DEUXIÈME PARTIE
élus. C'est là ce que signifie cette nudité avec laquelle rEeriture nous les représente àu milieu de leur innocence; et quand l'historien sa,cré nous raconte que le Seigneur les vêtit de tuniques de peauy cela veut dire que, pour leur permettre d'habiter ce monde, vers lequel les portait une curiosité imprudente ou le désir de connsdtre le bien et le mal. Dieu leur donna un corps et des sens.'Toici l'un des nombreux passages où cette idée, adoptée aussi par Philon et par Origène, se trouve exposée d'une manière assez claire : u Lorsqfu'Àdam, « notre premier père, habitait le jardin d'Ëden, il était « vêtu, comme on Test dans le ciel, d'un vêtement fait a avec là lumière supérieure. Quand il fut chassé du « jardin d'Eden et obligé de se soumettre aux nécessî- « tés de ce monde, alors qu'arrivart-il ? Dieu , , nous (c dit l'Écriture, fit pour Adam et pour sa femme des (t tuniques de peau dont il les vêtit : car, ^auparavant, « ils avaient des tuniques de lumière ; de cette lumière « supérieure dont on se sert dans rÉden...Les bonnes « actions que l'homme accomplit sur la terre font desa cendre sur lui une partie de cette lumière supérieure « qui brille dans le ciel. C'est elle qui lui sert de vèt< tement quand il doit entrer dans un auâre monde et « paraître devant le Saint, dont le nom soit béni. C'est (( grâce à ce vêtement, qu'il peut goûter le bonheur des f< élus, et regarder en face le miroir lumineux ^ Ainsi
1. C*est-À-dire, comme nous Tavons expliq[ué plus haut, connaitre la vérité par intuition ou fEtoe à face.
(c i'âmei afin qu'elle soit parfaite en toute chose, a un . cf vêtement difîérent pour chacun des deux mondes ir qu'elle doit habiter, l'un pour le monde terrestre et ti l'autre pour le monde supérieur*. »
D'un autre çdté, nous sayons déjà que la mort, qui n'est autre chose que le péché lui-même, n'est pas une malédiction universelle, mais seulement un mal volontaire; elle n'existe pas pour le juste qui s'unit à Dieu par un baiser d'amour; elle ne frappe que le méchant, qui laisse dans ce monde toutes ses espérances. Le dogme du péché originel semble plutôt .avoir été adopté par les kabbalistes modernes , principalement par Isaac Loria, qui, croyant toutes les âmes nées avec Adam, et supposant qu'elles formaient d abord une seule et même âme, les regardait toutes comme également coupables du premier acte de désobéissance. Mais en même tfimps qu'il les montre ainsi dégradées depuis l'origine de la création, il leur accorde la faculté de se relever par elles-mêmes, en accomplissant tous les commandements de Dieu. De 14 l'obligation de les faire sortir de cet état et d'ezéeuter, autant qu'il est en notre pouvoir, ce précité de la loi : Croisiez et mulUplimt. De là aussi la nécessité de la métempsycose , car une seule vie ne sutdt pas à cette œuvre de réhabilitation C'est toujours, sous une autre forme, l'ennoblissement de notre eiistenoe terrestre et la sanctihcation de la vie
i. Zohar^ 2* part., M. vmOi ^ect. t*r<ip5.
S. Yoy. Btz 'Haim, Traité de hMHen^piyeoH, liv. I, oh. I.
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comme le seul moyen offert à l'âme d'atteindre à la peiw fection dont eUe porte en elle le besoin et le gorme.
n n'entre pas dans notre plan de prononeer un jugement sur le vaste système que nous venons d'exposer; ce que d'aUleuBs nous ne pourrions pas faire sans porter une main pro&ne sur les plus fortes concepr tions de la pMosophie, et sur des dogmes religieux dont le mystère est justement respecté. Nous ne nous sommes destiné que le modeste rôle d'interprète; mais nous avons du moins la conviction que, malgré les difficultés sans nombre contre lesquelles nous avions à lutter; malgré l obscmilé du langage et lincohérencè de la forme; malgré ces rêveries puériles qui viennent à chaque pas interrompre le cours des idées sérieuses, U vérité historique n'a pas trop i se plaindre de nous! Si maintenant nous voulons mesurer, de la manièt« la plus sominaire, l'eqiàce que nous venons de parcourir, nous trouverons que, dans l'état où nous la présentent hS^her iêltink et le Zokar, la kabbale se compose des éléments suivants :
i' En faisant passer pour des symboles tous les faits et toutes les paroles de l'Écriture, elle enseigne à l'hoomie à avoir confiance en lui-même ; elle met la raison à la place de l'autorité; elle fyit naître la philosophie dans le sein mémo et sous la sauvegarde de la religion.
2» A la croyance d'un Dieu créateur, distinct de la nature, et qui, malgré sa toute-puissance, a dû exister
une éternité dans l'inaelion , elle substitue l'idée d'une substance universelle, réellement inilniey toujours aotive, toujours pensante, oause immanente de TuniTers, mais que l'univers ne renferme pas; pour laquelle enfin, créer n'est pas autre chose que penser, exister et se développer elle-même.
3* Au lieu d'un monde purement matériel, distinct de Dieu, sorti du néant et destiné à y rentrer, elle re* connaît des formes sans nombre sous lesquelles se développe et se manifeste la substance divine, suivant lés lois invariables de la pensée. Toutes existent d'abord réunies dans Tintelligence suprême avant de se réaliser sous une forme sensible : de là deux nxondes, l'un inr telligible ou supérieur, l'autre inférieur ou matériel.
ht" L'homme est de toutes ces formes la plus élevée, la plus complète, la seule par laquelle il soit permis de représenter Dieu. L'homme sert de lien et de transition entre Dieu et le monde; il les réfléchit tous deux dans sa double nature* Ainsi que tout ce qui est limité, il est d'abord renfermé dans la substance absolue à laquelle il doit de nouveau se réunir un jour, quand il y sera préparé par les développements dont il est susceptible. Mais il faut distinguer la forme absolue, la forme universelle de Thomme et les hommes particuliers qui en sont U reproduction plus ou moins aCEaiblie. La première, ordinairement appelée l'/iommc cikste, est entièrement inséparable de la nature divine; elle en est la première manifestation.
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Plusieurs de ces éfémenta servent de base à des sy»«
tèmes qu'on peut regarder comme contemporains de là kabbale. D'autres étaient déjà connus à une époquis bien plus reculée. Il est donc du plus haut intérêt, pour l'histoire de Tintelligence humaine, de rechercher si la doctrine ésotérique des Hébreux est vraiment originale ou si elle n'est qu'un emprunt déguisé. Cette question et celle de Tinfluence exercée par les idées kabbalistiques sera traitée dans la troûûème et dernière partie de ce travail.