‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 113 sur 202 · re part., fol. 52 recto et verso · texte numérisé non relu

re part., fol. 52 recto et verso

élus. C’est là ce que signifie cette nudité avec laquelle l’Ecriture nous les représente au milieu de leur innocence; et quand l'historien sacré nous raconte que le Seigneur les vêtit de tuniques de peau, cela veut dire | que, pour leur permettre d’habiter ce monde, vers lequel , les portait une curiosité imprudente ou le désir de | connaître le bien et le mal, Dieu leur donna un corps ‘ et des sens. Voici l’un des nombreux passages où cette | idée, adoptée aussi par Philon et par Origène, se trouve exposée d’une manière assez claire : « Lorsqu'Adam, « notre premier père, habitait le jardin d’Eden, il était « vêtu, comme on l’est dans ke ciel, d’un vêtement fait « avec la lumière supérieure. Quand il fut chassé du « jardin d’Eden et obligé de se soumettre aux mécessi- « tés de ce monde, alors qu’'arriva-t-il ? Bieu, nous « dit Écriture, fit pour Adam et pour sa femme des « tuniques de peau dont il les vêtit : car, auparavant, « ils avaient des tuniques de lumière ; de eette kimière « supérieure dont on se sert dans l’Éden.. Les bonnes « actions que l’homme accomplit sur la terre font des- « cendre sur lui une partie de cette lumière supérieure « qui brille dans le ciel. C’est elle qui lui sert de vè- « tement quand il doit entrer dans un autre monde et « paraître devant le Saint, dont le nom soit béni. C'est « gtâce à ce vêtement, qu'il peut goûter le bonheur des « élus, et regarder en face le miroir lumineux". Ainsi

4. C'est-à-dire, comme nous l'avons expliqué plus haut, connaître la vérité par intuition ou face à face.

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« l'âme, afin qu’elle soit parfaite en toute chose, a un . « vêtement différent pour chacun des deux mondes « qu’elle doit habiter, l’un pour le monde terrestre et « l’autre pour le monde supérieur. »

D'un autre côté, nous savons déjà que la mort, qui B’est autre chose que le péché lui-même, n'est pas une malédiction universelle, mais seulement un mal volontaire; elle n'existe pas pour le juste qui s’unit à Dieu par un baiser d'amour; elle ne frappe que le méchant,

qui laisse dans ce monde toutes ses espérances. Le dogme du péché originel semble plutôt avoir été adopté par Îles kabbalistes modernes, principalement par Isaac Loria, qui, croyant toutes les âmes nées avec Adam, ét supposaat qu'elles formaient d'abord une seule et même âmé; les regardait toutes comme également coupables du premier acte de désobéissance. Mais . en même temps qu'il les montre ainsi dégradées depuis l'origine de la création, il leur accorde la faculté de se relever par elles-naêmes, en accomplissant tous les commandements de Dieu. De là l'obligation de les faire sortir de cet état et d'exécuter, autant qu'il est en notre pouvoir, ce précepte de la loi : Urotssez et multipliez. De là aussi la nécessité de la métempsycose, car uno seule vie ne suffit pas à cette œuvre de réhabilitation”. : C’est toujours, sous une autre forme, l'ennoblissement } de notre existence terrestre et la sanctification de la vie

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1. Zohar, 2 part. fol. 229 verso, sect. +71p2. FE 2. Voy. Eiz ‘Haïm, Traité de la Métempsycose, liv. I, ch. 4.

comme le seul moyen offert à l'âme d'atteindre à la perfection dont elle porte en elle le besoin et le germe.

Î n'entre pas dans notre plan de prononcer un jugement sur le vaste système que nous venons d'exposer; ce que d’ailleurs nous ne pourrions pas faire sans porter une main profane sur les plus fortes conceptions de la philosophie, et sur des dogmes religieux dont le mystère est justement respecté. Nous ne nous sommes destiné que le modeste rôle d’interprète; mais nous avons du moins la conviction que, malgré les difficultés sans nombre contre lesquelles nous avions à lutter ; malgré l'obscurité du langage et l’incohérence de la forme; malgré ces rêveries puériles qui viennent à chaque pas interrompre le cours des idées sérieuses, la vérité historique n’a pas trop à sé”’plaindre de nous. Si maintenant nous voulons mesurer, de la manière la plus sommaire, l'espace que nous venons de parcourir, nous trouverons que, dans l’état où nous la présentent le Sepher ietztrah et le Zohar, la kabbale se compose des éléments suivants : .

4° En faisant passer pour des symboles tous les faits et toutes les paroles de l'Écriture, elle enseigne à l’homme à avoir confiance en lui-même; elle met la raison à la place de l'autorité ; elle fait naître la philosophie dans le sein même et sous la sauvegarde de la religion.

2° A la croyance d’un Dieu créateur, distinct de la

nature, et qui, malgré sa toute-puissance, a dû exister | | 47

une éternité dans l’inaction , elle substitue l’idée d’une substance universelle, réellement infinie, toujours active, toujours pensante, cause immanente de l'univers, mais que l’univers ne renferme pas; pour laquelle enfin, créer n’est pas autre chose que penser , exister et se développer elle-même.

3° Au lieu d’un monde purement matériel, distinet de Dieu, sorti du néant et destiné à y rentrer, elle reconnaît des formes sans nombre sous lesquelles se développe et se manifeste la substance divine suivant les lois invariables de la pensée. Toutes existent d’abord réunies dans l'intelligence suprême avant de se réaliser sous une forme sensible : de là deux mondes, l’un intelligible ou supérieur, l’autre inférieur ou matériel.

L'homme est de toutes ces formes la plus élevée,

la plus complète, la seule par laquelle il soit permis de représenter Dieu. L'homme sert de lien et de transition entre Dieu et le monde; il les réfléchit tous deux dans sa double nature. Ainsi que tout ce qui est limité, il est d'abord renfermé dans la substance absolue à laquelle il doit de nouveau se réunir un jour, quand il y ‘sera préparé par les développements dont il est susceptible. Mais il faut distinguer la forme absolue, la forme universelle de l’homme et les hommes particuliers qui en sont la reproduction plus ou moins affaiblie. La première, ordinairement appelée l'homme céleste, est entièrement inséparable de la nature divine; elle en est la première manifestation.

Plusieurs de ces éléments servent de base à des systèmes qu'on peut regarder comme contemporains de la kabbale. D’autres étaient déjà connus à une époque bien plus reculée. Il est donc du plus haut intérêt, pour l'histoire de l'intelligence humaine, de rechercher si la doctrine ésotérique des Hébreux est vraiment originale ou si elle n’est qu’un emprunit déguisé. Cette question et celle de l'influence exercée par les idées kabbalisti-

ques sera traitée dans la troisième et dernière partie

de ce travail.

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