‹ La kabbale (volume 2)Chapitre 9 sur 167 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Quoiqu'on trouve dans la kabbale un aystème bien

complet sur les choses de Tordre moral et spirituel, on ne peut cependant la considérer ni comme uiue

, . philosophie, ni comme une religion : je veux dire qu'elle ne s'appuie, du moins en apparence, ni sur la raison, ni sur l'inspiration ou l'autorité. Elle n'est pas non phis, comme la plupart des systèmes du moyen âge, le fruit d'une alliance entre ces deux puissances intellecjtuelles. Essentiellement différente de la croyance religieuse, sous l'empire, et , Ton peut dire , sous la ^ protection de^ laquelle elle a pris naissance, elle s'est introduite dans les esprits comme par surprise, grâce à une forme et à des procédés qui pourraient afiEaiblir l'intérêt dont elle est digne, qui ne permettraient pas

' toujours d'être convaincus de l'importance -que nous nous croyons en droit de lui attribuer, si, avant dé la faire connaître ,dans^ ses divers éléments, si, avant d'aborder aucune des questions qui s'y rattachent, l'on n a indiqué avec quelque précision Is^ place qu'elle oo-

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cupe parmi les œuvres de la pensée, le rang qu'elle doit tenir entre les croyances religieuses et les systèmes philosophiques, et enfin, les besoins ou les lois qui peuvent éipliquer l'étrangeté de ses moyens de développement. C'est aussi ce que nous allons tenter de faire avec toute la brièveté possible.

C'est un fait attesté par l'histoire .d^^ l'humanité entière, que les vérités de Tordre moral, les connaissances que nous pouvons acquérir sur notre nature, notre destination et le principe de rumvers, ne sont pas d'abord accueiUies sur la foi de la raison et de la conmenée, mais par l'effet d'une puissance plus aetite siir l'esprit des peuples, et qui a pour attribut général de ' notfs présenter des idées sous tiie forme presque matérielle, tantôt celied'une parole descendue du ciel dans des oreiUes humaines, tant6ieelle d'une personne qni les développe. en exemples et en actions. Cette puissance, universellmeht connue sous le nom de Rsligian ou de Rêvé' lation, a ses révolutions et ses lois; malgré l'unité qui règne au fond de sà nature, elle change d'aspect avec les iiècles et les pays, comme la philosophie, la poésie et les arts. Mais, en quelque lieu, en quelque temps qu'dle vienne à s'établir, elle ne peut pas sur-le-champ dire à rhomme tout ce qu'il A besoin de savoir, mèmé dans la sphère des devoirs et des croyances qu'elle lui impose^ même quand il n'a pas d'autre ambition que celle de la comprendre autant qu'il est nécessaire pour lui abéirv En effet, il y a dans toute religion, et des dogmes

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qui ont besoin d'être édaircis, et des principes dont il reBte à développer tes conséquences , et des lois sans application possible, et des questions entièrement oubliées ^ qui y cependant y tondient aux intérêts les plus importants de rbumanité. Une grande acIlTité de la pensée devient nécessaire pour répondre à tous ces besoins y et c'est ainsi que l'intelligence est excitée à user de ses propres forces ^ par le dé-> sir même de croire et d'obéir^ Mais cette impulsion est loin de produire partout les mêmes résultats, et d'agir sur tous les esprits de la même manière. Les ims, ne voulant laisser allcnn<^ place à Tindépendance individuelle, poussant à ses dernières conséquences le principe de l'autorité, admettent, à côté de la révélar tion écrite, oii Ton ne trouve que les dogmes, les prindpes et les lois générales^ une révélation orale, une tradition, ou bien un pouvoir permanent et infaillible . dans ses décisions, une sorte de tradition vivante qui fournit les explications , les formules, les détails de la vie reUgieuse, et produit par là même, sinon dans 1a foi, du moins dans le culte et dans les symboles, une imposante unité. Tels sont à peu prés, dans .toutes les croyances, ceux qu'on nomme les orthodoxes. Les autres, pour Mftiplir eee lacunes et résoudre les piroblêmes que présente la parole révélée, ne veulent se confier qu'à eiix<4iiêmeB, c'estràrdire, dans la puissanêe du raisonnement. Toute autre autorité que celle dc^ texteswerés.leip* parait me unirpatioB, ou, a ils la

Oigitized

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suivent, c^est parce qu'elle est d'accord avec leur sentiment personnel* Mais peu à peu, plus hardies et plus développées, les forces de leur intelligence, leurs facultés de raisonner et de réfléchir^ au lieu de s'exercer sur les dogmes religieux, se portent sur eux-mêmes, et ils cherchent dans leur raison, dans leur conscience, ou dans la conscience et dans la raison de leurs semblables, en un mot, dans les œuvres de la sagesse hu^ maine, les croyances qu'autrefois ils se voyaient obligés de faire matériellement descendre du ciel. C'est ainsi que la théologie rationnelle fait bientôt place à la philosophie. Enfin, il est encore dans cette sphère une troisième classe de penseurs^ ceux qui n'admettent pas la tradition, àqui^ du moins, la tradition ou l'autorité ne peut suffire, et qui cependant ne peuvent ou n'osent employer le raisonnement. D'un côté, ils ont l'âme trop élevée pour admettre la parole révélée d^ns un sens matériel et historique, dans le sens qui s'accorde avec la lettre et l'esprit du grand nombre ; de Tautre, ils ne peoYBnt croire que l'homme puisse entièrement se passer de révélation, que la vérité arrive jusqu'à lui autrement que par l'effist d'un^enseignement divin. De là vient qu'ils n'aperçoivent dans la plupart des dogmes, de^ préceptes et des récits religieux, que des symboles et des images, qu'ils cherchent partout une signification mystérieuse, profonde, en rapport avec leurs sentiments et leurs idées , mais qui, nécessairement conçue à l'avance, ne peut être trouvée.

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ou plutôt iutroduite daus les textes sacrés» que par des moyens plus ou moins arbitr&iFes. C'est principarlement à cette méthode çt à cette tendance que l'on reconnaît les mystiques. Nous ne Youlônspas dire que le mysticisme ne se soit pas montré quelquefois sous une forme plus hardie ; à une époque où les habitudes philosophiques ont déjà pris de Tempire, il trouve, dans la conscience même, cette action divine, cette révélation immédiate qu!il proclame indispensable à rhomme ; il la reconnaît, ou dans le sentiment, ou dans certaines intuitions de la raison. C'est ainsi, pour citer un exemple,, qu'il a été conçu au xv* siècle par Gerson*. Mais lorsqu'il faut encore aux idées Tappui d'une sanction extérieure, il ne peut se produire que sous la forme d'une interprétation symbolique de ce que les peuples appellent leurs Saintes Écritures.

Ces trois directions de l'esprit, ces trois manières de concevoir la révélation et de continuer' son ceuvre^ se retrouvent dans l'histoire de toutes les religions qui ont jeté quelques racines dans Tàme humaine. Nous ne citerons que celles qui existent le plus près de, nous , que, par conséquent, nous pouvons connaître avec le plus de certitude, . '

1. Consideraliones de theologià mysticâ. On y trouvera, dès le commencement , celle proposition : Quod si philosophia dicatur omnis scientia procedens ex experientiis » mystica theologià verè erit philosophia, CoDsiû. 2*. U va môme jusqu'à définir la nature de cette expérience : Easperientiis habitis ad intrà, in eordUnu animamm dêvotarum, Jb.

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Au sein dn ehristiâQisiiiid, TÊglise romaine représente, à leur plus haut degré de splendeur, la tradition et Tautorité* L application du raisonnement aux matières de la foi, iiods la troutons non seulement dans la plupart des communions protestantes, chez les défenseurs de ce qu'on eftt convenu d'appeler V exégèse raiimndley mais aussi ohet les philosophes scolas tiques qui, les premiers, ont souniis les dogmes religieux aux lois du syllogisme, et ont montré généralement pour les paroles d'Aristote le même respect que pour celles des apètres. Qui ne voit, enfin, le mysticisme symbolique, avec sa méthode arbitraire et son spiritualisme exagéré, dans toutes les sectes gnostiques, dans Origène, dans Jacques Boehme, et cieux qui ont marché sur leurs traces? Hais auctin autre n'a porté ce système aussi loin, aucun ne l'a formulé avec autant de franchise et de hardiesse qu'Origène, dont le nom se présentera encore sous notre plume* Si nous portons les yeux sur la religion de Mahomet , si, parmi tant de sectes qu'elle a mises au jour, ùéus noiis arrêtons à celles qui nous présentent un caractère bien décidé, nous serons frappés surle-champ du même iBpèotaiâe* Les Sunnis et les Chiia, dont la séparation est plutôt l'effet d'une rivalité de personnes que d'une profonde difiFérencedans les opinions, défendent également la cause de l'unité et de l'orthodoxie; seulement les premiers, pour atteindre à leur but, admettent^ avec le Koran, un recueil de traditions, la Sunnah, dont ils tirent leur nom : les autres rejettent

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la tradition; mais ils la remplacent par line antorité vivante, par une sorte de révélation contiuLie, puisque rua des artieles les plus essentiels de leur croyance, c'est qu'après le prophète, son apôtre Aly et les imans de sa race sont les représentants de Dieu sur la terre \ L'islamisme a eu aussi ses philosophes scolastiques, connus sous le nom de MoU adlmin^j et un grand nombre d'hérésies qui semblent avoir uni la doctrine de Pélage à la méthode rationnelle du protestantisme moderne. Voici comment un célèbre orientaliste définit ces dernières : « Toutes les sectes des motazales s'ao- « cordaieht, en général, en ce qu'elles niaient en Dieu c( l'existence des attributs, et qu'elles s'attachaient par- (Y dessus tout à éviter tout ce qui semblait pouvoir nuire H au dogme de l'unité de Dieu ; en ce que, pour main- « tenir sa justice et éloigner de lui toute idée d'injustice , « elles accordaient à l'homme la liberté sur ses propres «r actions, et ne voulaient pas que Dieu en f&t l'auteur; (c enfin, en ce qu'elles enseignaient que toutes les con- K naissances nécessaires au salut sont du ressort de la « raison; qu'on peut, avant ta puLlication de la loi^ et tr avant comme après la révélation, les acquérir par hè « seules lumières de la raison »

1. Voyez Maracci, Prodromus in réf. Alcor,^ tom. IV. — Bft. de Socy, Exposé de la religion des Druzes, introd. a. Ce nom a élé converti par les labbins en celui de ahSTC, qui

3. M. de Sacy, bUroduetion à VÊà^pésê de la reUgion des Druzes, p. 37.

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Les KarmateSy dont l'existence remonte à Tan 264 de l'hégire, ont embrassé le système des interprétations allégoriques et toutes les opinions qui font la base du mysticisme. Si nous en croyons Tauteur qne nous avons déjà cité, et qui lui-même ne fait que traduire les paroles d'un historien arabe, « ils appelaient leur ce doctrine la science du sens intérieur : elle consiste à cf aHégoriser les préceptes de Tislamisme, et à substituer (( à leur observation extérieure des choses qui ne sont ic fondées que sur leur invagination, eonmie aussi à alf< légoriser les versets de l'Alcoran et à leur donner des ce interprétations forcées. » Il existe plus d'un trait d'une intime ressemblance entre cette doctrine et celle que nous avons pour but de faire connaître ^

Nous arrivons enfin au judaïsme, du sein duquel sont sorties, nourries de son àme et de son suc, les deux croyances rivales que nous avons déjà citées; mais c'est à de^in que nous lui avons réservé la dernière place, parce qu'il nous conduira naturellement à notre sujet.

1. Je û'en citerai uÀ qu'un seul. Les Karmates soutenaient que le corps de rbomme , quand il est debout, représente un eUf<, quand il est à geocuXt un Um^- et lorsqu'il est prosterné, un M; en sorte qull est comme un livre' où on lit le nom à'AUàk» (M. de Sacy» bOroduetiùn à VEœposé dô la religion des DmxM, pag. 86 et 87.) Selon les kabballstes, la téte d*un bomme a la forme d*un iod t, ses deux bras, pendant de cliaque côté de la poitrine, celle d'un hé rt, son buste celui d'un vau \ et enfin ses deux jambes, surmontées du bassin, celle d'un autre hé; de sorte que tout son corps figure le nom trois fois saint de Jekovah, Zohar^ 2* partie, fol. 42 rect., édit., Mantoue. '

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Ootre la Bible, les juifs orthodoxes reconnaissent encore des traditions qui obtiennent de leur part le même respect que les préceptes du Pentateuqne* D'abord trans* mises de bouche en bouche et dispersées de toutes parts, ensaite recueillies et rédigées par Judas-le-Saint sous le nom de Mischna, puis en&n prodigieusement augmentées et dévdoppées par les auteurs du Ths^lmud, elles ne laissent plus aujourd'hui la moindre part à la raison et à la liberté* Ce n'est pas qu*en principe elles nient l'existence de ces deux forces morales, mais elles les frappent depandysie en » nu^tpartout à lenr pl««; elles s'étendent à toutes les actions, depuis celles qui expriment en effet le sentiment moral et religieux jusqu'aux plus viles fonctions de la vie animale. Elles ont tout compté, tout réglé, tout pesé à raVance* C'est un despotisme de tous les jours et de tous les instants, contre lequel on est inévitablement obligé de lutter par la ruse, lorsqu'on ne veut pas s'en affranchir par la révolte, ou qu'on ne le peut pas en lui substituant une autorité supérieure. Les karaïtes, qu'il ne faut pas confondre avec les saducéens, dont l'existence ne s'est guère prolongée au delà de la ruine du second temple*, les kaialtes sont en quelque sorte les protestants du judaïsme; ils rejettent la tradition, et ne reconnaissent que la Bible, je veux dire l'Ancien Testament, à l'expli-

1 . Pelei Bcer, Histoire des sectes religieuses du judvXme^ pari., pag. 149.;

INTftOBUCTION.

catiou <lu<iuel la raiaon leur paraît suffire. Mais d'autres^ qui, sans cesser d'être croyaiits, sans cesser d'admettre le principe de la révélatiou, ne forment cependant pas une secte religieuse, ont réussi à faire à la raison, une part bien plus grande et plus belle dans le domaine de la foi. €e sont ceux qui voulaient justifier les principaux articles de leur croyance par les principes mêmes de la raison ; ceux qui voulaient concilier la législation de Moïse avec la philosophie de leur temps, c'est^àrdire celle d'Aristote, et qui ont fondé héb seienee entièremeut semhlable, dans se^ moyens conime dans son but, à lascolastique arabeet ehrétienne. Le premier, et §aas contredit le plus hardi d'entre eux, est le célèbre rabi Saadiah, qui, au commencement du x* siècle, se trouvait à la tète de l'Académie de Sora en Perse, et dont le nom est cité aviec respect par les auteurs musulmans aussi bien que par ses coreligionnaires ' . Après lui sont vepus Alurabam Jbn-Esra^ astronome, grammairien et critique plein de sens; rabi Bechaï, auteur

4. Le oommentaire qa*il a composé en hébreu, sur le Sepher iMiràk, Vm. des môniinienls les plus andeus de la kabbale, est . 4aiis un sêns tout à Mi pbiloBopldqoey et cTest Ji tort gaU sst compté, parBencblind d'àutras bistoriens de la Imldiale, panai les défenseurs de ce système. Son livre des Croyance» et des opinions, m^Tm maofc^n, traduit de l'arabe en hébreu par rabi Jehoudah Ibn-Tibbon, a très probablement servi de modèle au fameux ouvrage de Maïmonides, intitulé : le Guide des esprits égarés, D^D^22 nnD. Dès les premières lignes de la préface, Saadiah se place fraDcbement entre deux partis opposés : Ceux» dit-il, qui, par suite de recherches incomplètes et de méditatioiiB mal dirigées,

INTRÔBUCTION. 47

d'un excdlent traité da morale % et Moïse Malmoiûdes,

dont rimmense réputation a fait tort à une foule d'autres qui, après lui, ont défendu la méine cause. Ceui; d'entre les juifs qui ne voyaient dans la loi qu'une gros* siôra écoree sous laqudle est caché un sens mystérieux beaucoup plus élevé que le sens historique et littéral, 86 diyisent en deux classes dont la distinction est d'une grande importance pour le but où nous tendons. Pour les uns, le sens intérieur et spirituel des Ëeritures était un système de philosophie, assez favorable, il est vrai, à rexaltatioQ mystique, mais tiré d'une souree tout à fait étrangère ; c'était, en un mot, la doctrine de Platon un peu exagérée, eomme die l'a été plus tard dans l'école de Plotin , et mêlée à des idées d'une origine orientale. Ce caractère est celui de Philon et de tous ceux qu'on a coutume d'appeler juifs keBénisants, parce que, mêlés aux grecs d'Alexandrie, ils empruntèrent à ces demiM leur langue, leur eÎTiUsalion, et celui de leurs systèmes philosophiques qui pouvait

8om tooM dsmi im a])liii0 de doutas, et les homfl^

l*iisage de la raison comme dangereux pour la fol. Uadmet qdatre

sortes de connaissances : 1* celles des sens ; oelles de Tesprit ou de la conscience, comme lorsque nous disons que le mensonge est un vice et la véracité une vertu ; S*» celles que nous fournissent Tinduction et le raisonnement , comme lorsque nous admettons l'existeuce de Tâme, à cause de ses opérations ; la tradition authentique» naDiun ni yvi, qui doit semplacer la sdeoce pour ceux qui ns sont pas en état d*eieieer leur inteUigence.

î. t'onvfage a pour litie : nmS niavi, kf thooin âm.«mÊin^ * et Iteteur ^vait en Tan du monde 4m, du CMst, IIM.

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