In-f»;Hagiienau
2. B&ie^ 1494, ia-K— Ce livre étant d'une extrême rareté et d'un grand intérêt pour Thistoire du mysticisme, j*si cru devoir en donner id une idée très sommaire. Ainsi que ledCs Arte CabbalùHèd, il a la forme dtm dialogue entre irois personnages : un philosophe
épicurien appelé Sidoinus, un juif nommé Baruch, et Tauteur luimême, qui a traduit son nom allemand par le mot grec Capnion. Le dialogue se divise en autant de livTes qu'il y a de personnages. Le premier livre, consacré à la réfutation de la phiiosoplûe épicurienne, n'est guère qu'une simple reproduction des arguments les plus généralement employés contre ce système; aussi ne nous y arrdferons-nôus pas davantage.
Le second, livre a pour but d*établir que toute sagesse et toute vraie philosophie vient des Hébreux; que Platon, Pythagore, Zoroastre, ont puisé leurs idées religieuses dans la Bible, et que des traces dé la langue hébraïque se retrouvent dans la liturgie et dans les livres sacrés de tous les autres peuples. Enfin l'on arrive à l'explicaUon des différents noms consacrés à Dieu. Le premier, le plus célèbre de tous, le ego sim quisum (nnlH), est traduit dans la Philosophie de Platon par ces mots : to huK 6». Le second, que nous traduisons par Lui (nin), c*esi4dire le signe de llmmutahOlté de Dieu et de son éternelle identité, se retrouve également chez le philosophe grec, dans le raoTo/, opposé au ôaTtpàv. Dieu, dans rÉcriture sainte, est encore appelé d'un troisième nom, celui du feu ( ). En
^'uoe intpodueftion au premier, maïs une introduction conçue d'un point de vue personnel, bien qu'elle paraisse un simple développement d'une idée plus ancienne. C'est dans ce livre que, sous prétexte de définir les difiërents noms eonsaeré» à Dieu, Tauteur donne une libre carrière à son esprit mystique et aventureux; c'est là qu'il veut prouver, d'une manière générale, que toute philosophie religieuse, soit celle des Grecs, soit celle de l'Orient, a son originer dans les livres hébreux ;
cOet, la première fois qu'il apparut à Mc^ sur le. mont Oreb, n'élaîM pas sous Ja.foraie d'un buisson ardent? n^est^îe pas lui que les prophètes onliiippelé le feu dàmatU? u*e8t-oe pas de lui enoore que parlait saio^Jean-Baptiste^ quand il disait : « Moi je vous. ]a?e dans l'eau, un autre viendra qui vous lavera dans le feu* (Math, ni, 11 ) ?» Ce feu des prophètes hébreux est le même que ïéther (aîWip) dont il est question dans les hymnes d'Orphée. Mais tous ces noms n'en forment en réalité qu'un seul, qui nous montre la subetance divine sous trois aspects différents. Ainsi. Dieu se nomme rËUe, puce que de lui émane toute existence; il se nranme le Feu, parce que <f est lui qui éclaire et- qui vivifie toutes choses eufiD, il est toujours Lui, il reste étemc^ement semblable & lui^ même au lâilieu de l'infinie variété de ses œuvres. Gomme^il y a des noms qui expriment la subetaùœ de Dieu, il y en a dettes qui se rapportent à ses attributs, et tels sont les dix séphiroth^ OU catt'gories kabbalistiques dont il sera fréquemment question dans ce travail. Mais quand on fait abstraction de tout attribut et môme de tous les points de vue dôtenninés sous lesquels on peut considérer la sobstaiice divine, quand on essaie de se représenter TÊtre absola comme letiré en lui-même, et n'offirant plus à notre int^ligenoe aucun rapport définissable, alors il est désigné par le nom qu'il est défendu de prononcer, par le Ttêtragramme, trois fois sa^t, ' c'eslnà-dire parle mot Jéhwàh ( ^zriDûn du ). Nul doute que la Tctraciys de Pythagore ne soit une imitation du
c'est là aussi qu'il pose les foudemeuts de ce qu'on a appelé un peu plus tard la Kahbah èkrétimne.
C'est à partir de cette époque que les idées kabbalistiques, devenues l'objet d'un intérêt plus général, commencent à compter sérieusement, non seulement dans les travaux d'érudition, nuds dans* le mouvement
Tétragramme hébreu, et que le culte de la décade n*aH été imaginé
en l'honneur des dix séphiroth. On se ferait difficilement une idée de toutes les merveilles que l'auteur sait découvrir ensuite dans les quatre lettres dont se compose en hébreu le mot Jehovah. Ces quatre lettres font allusion aux quatre éléments, aux quatre qualités essentielles des corps (lecbaud, le froid, le sec et rhumide), aux quatre principes Kéomôtriqaes (le point, la ligné, le plan, le solide), aux ' quatre notes de la gamme, aux quatre fleuves du îMuradis terrestre, aux quatre figures symboliques du diar d'EzécbiéL, e|c. De plus, chacune de ces lettres considérée à part ne nous offire pas une signification moins mystérieuse. La première qui est aussi le signe du nombre dix, et nous rappelle par sa forme le point mathématique, nous apprend que Dieu est le commencement et la fin de toutes choses; car le point, c'est le commencement, l'unité première, et la décade, c'est la fin de toute nuoiération. Le nombre cinq, exprimé par la seconde lettre (n), nous indique Tunion de Dieu et de la nature; de Dieu, repiésrâtépar le nombre trois, c*êsi-à-dii:e par la Ttinitô ; de la nature visible r^résentée, selon Platon et Pytbagore, par la dyade. La troisiàme lettre (i) est le signe du noilUire six. Oir, ce nombre, que Téoole pythagoricienne avait également en vénération, est formé par la réunion de la monade, de la dyade et la triade, ce qui est le symbole de toutes les perfections. D'un autre côté, le nombre six est aussi le symbole du cube, des solides ou du monde; donc, il faut croire que le monde porte le cachet de la perfection divine. Enfin, la quatrième lettre est la même que la seconde (n)» et par conséquent nous nous trouvons encore une fois en présence du nombre cinq. Hais ici Q conesppnd à l'Ame humaine, à l'Ame latlonnelle, qui tient le mUimi eatre le del et la terre, comme cinq est
scientifique et religieux du xvi« et du xvii' siècle. C'est
alors qu'on voit paraître successivement au jour les deux ouvrages d'Agrippa, les savantes et curieuses r^ veries de Postel , le répertoire des kabbalistes chrétiens, publié par Pistorius, les traductions de Joseph Toysin , les recherches de Kirch^ sur toute l'antiquité
le milieu de la décade, expresBioa symbolique de la totalité des
choses. '
Nous voilà arrivé au troisième livre, dont le but est de démontrer par les mômes procédés les principaux dogmes du christianisme. Aussi estil placé tout entier dans la bouche de Capnion; car, c'est sur les ruines de la philosophie sensualiste ou exclusivement païenne, et sur les traditions prôteadues kabbalistiques dont Bamch a été Finterprète dans le lim précédent, quMl s'^it d*élev93r maintenant Tédifice de la ' théologie chrétienne. Qoelqaes exemples snffirant, je Tespère, pour * donner une idée de la méthode que sait ici Tauteur, et de la manière dont il y rattaclie ses vues générales sur l'histoire dé la religion. Dès le premier vei'set de la Genèse, « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre», il trouve le mystère de la Trinité. En effet, en arrêtant notre attention sur le mot hébreu que nous traduisons par créer (Kia); en considérant chacune des trois lettres dont Use compose conune Tinitiale d'un antre mot tout à fait distinct du premier, on obtiendra ainsi trois termes qui signifieront le Père^ le FiU, le SaM-Stprit {xrtpn mîrp'sii). Dans ces paroles tirées des psaumes, < La pierre que les architisctes avaient méprisée est devenue la pierre angulaire », on trouvera, par le même procédé, les deux premières personnes de la Trinité ( sn). C'est
encore la Trinité chrétienne qu'Orphée, dans son hymne à la nuit , a voulu désigner par ces mots : vùÇ eùpavôç, aîôiîip ; car , cette nuit, qui engendre toutes choses, ne peut être- que le Père; ce del., cet olympe qui embrasse dans son immensité tous les êtres, et qui est né de la nuit, c'est le Fils; enûn, Téther, que le poète antique appeUe aussi un wugU dê feu, c'est le Saint-Esprit Le nom de lésus traduit en hébreu (nïvnf ), c'est le nom
.PRÉPACB.
x>rieiitâle, et enfin le résumé et le couronnement de tous ces travaux, la Kabbak iéoaUée.
Il y a deux hommes dans Cornélius Agrippa : Fauteur da livre de Oeçultà Phikutophià^ le défenseur enthousiaste de toutes les rêveries du mysticisme, Tadepte passionné de j»us les iff ts imaginaires, et le sceptique découragé» qui se plaint de rincertiiude et de la vanité
mdme de Jebûvàh, plus la lettre qui, dans la langue des.kaUialistes, est te symbole du feu ou de la lumière» et doiit saint Jér lOme, daos jBon interprétation mystique de l'alphidiet, a fiiit le signe
de la parole. Ce nom mystérieux est donc toute une révélation, puisqu'il nous apprend que Jésus c'est Dieu lui-môme conçu comme lumière et parole, ou le Verbe divin. Il n'y a pas jusqu'au symbole même du christianisme, jusqu'à la croix, qui ne soit clairement désignée dans rAncien Testament, soit par l'arbre de vie que Dieu avait planté dans le paradis terrestre, soit par Tattitude sui^liante de Holse, quand il lève les bras au del pour demander le triomphe d'israél dans sa lutte cfmtre Âmalec, soit enfin par oe bois miraculeux qui, dans le d^rt de Marab, changea l'eau amére en eau douce. Dans la pensée de Reuchlm Dieu s'est manifesté aux hommes sous différents aspects pendant les trois grandes périodes religieuses que l'on distingue ordinairement depuis la création; et à chacun de ces aspects correspond dans l'Écriture un nom particulier qui le caractérise par£aitemeat. Sous le règne de la nature, il s'appelait le Tcut^PuiskaÊa ( i*TV ), ou plutôt le féoondaleur, le nourricier des hommes : td est le Dieu d'Abraham et de tous les palriaiches. Sous le règne de la loi, ou depuis la révélation de Moite jusqu*à la naissance du christianisme, il s'appelle le Seigneur parce qu'alors il eçt le roi et le maître du peuple élu. Sous le règne de la grâce, il se nomme Jésus, ou le Dieu libérateur (mWiT). Ce point de vue ne manque pas de vérité et de graudeur.