'Imola.

— Quarante mille écus, dit le majordome, en appuyant sur chaque syllabe.

— Oui, oui, je connais la somme, et je la donne parce qu'elle est grande. Imola en a besoin... Gela me rappelle un petit détail... A combien se monte la dépense des glaces et des sorbets que je ne prends pas ?

— A huit écus par jour, saint-père.

— Vous donnerez ces huit écus aux pauvres du Bourg- Neuf.

Quand le majordome fut sorti, SantaScala prit la parole; et, après avoir loué avec enthousiasme toutes ces réformes d'intérieur, il se préparait à aborder un sajet plus élevé lorsque la porte s'ouvrit, et les conseillers de Sa Sainteté entrèrent dans l'ordre suivant :

Les cardinaux Spinola, Altieri, Patrizi, Castracane.

Monseigneur Marini, gouverneur de Rome.

Monseigneur Antonelli, trésorier; tous deux réservés, in petto^ pour le cardinalat.

La première question posée en conseil était relative à l'amnistie générale. Santa-Scala plaida la cause du malheur et de l'exil avec une éloquence que le succès couronna. Il fut décidé que tous les exilés rentreraient au sein de leurs familles. Après, le cardinal Patrizi fit un rapport sur les chemins de fer, et soumit au conseil les plans et les études faits, dans l'intérêt de ces grand» travaux, par le comte Panciani et le prince Torlonia-

En ce moment, le secrétaire du conseil vint remettre au cardinal Santa-Scala un vénérable in-quarto, recou-

vert d'un velours séculaire, et défendu contre les ravages des bibliothèques par quatre angles de cuivre oocidé.

Le cardinal eut un mouvement de satisfaction; il ouvrit le livre à la lisière du signet, et le déposa sur la table du conseil. Puis, ayant obtenu le droit de parler :

— Vcttci, dit-il, une relique précieuse échappée par miracle à rincendié sacrilège de 1527; voici la collection des bulles du saint pontife Benoît XII. Cinq siècles se sont écoulés depuis, et le cri de pitié recueilli dans ses vénérables pages n'est pas encore exaucé.

Alors Santa-Scala baisa respectueusement le livre, lut le passage relatif aux juifs du Ghetto romain, et poursuivit ainsi :

— Les enfants de Rome étaient en exil sur les terres étrangères; la voix de la clémence vient de retentir sur le mont Vatican, et tous les proscrits rentreront dans la ville, comme les brebis dispersées par l'orage se réunissent à la voix du pasteur-quand le soleil a reparu. Il y a d'autres proscrits, d'autres exilés, d'autres enfants, nés sous le ciel romain, abreuvés aux sources des sept collines, nourris du froment de nos campagnes, et qui réclament aussi, pour leurs ténèbres, un rayon de cette liberté tardive qui vient de luire sur la coupole du Vatican. 11 y a cinq siècles aujourd'hui, cet auguste livre en est témoin, un glorieux pontife, Benoît XII, étendit sa droite clémence sur le purgatoire du Ghetto romain; T Espérance, fille aînée de Dieu, rayonnait aux regards des descendants des captifs de TEuphrate, captifs du Tibre ; les mères juives osèrent alors promettre à leurs filles des jours meilleurs et des hyménées sereins ; Benjamin et Juda respirèrent un instant, comme à l'approche du nouveau Macchabée libérateur ; puis l'ouragan des schismes obscurcit l'azur de Rome; le rayon s'éteignit, et cinq fois le siècle expiré promit en vain au siècle suivant la réhabilitation annoncée à notre Jérusalem ! Le temps est enfin venu, les sept ans et les septante semaines sont finis. Le grand pontife Pie IX veut recueillir l'héritage de clémence à lui légué par Benoit XIL Les pleurs seront taris, les

fers seront brisés, les pilles toniberont^j et^j pour qb^ir au Psalmiste, nous donnerons la lumière à ceux ûùïsont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort *.

Pje IX fit un geste paternel d'approbî^tioij, et parut yisil^leraent ému des paroles de Santa- Scala.

Le cardinal trésorier prit la parole ensuite, et répQi^dit par l'éloquence des chiffres à ?éloquence du cq^r. La

{première à toujours raison autour d'^upe table de m(pi§res. Les finances, disait le trésorier, sont 4ans ui\ état eu satisfaisant; il est impossible de supprimer d'ui| trait e plume les impôts séculaires perçus au Glietto.' L'arriéré même est très-considérable, et s'élève à la so«ime de cinquante mille écus.

— On les payera, dit vivement Santa-Scala.

— Qui les payera? demanda froidement 1^ ministre desfliiances.

— Qu'importe le payeur, riôprit Santa-Sc^fi, poijrvp que le déficit soit comblé !

— C'est juste , dit le trésorier j mais il y a urpijce,

— Ce sera payé avant trois jours, aflSrma Ip p^rdijif^l protecteur des juifs.

— Et, saluant profondément le pontife, il spptit de Iji salle du conseil.

Lady Stumley, en attendant l'heure convepue, ^vait parcouru toutes les galeries du Vatican ^ elle ?f vait yu le musée recueilli qu'illuminent la Transfiguration du Thabor et le cierge de saint Jérôme; la chapelle où les njprts ressuscitent à la voix de Michel-Ange; la haute salle où Laocoon souffre entre ses deux enfants; le Bplvéder ou Smynthée Apollon s'épanouit dans sa victoire; elle yçr nait de vivre, en deux heures, d'un siècle d'enthousiasme, au milieu de ce peuple de marbre que les papes ont exhumé des palais des Antonias; et revenue de ce voyage accompli dans un seul édifice;, elle attendait Santa- Scala entre les deux murailles infinies, couvertes des épitaphes des premiers chrétiens **.

* UlumiDarehis qui iu Unebris etin ombra ii¥)rti69e€leAt,(^ft^, 12). ** La galerie dite Monummta veterum ChrUtianorum.

L'entrevue fut courte et brûlante. Santa-Scala, dont la fortune s'était épuisée dans des prodigalités de bienfaisance, ne pouvait avoir recours qu'à lady Stumley pour tenir la promesse solennelle et iinppqdente faite au cardinal trésorier. La jeune femme, plus riche en apparence qu'em réalité, chose m^&à eoinraune, fut d'abord effrayée de cette révélation inattendue; puis, réfléchissant quelques miButeS; elle dif ^vee (^es intonations saccadées çt fébriles : » «

— C'est une somme énorme qu'il nous faut, mais Pi^BU nous aidera. Les circonstances ne sont pas bonnes po^r contracter un emprunt... Il y a trop de révolutions dans Tair... Je vendrai ma villa s'il le faut... Il est vrai que personne ne me rachèterait en ce moment... ou à vjl prix... Et puis nous serions encore bien loin de nolrjB compte. Cinquante mille écus? Ah! mon Dieu !,.. ils ne sont pas dans Rome!... Enfin... il faudra bien les trouver... Je verrai mon intendant.». Si M. le comte Talorrai n'avait pas fait perdre à madame Van-Ritter la confiance de son mari, elle aurait pu venir à mon aide... C'est une porte fermée... n'y pensons pas. Cardical Santa-Scala, vous avez toujours bien fait de promettre; cela me doi^nera du courage et des idées,». Il ne s'agit que de gagner du temps... Il me semble que je rembourserai un million, si op m'accorde un mois... Ma tête brûle... J'ai bçisoin de calme... Dieu nous aidera. Maintenant;, le Vatican m'est connu; j'en ferai mes galeries, et nous nous y verrons tous lés jours^ s'il le faut. Je suis acc}imaté3 dans cette ville de marbre, et mon pied est affermi sur soa pavé. Adieu, 4îardinal Santa-Scala, je vais remijièr tout Rome pour notre emprunt.

Lady Stumley, pleine de confiance dans l'impossible, descendit d'un pas léger l'escalier du Vatican, remonta en calèche et courut^ au galop de l'attelage, à la recherche de l'inconnu.

Ei'lmpr«TlMileiir d*AlbMUN

AnjourdTiui, A octobre 1846, le peuple sort de Rome et prend la route du mont Aventin; mais, à Tair de fête et de gaieté qui règne sur tous les visages, on voit qu'aucun projet de sédition n'attire les qiiirites vers la colline sainte; tout Rome se rend à la fête de Testaccio, comme au mois de septembre tout Paris se rend à la fête des Loges, dans la forêt de Saint-Germain. Ceux qui ont va ces deux spectacles peuvent se faire une idée exacte de la différence qui existe entre le caractère des deux peuples, entre la joie folle du Midi et la gaieté taciturne du Nord.

Les guinguettes de Testaccio n'avaient jamais vu autant de libations populaires, même aux antiques fêtes de Bacchus; on lisait partout en caractères de craie ou de charbon, selon la couleur de la muraille : Vino dolce è asciutto; les repas libres allongeaient leurs tables, comme sous les empereurs de la persécution, et le vieux lo Bac^ chef était remplacé par la mélopée des cantilènes modernes du dieu chrétien de la vendange; les familles sobres," ou ennemies des guinguette, s'asseyaient en plein air sur lés genoux poudreux de Cybèle, et buvaient l'eau savoureuse du cocomero, délices des enfants. De partout arrivaient les carrettelle popolane en grand appareil de fête; on y voyait des groupes de femmes joyeuses qui, ce jour-là, s'accordent le privilège de porter des chapeaux d'hommes tout enrubannés; leurs attelages se hérissaient de rameaux de pins et de panaches de troënes, de myrtes, d'âches , de lierres, de giragols. Partout les jeux forains se mêlaient aux jeux des villes : les jeunes femmes se balançaient, avec des cris délirants, sur le coussin de la canofiena; les hommes se disputaient les baïoques aux chances de la bàz^skai et ceux

lÀ JUIVB AU YATIGÀN. 87

qui voulaient économiser les cartes ou les iarots s'escrimaient au jeu tapageur de la morra, en criant les nombres formés par leurs doigts J les joueurs de ballon, vètiis à la légère, bondissaient sur les planches inclinées de leur tremplin; les joueurs de ruzzicca, fiers de leur origine, prenaient les poses superî)es de leurs aïeux, les discoboles du Champ de Mars; les joueurs de chalumeau chantaient la gloire des vainqueurs en souflEiant dans leurs tuyaux rustiques, comme des Tityres baptisés : il y avait dans Tair et la lumière, sur la rive gauche du Tibre et sur le sommet des collines, une joie immense que Rome n'avait jamais connue depuis le siècle d'Auguste; et dans le voisinage de Testaccio le soleil semblait réveiller en les dorant les ruines du temple de la Liberté, endormies sur le mont Palatin. A la foule du peuple était venue se mêler la foule des patriciens; et de même qu'autrefois la litière du sénateur côtoyait le chariot des Volsques, aujourd'hui les carrettelle du peuple traversaient la ligne des équipages somptueux, car la même pensée, la même allégresse, la même espérance était dans tous les cœurs, puiillis cum majoribus, comme dit le poëte David. Pourquoi les révolutions ne gardent-elles pas éternellement leur aurore? Pourquoi se hâtent-elle d'arriver à leur couchant? De brillantes cavalcades, composées de jeunes gens et de jeunes femmes de tous les pays, arrivaient de la ville, et réglaiient leur pas ou leur galop selon les facilités de l'espace ou les oUstacles de la foule. Parmi les fringantes amazones, reconnues anglaises à l'opulence de leurs baucles flottantes, blondes ou brunes, et à la fine encolure de leurs chevaux, on distinguait une jeune femme d'une beauté merveilleuse, dont le nom courait de bouche en bouche, à mesure qu'elle traversait la file des calèches et le flot des piétons. C'était lady Stumley. §a robe de cheval, couleur bleu tendre, rendait pleine justice à la finesse de sa taille, à l'élégance de ses épaules, à l'exquise ciselure de ses bras. Le corsage, ouvert par devant, laissait courir de petites franges de dentelles sur deux rangs de boutons d'or, et son col de batiste, mutinement rabattu sur une mince cravate de soie orange, complétait une to'

% il sbiit Av YÀtïcA*.

lette digne de "^énus équestre, comme disaient îês jeunes

classiques romains.

Un domestique à cocatde noire* à livrée sévère, isuivait îady Stumley.

On disait dans la foule : « C'est Iady Stutaley, une jettùe Veuve anglaise; elle a vingt-quatre ans, une fortune iniîrfiense et une fille unique, belle comme le jour ou comme sa mère. »

Et la flamnie de tous les regards, Taspiratiou de tou^ les cœurs suivaient la belle amazone comme un cbrtégô invisible ; et le sourire qui répondait au peuple était dbux comme lé rayon du matin sur la cime des pins de Tibur.

Entre le Tibre et Testaccio, les calèches, les chevaux, les carrettelle, les piétons formaient un grand cercle, sur tine pelouse de bal, où la saltarella nationale s'agitait avec une immodération qu'excusait Pivresse de ce bWtt jour. Bezzi, Gédéon, Jubelin, Ciceruacchio et tes heitti* les, assis sous une tonnelle, buvaient ce vin d'or qui naît sur les coteaux de Bolseiia, et qui ressemble à des rayons du soleil en fusion. Frittata, chargé seul de îapâttieiihcH ^égraphiquë dans cette fête, dansait la saltarella la plus Immodérée avec la belle et vive Ruzzârina, aux gfâûds yeux noirs; quand le danseur côtoyait la tonnelle où Buvaient Bezzi et ses amis, il prenait au vol le verre des libations patriotiques, le vidait d'un trait; et bondisSaût éomme un bélier sur ses jarrets nerveux et àOùples, il replaçait le verre sup la table, et retombait à côté de ââ danseuse en décrivant uft demi-cercle daus l'air, àu tùi^ Ueu des bravos et des applaudissements- Un cavalier superbe, vêtu aVec une rare ffistinctibn, pSAraîs^it prendj^e un vif plaisir à cette joie patriotique, à cette fête populaire, à ces danses nationales, à ces pui)li-^ ques libatioûs; sa main, finement gantée, faisait tournoyer une cravache d'ébène, et sa voix forte d-^chalûait â^étieipgiques bravos sur les danseurs et les bu^burs. C* était Talormi, ce ne pouvait être que lui. .

Van-Ritter, qui n'avait pas vofulu mauquer Toccasiou dtt descendre le Tibre dans une btrque poUr «e rendre

aussi à Testaccio, reconnut Talormi, et prit brusquemeat son cheval à Tabordage, en disant :

— Vous ne vous attendiez pas à me trouver ici, comte Talormî, et surtout sans raa femme ?

— Ab I c'est vous, amiral ! dit le diplomate ; que diable venez-vous faire dans cette poussière sans eau?

— Je suis obligé de me montrer partout comme ambassadeui*. Je représente la Hollande à Testaccio.

— Et madame Van-Ritter n*a pas voulu vous accompagner éaus doute t

— Ma femme se prépare pour le bal de lady Stumley. Lék flêteôïès n'ont pas asset de tout un jour pour se préparer à un soir. Vous verra-t-ott à la villa d'Albanoî

— Mais je le pense... Voilà lady Stumley ; je vais lui pffeèWtéb îiifeè a(îofatiotts eii passaat. A ce soir, amiral.

K'oiit à coup un mùi4nu(é xnélodieux d'admiration ita- Uèitàe éclata dans la foule $ Bezzi et Gédéon se levèrent; là è^tal^elia fut interroctt^ j Frittata s'arrêta, suspendu sur un pied, comme le Mercure de Jean de Bologne 3 Talottni tcrt/m'â ienteïnent sa tête diplomatique, et reconnut laÛy'Stuiùley.

HètîTfeuâement potrr hii, tous tes regards étaient fixés sur la jeune femme, et personne ne remarqua le saisisseniétil q[tie l'apparition de la belle amazone donnait à ce fW)id diplomate, brûlé dû feu de toutes les passions. Un imtaeùse orgueil s'empara de lui et ajouta un aliment à la fiatîtttie de volupté inexorable tombée du ciel italien : il lui tertibla ttierveilleu^t de conquérir cette superbe amiu zone, qui laissait en passant le tison du désir sur les lèvres dé tôùi lin petiple, et de l'enlever comme une proie d'ànWût â totit ce monde eu délire, <ce cortège frénétique d'adorateurs. >

(îtâces âui licences que donnait à tous, petits et grands, cette fête populaire de la Liberté, les patriotes romains ofiViï'ent à lady Stumley la coupe des libations nationales; Ciceruacchio la présenta fièrement, et lui dit :

— Madame, vous devez aimer la liberté, puisque vous êtes née dans un pays libre ; faites-nous donc l'honneur de boite avec nous à la liberté de l'ilalie l

La jeune femme se prêta de la meilleure grâce du monde à tons les toasts proposés ; elle ne s'arracha que difficilement à cette foule enthousiaste qui l'applaudissait comme l'amazone Camille du premier poëte romain.

— Messieurs, avait-elle dit en prenant congé de Giceruacchio et de ses amis, ma présence est nécessaire à ma villa d'Albano; je donne une fête ce soir, et ceux de vous qui mêleront Thonneur d'y venir seront les biens reçus.

Elle fit prendre à son cheval un pas de promenade, et se dirigea vers la rive gauche du Tibre pour donner im peu de fraîcheur à son visage et à son front embrasés par le doubleteu du triomphe et des libations.

Un cavalier la suivait.

— Pardon, milady, dit-il sur le ton du plus profond respect, j'ai déjà eu Thonneur de vous saluer; mais vos regards se devaient au peuple, ils ont dédaigné le passant; j'avais pourtant quelque-chose de fort grave à communiquer à milady.

— A moi, monsieur le comte? répondit la jeune femme de cet air décidé que donnent quatre toasts de vin de Bolsena, imprudemment acceptés par patriotisme.

— A vous-même, milady, reprit Talormi avec un sourire charmant et une grâce exquise. Mon intendant s'est rencontré hier avec le vôtre chez un de nos plus ricl^es banquiers, et par un hasard qu'aucune indiscrétion n'a provoqué, j'ai été forcé d'apprendre que vous étiez à la poursuite d'un emprunt tout à fait royal.

Le cheval de lady Stumley fit mine de se cabrer, et trahit ainsi une contraction violente dans la main de la belle écuyère.

— Comte Talormi, dit la jeune femme que ce nouvel incident bouleversait tout à fait, vous êtes bien instruit, et je n'éprouve aucune répugnance à cacher un emprunt de cinquante mille écus romains.

— Comment donc, milady! mais un pareil emprunt honore une vie. En ce moment, il n'y a que Pie IX et lady Stumley qui puissent emprunter cinquante mille écus,

Lk JUIVE AU VATICAN. 31

Cependant^ le banquier est encore plus di^cile à trouver que l'emprunteur.

— Ahi vous savez encore cela> comte Talorrai? dit laay Stumley avec un rire sérieux. *

— Le hasard n'en fait pas d'autres, milady : c'est encore lui qui m'a appris l'absence des banquiers.

— EL bien, comte Talorini, c'est encore très-vrai; seulement, les banquiers ne sont pas absents.

— Milady, lorsque les banquiers ne prêtent pas , ils sont absents.

— C'est juste, comte Talormi, dit la jeune femme, sans trop songer à ce qu'elle disait, et en pensant uniquement à la promesse imprudente faite au cardinal Santa- Scala, qui le matin même avait renouvelé sa demande par une lettre des plus pressantes.

Après une courte interruption, pendant laquelle on n'entendait que le pas des deux chevaux marchant en ligne parallèle, Talormi reprit ainsi :

— Milacly, je vous soupçonne de tramer quelque bonne action de cinquante mille écus romains, et cela m'a donné ridée de me faire banquier pour vingt-quatre heures.

Lady Stumley s'agita brusquement, comme si son cheval eût fait un faux pas.

— Pardon, comte Talormi, dit-elle avec un embarras visible, je ne vous ai pas bien compris, ou je ne vous ai pas bieu entendu.

— Je vais être plus clair et parler plus haut, milady... J'ai chez moi, en bons billets, cinquante mille écus dont je puis me passer pendant un mois, et je vous les apporterai ce soir à votre fête d'Albano.

Lady Stumley regarda fixement Talormi, qui s'était composé un visage plein de bonhomie et de candeur.

— Comte Talormi, dit-elle, je suis sûre de regretter demain ce que je fais aujourd'hui; mais la circonstance est en ce moment plus impérieuse que ma volonté... j'accepte.

— Eh bien ! milady, je vais me mettre en devoir de tenir ma promesse... Vous acceptez, milady, l'échéance d'un mois?

ââ LÀ toVÈ AU VA^GAIJ.

— C'est justeiîient tef te courte échéance, comte Talormi, qui me fait accepter votre proposition.

— Milàdy, ajouta Talormi en prenant congé de lady Stumley, soyez sire qu6 vous ne regretterez rien demain^

il donna un légef coup d'éperon à son cheval, et s'éloigna en déployant toute sa grâce équestre. Lady Stumiey lé suivit longtemps des yeux, et elle eut même un instant ridée de s'élancer à sa poursuite, et de le rappeler poMt bWser ce contrat Verbal; tnais deux motifs la retinrent : l'inexorable nécessité de cet emprunt, et le scandale public d'une cohWe à travers champs à la poursuite du plus beau et dU plus charmant dès chevaliers romains dé 1846.

— A Villa-Fiorînâ I dit-elle à sou domestique.

Et elle sortit de Roiïie avec la flamme au front, la fièvre au cœur et le délit*e diaihs l'esprit.

Tâlormi reparut à la fête et entendit retentir à son côté un éclat de rire de riiariù ; 6'était Van-Ritter, qui ayant été le discret témoin dé là cavalcade mystérieuse du diplomate et de lady Stumiey, préludait par cette gaieté bruyante à une brusque indiscrétion.

— Très-bien! très-bien! dit-il dans la houle qui suivait Touragan du rire; les amours voiit vite à cheval; vous menez le sentiïnetit au galop. Très-bien !

— Ah! c'est ainsi que vôtis représentez la Hollande, dit Talormi ; ah ! vous espionnez vos amis ! .

— Parbleu! dit Vàn-ttitter, vous faites l'amour en |)lein air! Il n'y a que les aveugles qui ne vous ont p-as vn.

-^ Que voulez-Vous faire, à mon âge et dans mon désœuvrement, cher amiral î Cette femme est charmante et . ne sera pas loujoùrè amazoiie. Antiope a cédé â Thésée. Je cônlinuerai la mythologie à Rome. Mais ne me trahissez pas.

Quel jour bien choisi pour une fête! Heureusement Vîrgilio veillait, avec tout le feu de son zèle, sur les préparatifs de la villa. Les invités pouvaient Venir à l'heure dite, tout était prêt pour les recevoir

L'automne romain continuait l'été sous un autre nom; Trasse, voilée par des étoffes de Perse, devait servir

LÀ JtJrVÉ A.V VATICAN. 3J

de salle de bal; les galeries resplendissaient de fuTnières ; Jes plafonds, éclairés à giorno, laissaient voir les blondes déesses de TOlympe daas leur nudité superbe ; les vases de fleurs croisaient les parfums de toutes les Flores ardentes; les fenêtres ouvertes sur les jardins, les bois et le lac aspiraient la fraîcheur du dehors, et la distribuaient par les galeries, les escaliers, les vestibules aux trentes salles de la villa.

Tout le monde romain avait rebondi de Testaccio au bal de lady Stumley. Calèches et cavaliers couraient sur la route d'Àlbano, où les voix d'un orchestre furieux exécutaient une invitation à la danse qui ébranlait la racine des peupliers et des pins.

- Virgilio était partout.

Son costume de minente campagnard avait une originalité que les plus habiles confectionneurs de Paris ne donnèrent jamais à leurs modes anglaises : une ceinture Weue à franges d'or serrait sa taille souple, et s'harmonisait trèé-bieu avac sa veste-de satin blanc, sa fine culotte de velours et ses bas à larges coins.

Lady Stumley, dans une toilette fort simple, où les pierreries brillaient par leur absence, faisait les honneurs de sa maison avec une aisance qui annonçait une grande dame du West-Enâ, une habituée des salons de la haute tie anglaise fet du royal palais de Buckingham. Les fem^ mes lui pardonnaient sa beauté, à cause de sa grâce ; les hommes lui pardonnaient sa rigueur, à cause de sa beauté; ils se regardkîent tous indignes de mériter un sourire de cette bouche qui semblait n'avoir eflûieui'é dans des songes que des lèvres de chérubins.

Parmi les personnes de distinction aMvées à ce bal et choisies dans la liste des invités de la place Navone, les plus intéressalites pour nous sont Vau-Ritter et sa femme. Le premier ne produisit aucune sensation, malgré son titre d'amiral; mais sa femme, qui avait le titre brillant delà beauté, donna tout de suite à lady Stumley tine rivale d'admiration. ^

Paul Gréant, malgré toutes ses démarches, n'avait ' teÇutf invitation ; mais il s'était invité lui-même; il a

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suivi, à cheval , la calèche de Memma, et franchissant les murs de la villa, il assistait de loin, comme un faune exilé dans les bois, à cette fête oii il pouvait encore distinguer, par intervalles, la robe blanche qu'une femme seule pouvait porter dans le tourbillon du bal.

Le tourbillon du bal et le fracas de Torchestre firent bientôt une diversion favorable pour lady Stumley; elle trouva Toccasion de se dérober aux regards pour prêter Poreille, du côté de la route, au bruit du galop attendu, car Taloroii n'avait point encore paru à la villa, et ce retard devenait, à chaque minute, plus inquiétant : Santa- Scala attendait !

Une ombre se glissa sous Tarbre où s'apf)uyait lady Stumley, qui tressaillit et reconnut Gédéon CostJmtini.

— Au nom du ciel ! Madame, dit le jeune homme avec cet accent de folie qui se fait excuser; au nom du ciel, écoutez-moi, et ne me repoussez qu'après m'avoir entendu, ou je meurs à vos pieds î

— Il m'est impossible de vous écouter, dit la jeune femme, au comble de l'effroi et d'une voix altérée par une émotion extraordinaire ; retirez-vous, je ne puis vous entendre.,. Pas un mot de plus !

— Madame, dit Gédéon, je me tue à vos pieds... accordez-moi un moment, un seul... Qui ètes-vous? d'où venez-vous? quel est votre nom véritable? Vous n'êtes pas lady Stumley ; vous êtes un céleste fantôme, descendu du ciel pour troubler mes jours, pour dévaster mes esprits, pour m'enlever ma raison ! Je vous aimais avant de vous connaître, avant de vous voir; mon âme me semble liée à votre corps par une chaîne mystérieuse; je fais partie de vous-même, et je sens que mon épiderme se déchire lorsque vous vous séparez de moi. Ohl c'est 1)ien plus que de l'amour ce que je sens pour vous l c'est un sentiment qui attend nn nom et que mon cœur a ccéé; c'est une vie nouvelle que votre premier regard me donna, et qui ne pourra jamais s'éteindre, même après ma mort, parce quil mè semble que je dois revivre en vous.

»— Gédéon, dit lady Stumley avec douceur, je vous ai écouté avec patience, parce que je vous estime, et que

tk JfUlTE Atl VATICAN. 3?

faime votre noble caractère; mais éloignez-vous; or peut vous voir. Rentrez au bal... voici le comte Talormi.

— Le comte Talormi! interrompit Gédéon avec un frémissement de lèvres, oh! il me doit quelque chose, celui-là ! il a une nuit à me rendre... depuis Gènes !

—Taisez-vous, Monsieur, dit la jeune femme effrayée; tà vous avez quelque affection pour moi, vous allez me le prouver.

— Ordonnez, Madame.

— Vous traiterez le comte Talormi comme un inconnu et comme un homme qui ne vous doit rien, ni de Gènes ni d'ailleurs... Et, au nom de Dieu, rappelez-vous ceci : il ne vous est pas permis de parler d'amour à lady Stumley!...

Gédéon resta comme foudroyé par cette parole, et, sur le geste impérieux de lady Stumley, il s'éloigna, l'âme brisée, et se perdit dans les arbres voisins.

TalorHii descendit de cheval dans l'allée, attendit un instant son domestique, un peu en retard, et, comme il mettait le pied sur le seuil de la maison, du côté désert, il trouva lady Stumley seule et dans l'ombre.

— Je n*ose me flatter que vous m'attendiez ici, milady, lui dit-il, mais je suis charmé de vous y trouver sans témoins; le hasard me sert toujours bien. Voici, dans ce petit portefeuille, ce que vous attendez du comte Talormi , votre banquier. Permettez-moi d'aller danser à votre bal.

Et Talormi, ayant fait un salut respectueux, courut se mêler à. la foule dans la villa.

— Voilà un acte accompli avec une délicatesse exquise, pensa lady Stumley. Eosuité, elle monta aux appartements, vérifia la somme, trouva juste ce qu'elle attendait, l'expédia immédiatement au cardinal Santa-Scala, et et ayant écrit son obligation à l'échéance convenue, elle descendit au bal.

En ce moment un domestique, qui offrait des sorbets sur un plateau, s'approcha de lady Stumley, et lui dit :

— Milady, les chœurs de Valle sont arrivés, et le seigneur Virgilio les a reçus dans le jardin, où ils attende^ ' TQs ordres,

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— A la fin de ce quadrille, dit lady Stumley, ils entreront, et Virgilio découvrira la statue. Allez.

Le quadrille terminé, tous les invités entrèrent dans la grande galerie, où la tenture du fond promettait une surprise à la curiosité trop longtemps suspendue. Le voile tomba enfin, et la statue de Moïse, chef-d'œuvre de Bezzi, éclairée de mille feux^ apparut dans sa maiestueuse beauté. "

Aussitôt une voix de basse entonna le Céleste manpla" eata, du Mosè de Rossini, et les chœurs prolongèrent à Tinfini cette mélodie merveilleuse, exprimant si bien le ravissement des infortunés qui revoient la lumière du jour après les ténèbres de la mort.

Les applaudissements éclatèrent, et le musicien Jubelin présenta Bezzi, le sculpteur, et Gédéon, le modèle, à la foule des invités.

Tout à coup on entendit un violent prélude de piano; c'était encore Jubelin qui s'annonçait ainsi lui-même et demandait la parole. Commandant le silence, il dit d'une voix grave et solennelle, qui fit oublier la frivolité du jeune artiste parisien :

— Quoi I nous sommes en Italie, nous sommes à Rome, dans le pays des improvisateurs, et personne ici ne se lève pour saluer le chef^l'œuvre de Bezzi par un chant d'admiration I Où est la poésie?

— La voilà qui passe! dit lady Stumley en désignant Virgilié.

Jubelin prit Virgilio par le bras, et, le conduisant au piano:

— Chantez, poëte, lui dit-il, la musique accompagnera la poésie; ces deux sœurs marchent toujours ensemble.

— Si milady l'ordonne, répondit Virgilio.

— Au nom de votre aïeul ! dit la jeune femme.

En même temps lady Stumley dénoua son écharpe d'azur pour en décorer Virgilio, et Memma, ôtant sa couronne de verveine, la posa sur le front dli poète an milieu desap-

Le piaBo, sous les doigts de Jubelin , exécuta un noaveau prélude plein d'éclat, et Timprovisateur d'Albano,

debout à côté de la statue de Moïse, prononça d'une voix mâle et sonore des stances dont nous donnons ici la traduction:

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