‹ La kabbale (volume 2)Chapitre 22 sur 167 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

qui enseignait avec une grande autorité pendant les premières années du règne d'Hérode^ U est vrai qae des procédés semblables peuvent servir indistinctement aux idées leé pins diverses; mats on n'invente pas une langue artificielle dont on garde la clef à volonté, si l'on n'a pas résolu de eacher sa penséô, an moins an grand nombre. £n outre, quoique le Thalmud emploie souvent des méthodes analogues, celle que nous venons de signaler, et que noua avons lieu de croire la plus ancienne^ y est tout à fait étrangère. Entièrement isolé, ce dernier fait ne serait pas sans doute une démonstration puissante, niais, ajouté à ceux qui ont déjà occupé notre attention, il ne doit pas être négligé. Tous réunis et comparés entre eux, ils nous donnent le droit d'affirmer qu'avant la fin du i^' siècle de Tère chrétienne il se répandait mystérieusement parmi les Juifs une science profondément vénérée, que Ton distinguait de la Mischna, du Thalmud et des livres saints; une doctrine mystique évidenmient enfantée par le besoin de réflexion et d'indépendance, je dirais volontiers

de Babylone, ne pouvait pas le nommer en le menaçant des vengeances du ciel. Mais une telle supposition ne peut se comprendre, lorsque, dans le môme chapitre, et sous Tinfluence du même sentiment, les noms de Babel et des Chaldéens y soat fréquemment i^pétés. Quoi qu'il en soit, cette traduotionaété conservée porsaint JMme (voyez ses OBums, tom. 4, Comment, wr Jérémie]^ et par Jarchi, autrement appelé >tn.

i. Voyez Schalschektk hakahalah, fol. 18 rect. et vers., et David Ganz, fol. 19 rect., édit d'Amsterdam. ' *

de philosophie, et qui cependant inyoquait en sa fayeur Tautorité réunie de la tradition et des Écritures.

Les dépositaires de cette doctrine, que dès à présent nous ne craignons pas de désigner sous le nom de kabbalistes, ne doivent ni ne peuveol 6tre eonfon-^ dus avec les Esséniens, dont le nom était déjà connu à une époque bien plus reculée , mais qui ont conservé jusque sous le règne de Justinien ^ leurs habitudes et leurs croyances. En effet, si nous nous en rapportons à Josèphe^ et à Philon % les seuls qui méritent sur ce point d'être écoutés avec confiance , le but de cette secte fameuse était essentiellement moral et pratique ; elle voulait faire régner parmi les hommes ces sentiments d'égalité et de fraternité qui furent enseignés plus tard avec tant d'éclat par le fondateur et les apôtres du christianisme. La kabbale au contraire, d'après les anciens témoignages que nous avons rapportés, était une science toute spéculative qui prétendait dévoiler les secrets de la création et de la nature divine. Les Esséniens formaient une société oi^i^sée, assez semblable aux communautés religieuses du moyen âge; leurs sentiments et laurs idées se réfléchissaient dans leur vie extérieure ; et d'ailleurs ils admettaient parmi eux tous ceux qui se distinguaient par une vie pure, mqme des enfants et des femmes. Les kabbalistes, de-

» • . I. Peter Beer, ptm. part., p. 8S.

PREMlàRfi PÀHTIE, 73

puis leur apparition, jusqu'au temps où la presse a trahi leur secret, s'étaient.toajours enveloppés de mystère. De loin en loin, après mille précautions, ils ouvraient à demi les portes de lemr sanctiiaire à (jnelque nouvel adepte^ toujours choisi dans l'élite de l'intelligenee, et dont Tàge avaneé devait offrir une preuve de discrétion et de sagesse. Enfin, malgré la sévérité toute pliarisaïque avec laquelle ils observaient le sabbat, les Esséniens ne craignaient pas cependant de rejeter poblicpiement les traditions, d'aceôrder à la morale une préférence très marquée sur le culte, et même ils étaient lotii de conserver dans ce dernier les sacrifices èt les cérémonies commandés par le Pentateuque. Mais les adeptes de la kabbale, comme les karmates parmi les fidèles de Tisiamisme, conune la plupart des mystiques chrétiens, sé conformaient à toutes les pratiques extérieures; ils se. gardaient, en générai, d'attaquer la tradi- . tion qu'ils invoquaient aussi en leur faveur, èt, comme nous avons déjà pu le remarquer, plusieurs d entre eux étaient comptés parmi les docteurs les plus vénérés de laMischna.Nous ajouterons que plus tard on les a vus rarement infidèles i ces habitudes de prudence*

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CHAPITfiE II.

ras uTBis KABBALumotn». - ÂunflDmcnÉ va mmn ietzibah.

Nous arrivons maintenant aux livres originaux où, selon Topinion la plus répandue, le système kabbalistique s est formulé dès sa naissance. Us devaient être très nombreux, si nous en jugeons par les titres qui nous sont parvenus Mais nous serons uniquement occupés de ceux que le temps nous a conservés, ët qùî se recommandent à notre attention par leur importance aussi bien que par leur antiquité. Ces derniers sont au nombre de deux, et répondent assez bien à Vidée que nous pouvons nous faire, d'après le Thalmud, deY Histoire de la Genéee et de la Sainte Mereaba : l'un, intitulé

i. On dte fréquemment le Sephar Mbàhir^ vnan iBDt attribué à Néchonia ben Hakana, contemporain de Ifillé! le Vienx et d*Hé-

rode le Grand. On fait passer encore aujourd'hui, pour des extraits de ce livre, divers fragments évidemment inauthentiques. Tels sont encore les fragments réunis sous le titre du Fidèle Pasteur , MADMD WV\ et ordinairement imprimés avec le Zohar, sous forme d*iin commentaire. Enfin, il ne nous reste rien que les noms, et quél<iaes niiès citations des anteoift suiTants, dont le Zohar MX souyent mention avec le plus grand respect : R. Jossé le Vieux» H2D ^DV * ; R. Chanmonna le Vieux, Mao n ; R. Jèbi le Vieux, K3D u>>

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PRBMliU PÀBf IB. 75

iê Lwr$ de la créafto», TX^^ ^^BD» renferme, je ne dirai pas un systèqie de physique, mais de cosmologie^ tel qu'il pouvait être conçu à une époque et dans un pays où lliàbitude d'expliquer tous les phénomènes par une action iu^nédiate de la cause première, devait étouffer l'esprit d'observation; où par conséquent certains rapports généraux et superficiels aperçus dans le monde extérieur devaient passer pour la science de la nature. L'autre estappdié le Zohafp VR» ou la lumière, d'après ces paroles de Daniel : (c Les hommes intelligents bril- <f lm>nt comme la lumière du cid ^ » Il traite plus particulièrement de Dieu, des esprits et de lame humaine^ en u^ mot, du monde spirituel. Nous sommes loin d'accorder à ces deux ouvrages la même impoi^ tance et la même valeur. Le second, beaucoup plus étendu , beaucoup plus riche, mais aussi plus hérissé de difficultés, doit sans doute occuper la plus grande place ; mais nous commencerons par le premier, qui nous parait le plus ancien.

Le Sepher ielzirah est mentionné par les deux Thalmud en termes qui nous prouvent que l'étude de la kabbale n'en était plus à son début, mais que déjà elle tombait en des excès non moins funestes que ridicules. « Pendant chaque veille du sabbat, dit le Thaïce mud de Babylone , rabi Ghanina et rabi Oschàia « s'asseyaient pour méditer sur le Livre de la création,

i. Daniel, i% 3. ytpvi WD mwt D^Vtawom.

76 Lk KABBALE.

u et ils produisaient une génisse de trois ans qui leur / « servait ensuite de nourriture ^ »

mw iSDa ^pDVi Knaw ^hvn >2n» nn m^M^ ii i<:^:n i

Selon le Thalniud de Jérusalem , un docteur bien plus ancien, R. Jehoschoua ben Chanania, se vantait lui-même d'opérer, à Taide du Livre de la création, des miracles à peu près semblables*.

^aiat ^)S>m yv2V pavm ]>3i3 ]>S)m jiS V2V^ j^miasHi

Notre premier devoir ici, c'est de bien nous assurer des depx textes que nous venons de citer ; car on a voulu les contester lun et Tautre, non pas intégralement, ttiais dans le seul mot qui les rende applicables à notre usage. On a prétendu que c'est par erreur ou dans le dessein prémédité de faire attribuer à la kabbale une antiquité imagi1iiaire,.qu'on y a fait entrer le nom du Livre de la création ; qu'à la place de ce nom beaucoup pluâ moderne, il faudrait lire les r^bf ou les low de la création (n*^^3J^ m^Sn) Cette objection est dans la bouche de tous ceux qui regardent les livres kabbalistiques comme une grossière compilation du moyen

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