‹ La juridiction des consuls français dans les echelles du Levant d'après lesChapitre 20 sur 56 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LA PÉaiODE GONTEMPOHAINE

La politique française, depuis François I*', avait toujours manifesté h l'endroit de la Turquie une syai{>athie diversement agissante et efficace, mais réelle. La Révolution, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, rompit avec la tradition. Le sultan parut aux yeux des conventionnels un tyran, un oppresseur des peuples, comme tel> un ennemi. Ils poussèrent l'illusion jusqu^à espérer en Turquie, un soulèvement des « patriotes »> proclamant la République et les principes de 89. Cette attitude, dont la naïveté nous étonne aujourd'hui, froissa le gouvernement de la Porte, au point de lui faire suspendre tous rapports officiels avec la France *.

Sur ces entrefaites, Bonaparte débarqua en Egypte. Quelque soin qu'il apportât à se déclarer Tennemi des. ^uls mamelucks et l'allié du sultan, celui-ci goûta peu le secours de cet allié, qui, sous couleur de réprimer l'audace de sujets révoltés contre son pouvoir, enlevait à sa

1. Sur les rapports de la France et de la U\irquie pendant la période de révolntionnaire, voir l'ouvrage d'Albert Sorel, VEurope et la Réo, Franc. y. t. ni, p. 208, 398, 435.

60 PRRMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE lll

suzeraineié une des plus belles provinces de TEmpire. L'expédition de Syrie porta à son comble le mécontentcnient de la Porte, qui se joignit à l'Angleterre contre les nouveaux conquérants de TÉgypte. Aboukir et Héliopolis mirent aux prises Français et Turcs.

Sitôt parvenu au pouvoir, le premier Consul songea à mettre fin à une situation qui gênait ses vues sur TOrient. Le 6 messidor an X (25 juin 1802), Talleyrand, ministre des relations extérieures, signa avec Esseid-Mohammed Saïd-Ghabib-Effendi le traité de Paris *, qui fit revivre les capitulations, sans d'ailleurs rien innover.

Pendant tout son règne. Napoléon, rêvant sur l'Orient de gigantesques projets, mais toujours incertain s'il y entraînerait la Russie comme alliée ou comme ennemie, tantôt offrait h Alexandre de partager TEmpire ottoman, tanti)t essayait de soulever la Turquie contre le tsar. En tout cas, ses ambitions, purement politiques, ne s'inquiétaient point des intérêts commerciaux, que la lutte avec l'Angleterre avait d'ailleurs frappés à mort.

La Restauration ne renoua pas les traditions de la politique française en Orient. L'opinion publique s'enthousiasmait pour les Grecs. D'ailleurs, les difficultés avec le dey d'Alger n'étaient pas faites pour accroître le peu de sympathie que rencontraient les Turcs auprès de Charles X et de ses conseillers. Le bombardement d'Alger et la bataille de Navarin ne pouvaient être considérés comme le prélude de relations amicales entre les deux pays.

Le gouvernement de Louis-Philippe, préoccupé des intérêts du commerce, qui ne pouvait plus s'accommoder du régime instauré par les capitulations, signa une nouvelle convention avec la Porte le 25 novembre 1838. C'est

1. Voir le texte de ce traité dans Vn ancien diplomate, p. 188 et suiv.

là un véritable traité de commerce * ainsi qu'ils se sont multipliés dans notre siècle: « Les questions d'ordre poli- » tique ou judiciaire y sont écartées ; on se contente de » régler tout ce qui a trait aux importations ou aux expor- » tations, au mouvement de la navigation, aux droits » d'entrée et de sortie des marchandises en Turquie*. » Quant à la juridiction consulaire, on la maintient dans son intégrité par cette brève formule : « Tous les droits, privilèges et immunités qui ont été conférés aux sujets et aux bâtiments français par les capitulations et les traités existants, sont confirmés aujourd'hui et pour toujours '. »

Le second Empire resserra les liens d'amitié entre la France et la Turquie. La campagne de Crimée, en sauvant le trône des sultans d'une catastrophe imminente, donna au prestige de la France en Orient un lustre inconnu même à l'époque de Louis XIV. En môme temps, Tapplication croissante de la vapeur à la navigation, l'établissement des chemins de fer, le rayonnement universel du télégraphe électrique, venaient puissamment contribuer au développement de nos relations commerciales, que favorisait encore la doctrine du libre échange, adoptée par le gouvernement impérial à une époque où, seules, les industries anglaise et française se partageaient le marché de l'univers.

Un traité de commerce * entre la France et la Turquie fut élaboré en avril 1861 sous le règne d'Abdul-Medjid et mis en vigueur le 13 mars 1862, sous le rogne de son successeur Abdul-Aziz. Dans cette convention, comme dans les précédentes, les clauses relatives aux droits de

1. Le texte de ce traité se trouve dans Pouvrage d'Vn ancien diplomatey p. 195 et sniv.

Page 1