TROISIÈME PARTIE
traces de son influence. Enfin, les écrits de Philon sont plas récents que les principes kabbaUstiques dont on trouve soit Tapplication , soit la substance, dans la version des Septante^ dans les proverbes de Ben Sirah et dans le livre de la Sagesse.
W La kabbale n'est pas un emprunt fait au christiarnisme^ car tous les grands principes sur lesquels elle s'appuie sont antérieurs à l'avènement du Christ.
*5* Les ressemblances frappantes que nous avons trouvées entre cette doetriiie et les croyances de plusieurs sectes de la Perse, les rapports nombreux et bizarres qu'elle nous présente avec le Zend Avesta, les traces que la religipn de Zoroastre a laissées dans toutes les parties du judaïsme et les relations extérieures qui, depuis la captivité de Babylone, n'ont pas cessé d'exister entre les Hébreux et leurs anciens maîtres, nous ont fait conclure que les matériaux de la kabbale ont été puisés dans la théologie des anciens Parses : mais nous croyons avoir démontré en même temps que cet emprunt ne détruit pas l'originalité de la kabbale; car, au dualisme en Dieu et dans la nature, elle a substitué l'unité absolue de cause et de substance. Au lieu d'ex« pUquer la formation des êtres par un acte arbitraire de deux pouvoirs ennemis, elle nous les représente comme les* formes diverses, comme des manifestations successives et providentielles de l'intelligence infinie. £nfin, dans son sein, les idées prennent la place des personnificationsréalisées, et la métaphysique succède àla my-
LÀ 1UBBALJ&*
thologie. Nous ajouterons que telle nous pasait être la loi nniveieette* de l'esprit humain. Point d'originalité absolue; mais aussi, d'un peuple et d'un siècle à un autee; point, de servile imitation. Quoi que nous prissions faire pour conquérir, dans le domaine des sciences morales, une indépendanee sans limites; la ohaÎDe de la tradition se montrera toujours dans nos plus hardies découYortesi et- si immobiles que nous panusûons quelquefois sous l'empire de la tradition et de l'autorité, notre intelligenee fait ducheminjaoB idées se transforment avec la puissance même qui pèse sur elles, et «né iévolntion*est sur le point d'éelater.
M SECTE DES NOCmOX HASHMi:
La secte kabbaliistiqae des Zobarites a été précédée par oelledes namtmÊm 'Easgidim. c'est-à-dire des noaTeanx saints^ on des nooveaux piétistes S fondée en 1740, par un raUnn polonais appelé IgraUfl Bwdsehem, ou Israël le Thaumaturge % et dont le centre étidt
la ville de Medziboze, dans la province de Podolie. En peu de temps elle s'étendit, non seulement dans la Pologne, mais dans toute la Yalacbie, dans la Moldavie, en Hongrie, particulièrement dans les enirirons de la Galicie, et aujourd'hui encore elle est loin d'être éteinte. Elle a son culte, ses livres, ses docteurs à part, désignés sous lè nom de JmUi {Ttadikim)^ et prenant ses arlioles de foi pourTexpresi^n complète, pour l'expression unique de la vérité; telle qn*il est donné à l'homme de la connaître ici-bas, elle repousse toute autre influence, tout élément de civilisation et toute culture qui
1. lifltliitfli déiigiMiit fln gfiaéai tous leiumi de 'Hassid (T^Dn) quiconque tfi dlstingae parmi eux par une stricte observance de toutes les lois religieuses. Jointe à une vie ascétique et entièrement vouée à la péalleiiflè ; edai qui fait éB 1a piété le bat et l'occupation de toute sa vie.
2. Le nom de Baalschem (C3\Z7 Sj?!) signifie littéralement le maître du nom. Il s'applique à certains kabbaliates pratiques, à qui l'on accorde la vertu d'opérer des miracles et des cures merveilleuses au moyen des différents noms de Dieu , au mo^en d'une sorte de Ibéurgie kabbalisUque. Voy. le texte, Z* parUe, eh. III.
LA JUBBALE
n'eet pas sortie de son sein. Elle oppose la pins énergique résistance
aux efforts que fait le gouvernement russe pour civiliser, et sans doute pour convertir à la religion nationale les juifs répandus dans ses immenses possessions. Elle a pris pour base de sa doctrine le Zohar» mais en substituant, pour la multitude, la foi aveugle aux nisoanemeDts métaphysiques» et en tempérant par une molale semi-épicurienne, les Austérités de la vie contemplative. Plus f lanche <}ue les anciens kalibaUstfls, elle a rejeté ouvertement toutes les pratiques extérieures , tout Técbafaudage des préceptes thalmudiques, incompatibles, à ses yeux, avec une connaissance plus profonde de la nature divine. Elle ne reconnaît pas d'autre culte que la prière élevée jusqu'à la contemplation, jusqu'au ravissement et à l'extase; elle n'admet pas d'autre enseignement, outre le Zohar, que Tinterpiétation symboQque des écritures saintes dans la bouche des putêB, c*estnàHlire de ses ohe&. En vertu de ce principe kethbalistique, que le juste est reœpioHon de Vuniven , elle accorde à ses chefs des pouvoirs spirituels d'une nature extraordinaire, comme celui d'absoudre l'homme de ses péchés, de le délivrer d'un danger imminent , de le guérir par sa seule prière des maladies les plus incurables; mais À la condition que celui qui souffre aura foi dans cette intervention sumatuieUe. Du reçte, cette intervention n'est pas absolument indispensable, chacun peut obtenir les mêmes résultats en s^missant étroitement à Dieu ; car dans cette union mystique est la véritable science, la véritable puissance et l'accomplissement de tous nos vœux. A ces idées viennent se mêler de superstitieuses légendes, des habitudes grossières et des préjugés de toute espèce, fruits de l'ignorance, de la dégradation civile et d'une misère séculaire.
Un hopme de beaucoup d*esprit et de savoir, qui, aprte avoir traversé les plus étranges vicissitudes» après avoir connu toutes les superstitions et toutes les misères, s*est reposé finalement dans la philosophie de Kant, Salomon Maïmon, dans ses mémoires *, nous a laissé quelques détails assez piquants sur cette secte à laquelle il
avait été aMié. Nous croyons donc bien taire en traduisant ici. quel-
1. Salomon Maimon'ft Leùeusgeschichie, von ihm sclbit yeschrieben und herausgegeben von K. P. Moritt. 2 vol. in-13. Beriio, l7U2. L'extrait que nous allpus traduire apparUflot m t. chap. XIX.
Ir
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ques passages de son ]\m trop pea connu et derenu extièmejnent
rare ; mais auparavant nous regardon/s comme un devoir de prévenir nos lecteurs que Salomon Maïmon, à l'exemple de son maître en philosophie, à l'exemple de Kant, dont au reste il n'a guère pris que le scepticisme, est d'une sévérité extrême pour toutes les opinions mystiques, et parliculiôiement pour la kabi)ale; sans doute pour Mre oublier son exaltation première. Voici donc en quels lennes^ après avoir traité avec beaucoup de rigueur les kabbalistes pratiques» les thaumaturges, les auteurs de cures merveUleuses an moyen des noms divins, il s'exprime sur le compte des kabbalistes spécuiatiis, des fondateurs de la secte des nouveaux 'Hassidim.
« D'autres, d'un génie supérieur, d'une àme plus noble, se proposaient un but bien autrement élevé. Persuadés que pour être utiles à Ja (Danse générale et à leur cause particulière, ils avaient )>esoin d'ètre'investis de la confiance du pêiq[»le» ils voulurent prendre sur lu! de Fascendant, mais pour Téclalrer. Leur plan étiMt donc tout à la fois pohtique et moral. D'abord on put croire qu'ils voulaient seulement débarrasser Forganisation morale et religieuse des juifs des abus qui s'y étaient introduits; mais ces réformes partielles devaient nécessairement fiure crouler le système tout entier.
€ Les principaux points sur .lesquels portaient leurs attaques étaient les suivants ; Là sciencir raUbiniqtte^ qui au lieu de aîniT' ptifiér les préceptes religieux et de les rendre intelligibles pour-tous, tend au contraire à les compliquer et à les rendre incertains; qui, en outre, s'attache exclusivement à l'étude de la loi, au lieu de s'occuper surtout des moyens de la mettre en pratique. Ainsi, certaines diq^tions de cette loi, entièrement tombées en désuétude, couuua ^ celles qui règlent les sacrifices, les purifications et quelques autres du même genre, sont approfondies avec autant de soin que celles dont Tusage n*a pas cessé. Us reprochaient enfin à cette même, science de ne tenir compte, dans la pratique elle-même, que des cérémonies extérieures, et de perdre de vue leur but moral. Ils s'attaquaient, en deuxième lieu, à la piété mal entendue de ceux qui se livraient à la pénitence. Les hommes dont nous parlons s'efforçaient , sans doute'de pratiquer la vertu ; mais comme la raison n'était pas la^ sourde leurs croyances, et que par là même ils se fiiîsiûeht une finisse idée dé Dieu et de ses attributs, ils devaient néceBafùrement