TROISIÈME PARTIE
CflAPilBË L
QUELS SONT LES SYSTÈMES QUI (OTBIMT QUELQUE RESSEHBLAKCE AVEC- LA KABBAUS. — BAPPORT DB Là KABilUB AVEC LA PHILOSOPHIB DB PLATON.
Les systèmes qui, par leur nature comme par l'âge
qui les a vus naître, peuvent nous sembler avoir servi de base et de modèle à la doctrine ésotérique des Hébreux, sont, les uns philosophiques , les autres reli* gieul; Les premiers sont ceux de Platon, de ses disciples infidèles d'Alexandrie et de Philon, qu'il nous est impossible de confondre avec eux. Parmi les systèmes religieux, nous ne pouvons citer en ce moment, et cela d'une manière générale, que le christianisme. Eh bien, je me Ixâte de le dire, aucune de ces grandes théories de Dieu et de la nature ne peut nous expliquer rorigine des traditions dont nous avons précédemment pris connaissance. C'est ce point si important que nous étarblirons d'abord.
262 LA KABAALfi.
Qu'il y ait une grande analogie entre la philosophie platonicienne et certains principes métaphysiques et cosmologiques enseignés dans le ^ohar et le Livre de la xréaiian, peisen^e ne poum k nier. Nous Toyons des deux côtés rintelligence divine ou le Verbe former Tuniyers d'après des types éternels renfermés en luimême avant la naissance des choses. Nous voyons des deux côtés les nombres servir d'intermédiaire entre les idées, entre la pensée suprême et les objets qui en sont dans le monde la manifestation incomplète. Des deux côtés enfin, nous rencontrons les dogmes de la préexisteiioe^ des ftmes, de laréminisceiiee et de la métempsycose. Ces diverses ressemblances sont tellemeoi évidentes que les kabbalistes eux-mêmes, j'entends les k^Jb^Ustes. mpderuesj» les ont recomuxes; et pour les expliquer, ils n'ont rien imaginé de mieux que de ftdre de Blatpu un disciple de Jérémiet comme d'autres ont fait d'Aristote un disciple de Simon le Juste ' . Mais qui oseri^t condure de cfiSi rapports superficiel^ que les œuvres du philosophe athénien ont inspiré les premiers auteurs de la kabbale, et ce qui serait enc<vre un plnt grand sujet d'étonnement, que çettfs science d'origine étcaQ(;èpe^ sortie delà tète d'uii paleoi, soit entourée par
prétendu qa'Aristote, ayant été en MesCine à la suite <f Alexandre
le Grand, y a connu les livres de Salomon qui lui ont fourni les principaux éléments de sa p^oso^lûe. Voyez n^lDM ^I^.UV de R. Meir Aldoli, "
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la Misekna de. t^t de respect et de mystère? Chose étrange! cen qui soutiennent cette opinion sont précisément les critiques qui ne voient dans le Zohar qu'une invention de la fin du xiii* siècle, et par conséquent le font naître à une époque où Platon n'était pas connu ; car on ne prétendra pas qu'on puisse se faire une idée de sa doctrine par les citations disséminées dans les livres d'Aristote et Tamère critique qui les accompagne. Mais dans aucun cas, l'on ne pôurraadmettre la filiation actuellement soumise à notre examen. Je ne m'afpnierai pas sur des raisons extérieures dont l'emploi fixera plus opportun dans la suite. Je ferai seulement remarquer ici que les ressemblances qu'on aperçoit d'abord entre les deux doctrines sont bientôt effacées par lea différences. Platon reconnaît formellement deux principes : lesprit et la matière, la cause intelligente et la substance inerte, quoiqu'il soit bien difficile de se faire d'après lui une idée aussi nette de la seconde que de la première. Les kabbaKstes, encouragés à cela paj? le dogme incompréhensible de la création e:tnihilOj ont admis^ pour base de leur système, l'unité absolue^ un Dieu qui est à la fois la cause, la substance et la
forme de tout ce qui est, comme de tout ce qui peut
àtee. Le combat du bien et du mal, de Tesprit et de la matière, de la puissance et de la résistance, ils le reeonnaîseent comme tout le monde, mais ils le placent au-dessous du principe absolu et le font dériver de la distmetion qui subsiste nécéssairemient, dans la générar
Digiiized
tion des choses^ entre le fini et Tinfini, entre toute exis» tence particulière et sa limite, entre les extrémités les plus éloignées de l echelle des êtres. Ce dogme fondar* mental, que le Zohar traduit quelquefois par des expressions profondément philosophiques, se montre déjà dans leSepher ietzirah sous une forme assez bizarre, assez grossière, mais en même temps assez claire pour qu'il soit permis de croire à son originalité, ou du moins pour qu'il ne le soit pa& d'invoquer l'intervention du philosophe grec. Comparons-nous entre elles la théorie des idées et celle des Sephiroth, avec les. formes infé^rieures qui en découlent? Nous les trouverons séparées par la même distance, et Ton ne compr^rait pas qu'il en fût autrement, en apercevant d'un coté le dualisme et de l'autre l'unité absolue. Platon» ayant mis un abîme entre le principe intelligent et la substance inerte, ne peut voir dans les idées que les formes de l'iatelligence; je veux parler de Tintelligence suprême dont la nôtre n'est qu'une participation conditionnelle et limitée. Ces formes sont éternelles et incorruptibles comme le principe auquel elles appartiennent, car elles sont elles-mêmes la pensée et l'intelligencQ; par conséquent, sans elles point de principe intelligent* Dans ce sens, elles représentent aussi lessence des chosçs, puisque celles-ci ne peuvent exister sans forme ou sans avoir reçu l'empreinte de la pensée divine. Mais tout ce qui est dans le principe inerte, et ce principe lui-même, elles ne peuvent pas le représenter; et cependant, si ce
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prindpe existe, s'il existe de toute éternité comme le
premier, il faut bien qu'il ait aussi son essence propre, ses attributs distinctifs et inTOFiables^ quoiqu'il soit le sujet de tous les changements. Et qu'on ne vienne pas nous dire que par la matière Platon voulait désigner une simple négation, c'est-à-dire la limite qui circonscrit toute existence particulière. Ce rôle, il le donne expressément ' aux nombres, principe de toute limite et de toute proportion. Mais à'côté des nombres et de la cause productrice ou intelligente, il admet encore ce qu'il appelle l'infini, ce qui est slisceptible de plus et de moins, ce dont les choses sont produites, en un mot, la matière, ou pour parler plus exactement, la substance séparée de la causalité. 11 y a donc (et c'est là que nous voulions arriver), il y a donc des existences ou plutôt des formes de l'existence, des modes invariar Lies de l'être qui se trouvent nécessairement exclus du nombve des idées. U n'en est pas ainsi desSéphiroth de la kabbale, au nombre desquelles on voit figurer la matière elle-même ('T'iD^). Elles représentent à la fois, parce qu'elles les supposent parfaitement identiques, et les formes de l'existence et celles de la pensée, les attributs de la substance inerte, c'est-à-dire de la passivité ou de ' la résistance, comme ceux de la causalité intelligente. C'est jpour cela qu'elles se partagent en deux grandes chutes que dans le langage métaphorique