‹ La kabbale (volume 2)Chapitre 107 sur 167 · TROiSIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROiSIÈME PARTIE

sièeles qni sumrent la dwtnielioii do second temple, ils m pariaient que le dialecte employé émà le Thalmud babylonien et qui difi[ère essentiellement de la langue du Zohar* Or, depuis Tinstant où l'école néoplatonicienne commença à naître dans la nouvelle capitale de TÉgypte, jusqu'au milieu du m* siècle^ époque à laquelle la Judée vit mourir ses dernières écoles , ses derniers patiiardies, les demières étincelles de sa fie mteHeotuelle et religieuse/ , quels rapports trouvons-nous entre les denz pays et les deux civilisations qu'ils repré- Boatent? Si durant ce laps de temps la philosophie païenne eât pénétré dans la Tenre-Sainte , il faudrait naturellement supposer l'intervention des Juifs d'A^ Imndrie^ à qui depuis plusieurs siècles, emnme le prouh vent la version des Septante et l'exemple d'Aristobule, las princtpanx nunmments de la civilisation grecque étaient aussi fam^iers que les livres saints. Mais les Juifs d'Alexandrie avaient si peu de relations avec leurs frères de la Palestinoi qu'ils ignoraient complètement les institutions rabbiniques qui, chez ces derniers, ont pris tant de place, et qu'on trouve déjà enracinées parmi eux plus de deux siècles avant Tère vulgaire^. Que l'on

i« .Voyes lest, BkMr» dês Juifs, t. IV, liv. 14, cbap. 8. ^ Et dans

C. Nous adoptons la chronelegie de Jost, prédsément paroe qo^elle est extrêmement sévère, e'eâl-à«dire, qu'ellè dlmimie autant

que possible Tantiquité attribuée par les historiens juifs à leurs traditions religieuses. . - ^

pascoure avec la plus profonde attention les éerits de Philon» 1q livre de la Sagene et le dernier livre des Machabées, sortis l'un et l'autre d'une plume alexandrine, on n'y verra cités nulle part les noms qui sont entourés en Judée de Tautorité la plus sainte^ comme celui du grand-prêtre Simon U Ju$u, le dernier représentant de la grande synagogue^ et ceux des Thm^m, qui lui ont succédé dans la vénération du peuple ; jamais on n'y trouvera mftme une allusion à la querelle si célèbre de Hillel et de Schamaï % ni aux coutumes de tout genre recueillies plus tard dans la Mischna et passées en force de loi. Il est vrai que Philon, dans son ouvrage de la Vie de Moise"^, en appelle à une tradition orale, conservée chez les anciens d'Israôl et ordinairement enseignée avec le texte des Écritures. Mais quand même elle ne serait pas imaginée au hasard pour accréditer les fables ajoutées à plaisir à la vie du prophète hébreu » cette tradition n'a rien de commun avec celles qui font la base du culte rabbinique ; elle nous rappelle seulemetit les Miéraiehm ou ces légendes populaires et sans autorité dont le judaïsme a été très fécond à toutes les époques de son histoire. De leur côté , les Juib de

1. Ces deux coryphées de la Mischna florissaient de l'an 78 à l'an 44 av. J.-C. Ils étaient, par conséquent, antérieurs à Philon.

2. De Vitd ifosw, liv. I, init. ; 1. 0, p. 8i, ed. de Mangey. Voici les termes de Pliilon : H«8«w «bra Md & ^lâuM tfiv lipa«...Mdicsfàftvftv

TROISIÈMË PAEÎ1£. 273

la Palestine n'étaient pas mieux instruits de ce qui se passait chez leurs frères répandus en Egypte. Ils connaissaient, uniquement par ouï-4ire, la prétendue version des Septante, qui est d une époque bien antérieure à celle qui fixe actuellement notre attention ; ils avaient adopté avec empressement la £able d'Aristée, qui, du reste,- s'accorde si bien avec leur amour-propre national et leur penchant au merveilleux \ Mais dans toute l'étendue de la Mischna et des deux Guémara on ne

I. Traiti d$ MéguiUah, fol. 9. Q résulte clairement de ce passage,

non seulement que les auteurs du Thalmud ne connaissaient pas par eux-mêmes la Version des Septante (ils supposent les auteurs de cette traduction au nombre de soixante-et-douze) ; mais qu'il leur était impossible 4e la connaître, vu leur ignorance de la langue et de la littérature grecques. En effet, en énumérant les cbangementsapportés au texte môme du Pentateuque par les «o&Mmto^f-iiotiM viManU^ et cela d'après une iDspiiatîon spéciale du Saint-Esprit, ils en signalent dix qui n*ODt jamais existé, dont on n*a jamais trouvé la moindre trace, et dont plusieurs sont ou ridicules ou impossibles. Ainsi, pour en citer seulement deux exemples, ils prétendent qu'il a fallu intervertir Tordre des trois premiers mots de la Genèse; qu'au lieu de Bereiehit BaraEMUm (au commencement Dieu créa), on lût ElohimBara BemdtU (Dieu créa au commencement) ; car, disentrils, en laissant subsister TordfB primitif, on aurait pu &ire croire au roi Ptolémée qu'il existe un principe supérieur à Dieu, et que ce principe s'appelle Bereschit. Mais comment une pareille méprise est-elle possible dans une traduction grecque, soit qu'on place les deux mots àpx? au commencement ou à la lin? Et qui irait prendre ces deux mots pour le nom d*une divinité? Quant au mot hébreu i^emc/itï, pourquoi serait-il conservé dans une traduction quelconquet Dans le passage du Lévitique, où Holse défend-Fusage du lièvre, ils Introduisent (toujours au nom des Septante) une variante plus ridicule encore : ils racontent que le nom de ranimai défendu (en hébreu amebeth

274 l'A KABBÀLH.

trouyera pas la nunndre parole qu'oa puisse appliquer, soit à Aristobule le Philosophe, soit àPhilon, soit aux auteurs des livres apocryphes que nous avons nommés tout à l'heure. Un fait encore plus étrange, c'est que le Thalmud ne fait jamais mention des Thérapeutes, ni même des Esséniens quoique ces derniers euseent déjà, au temps de Josèphe THistorien, de nombreux établissements dans la Terre-Sainte. TJn tel silence ne peut s'expliquer que par l'origine des deux sectes et par la langue dans laquelle elles transmettaient leurs doctrines. L'une et l'autre étaient nées en Égypte et avaient probablement conservé l'usage du grec jusque sur le sol de leur patrie religieuse. S'il n'en était pas ainsi, le silence du Thalmud, surtout à l'égard des Ës^

mym) était égatoment celui de répouseide Ptoléniée, et que, pour nB pas choquer le roi, en attacbant au nom de sa femme ime

idée d'impureté, on se servit de cetle périphrase : C0 qui est léger des pieds (□*S:nn m'VSf ). Peut-être est-ce le nom même des Lagides qu'on veut désigner ici. Mais, dans tous les cas, il est impossible de porter plus loin l'ignorance de l'histoire et des lettres grecques. Quant à la périphrase dont nous venons de parler^ elle est tottt à làit imaginaire.

i. En vain un critiqae du xr* siècle, Aaariali de Bossi, a-t-il prétendu que les B<iStho9iêM, ë souvent mentîoimés dsos le Thalmud, ne pouvaient être que les Esséniens. La preuve qu'il en donne est trop frivole pour mériter la moindre attention ; il suppose que le nom de Baïthosiens D'Dirm est une corruption de celui qui exprimerait en hébreu la secte essénienne d^d^k n^3. C'est cependant sur un pareil fondement qu'un savant critique de nos jours admet lidentitô des deux sectes religieuses. Vo^ei Ofirodrar, Bisbrire en" tique du Ckriiiianime primitif, 2* part, pag. 547.

TROISIÈHB PART». 275

séniens, serait d'autant plua inexplicablei que ce$ nectaires, au témoignage de Josèphe^ auraient déjà été connus sous le règne de Jonathas Macchabée, c'est-^ dire plus d'un siècle et demi avant l'ère chrétienne

Si les Juifs de la Palestine Tivai^t dans cette ignorance au sujet de leurs propres frères, dont quelquesuns devaient être pour eux un juste sujet d'oi^eil , comment supposer qu'ils fussent beaucoup mieux i^,stiruits de ce qui se passât, à la même distance, dans les écoles païennes ? Nous avons déjà dit que la laugjijie grecque était fort en honneur parmi eox : mais leur a- • t-elle jamais été assez familière pour leujr permettre de suivre le mouvement philosophique de leur temps? C'est ' ce que Ton peut à bon droit révoquer en doute. D'àbord, ni le Thalmud, ni le Zohar ne nous offrent aucune trace, ils ne citent aucun monument de la civilisatiion grecque. Or, comment entendre une langue si on ne connaît pas les œuvres qu'elle a produites? Ensuite nous apprenons de Josèphe lui-même^, qui était né en Palestine et y avait pa^ la plus grande partie de ses jours, que ce célèbre historien, pour écrire, ou plutêt pour traduire ses ouvrages en grçc, a eu besoin de sç faire aider. Dans un autre endroit', il s'e;x:prime à cet

i. Antiquités jtid,, liv. xm, chap. 9. Josèplie ne dit pas que les Esséniens dissent alors établis en Palestine.

S. Antiq^ judiàqttes^ liT.XX, diap. 9, c'toUirâiie à la fin de

l'ouvrage.

276 LA KABIULK.

égard d'une manière encore plus explicite, appliquant

à ses compatriotes, en général, ce qu'il avoue de luimême ; puis, il ajoute que l'étude des langues est fort peu considérée dans son pays, qu'elle y est regardée comme une occupation profane qui conyient mieux à des esclaves qu'à des hommes libres ; qu'eniin l'on n'y accorde son estime et le titre de sages qu'à ceux qui possèdent à un haut degré de perfection la connaissance des lois religieuses et des saintes Écritures. Et cependant Josèphe appartenait à l'une des familles les plus distinguées de la Terre-Sainte; issu en même temps du sang des rois et de la race sacerdotale, nul n'était mieux placé que lui pour se faire initier à toutes les connaissances de son pays, à la science religieuse comme à celle qui prépare les personnes d'une haute naissance à la vie politique. Ajoutez à cela que l'auteur des Antiquités et de la Guerre des Juifs ne devait pas éprouver, en se livrant à des études profanes, le même scrupule que ses compatriotes, restés fidèles à leur pays et à leurs croyances ^ Du reste, en admettant que la langue grecque fût beaucoup plus cultivée en Palestine que nous n'avons le droit de le supposer, on serait encore bien éloigné de pouvoir en rien conclure par rapport i l'influence de la philosophie alexandrine. En

1. Le caractère de Josèphe est tiès bien apprédé dans une thèse pleine d*intérét, récemment soutenue à la Faculté dte lettres de Paiis/par M. Philaiète Gh^es : Jh fAutoHté hktoriqm de FUmius Josèphe.

TROISIÀME PARTIE. 277

effet, le Thalmud établit expressément une distinction entre la languê et ce qu'il appelle la $eiêne$ grecque',

mn^ nuw na^m nmS nuw ; autant il

accorde à celle-là de respect et dlionneur, autant il a celle-ci en exécration. La Mischna, toujours très concise comme doit l'être un recueil de décisions légales, se borne à énoncer la défense d'élever ses iils dans la science grecque, en ajoutant toutefois que cette interdiction a été portée durant la guerre de Titus'. Mais la Guémara est beaucoup plus explicite ^ en même temps qu'elle fait remonter bien plus haut la disposition dont nous yenoiifs de parler. « Voici , dit-elle^ ce que nos ce maîtres nous ont enseigné : Pendant la guerre qui w avait éclaté entre les princes hasmonéens, Hirean ce faisait le siège de Jérusalem , Âristobule était Tas- (c siégé. Tous les jours on descendait le long des murs (c une caisse remplie d'argent , et l'on m retirait en c< échange les victimes nécessaires aux sacrifices. Or, ce il se trouvait dans le camp des assiégeants un vieillard « qui connaissait la science grecque. Ce vieillard se ir servit auprès d'eux de sa scitnce et leur dit : Tant « que vos ennemis pourront célébrer le service divin, fc ils ne tomberont pas en votre pouvoir. Le lendemain ce arriva comme d'habitude la caisse remplie d'argent ; Cl mais cette fois on envoya en échange un pourceau.

i. Tract, êota^ fol. 49, ad fin.

î. R. miipr. iiK cnn toS> mSv vni owt9 Sv onobisa

278 LA KABBALB.

ic Quand l'animal immonde fut arrivé à mi-hauteur du ce irèmparty il y enfonça ses ongles, et la terre dlsrafil ic fui ébranlée dans une étendue de quatre cents parar H ëalis. C'est alolfs que fut prononcé cet anaihème : Maui< dit soit l'homme qui élève des pourceaux ; maudit c^ t< lui qui fait enseigner à ses fils la science grecque *. » A part la circonstance fabuleuse et ridicule du tremblement de terre, il n'y a rien dans ce récit qui n'ait une valeur aux yeux de la critique. Le fond en parait vrai, car on le trouve aussi dans Josèphe Selon ce dernier, les gens d'Hircan , après avoir promis de faire passer aux assiégés, à raison de mille drachmes par tète, plusieurs animàux destinés aux sacrifices, se firent livrer l'argent et refusèrent les victimes* C'était une action doublement odieuse aux yeux des Juifs, car non seulement, comme le remarque l'historien que * nous venons de citer/ elle violait la foi jurée aux hommes, mais elle atteignait en quelque façon Dieu luiménde. Maintenant qu'on ajoute cette nouvelle circonstance, très vraisemblable d'ailleurs, qu'à la place de la victime si impatieilhnent attendue les prêtres virent arriver dans l'enceinte consacrée l'animai pour lequel ils éprouvaient tant d'horreur, alors le blasphème et le parjure seront arrivés à leur comble» Or, sur qui faiton peser la responsabilité d'un tel crime ? chez qui en

1. ib.supr. C'est la Guémara qui Suit immédiatement la Mischiia, citée dans la note précédente.

Page 1