CHAPITRE I
Les partisans enthousiastes de la kabbale la font : descendre du ciel, apportée par des anges, pour enseigner au premier homme, après sa désobéissance, les ‘ moyens de reconquérir sa noblesse et sa félicité premières'. D’autres ont imaginé que le législateur des Hébreux, après l'avoir reçue de Dieu lui-même, pendant les quarante jours qu’il passa sur le mont Sinaï, la transmit aux soïxante-et-dix vieillards avec lesquels il partagea les dons de l'esprit saint, et qu’à leur tour ceux-ci la firent passer de bouche en bouche jusqu’au temps où Esdras reçut l'ordre de l'écrire en même temps que la loi?. Mais on aura beau parcourir avec la
‘ 4. Voyez Reuchlin, de Arte cabakstic., fol. 9 et 40, ed. de Ha-
guensau. | 9. Pic de la Mirandole, Apolog. pag. 116 et seqg., tom. I" de ses
Œuvres,
plus scrupuleuse attention tous les livres de l'Ancien Testament, on n’y trouvera pas un seul mot qui fasse allusion à un enseignement secret, à une doctrine plus profonde et plus ‘pure, réservée seulement à un petit nombre d'élus. Depuis son origine jusqu’à son retour . de la captivité de Babylone, le peuple hébreu, comme toutes les nations dans leur jeunesse , ne connaît pas d’autres organes de la vérité, d’autres ministres de l'intelligence que le prophète, le prêtre et le poëte; encore celui-ci, malgré la différence qui les sépare, est-il ordinairement confondu avec le premier. Le prêtre n’enseignait pas; il ne s’adressait qu'aux yeux par la pompe des cérémonies religieuses ; et quant aux docteurs, ceux qui enseignent la religion sous la forme d’une science, qui substituent le ton dogmatique au langage de l'inspiration, en un mot, les théologiens, leur nom, pendant la durée de cette période, n’est pas plus connu que leur existence. Nous ne les voyons paraître qu'au commencement du 11° siècle avant l’ère chrétienne, sous le nom général de Thanaïm, qui signifie les organes de la tradition ; parce que c’est au nom de cette nouvelle puissance qu’on enseignait alors tout ce qui n’est pas clairement exprimé dans les Écritures. Les thanaïms, les plus anciens et les plus respectés de tous les docteurs en Israël, forment comme une longue chaîne dont le dernier anneau est Judas le saint, auteur de la Mischna, celui qui a recueilli et transmis à la postérité toutes les paroles de ses prédé-