‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 123 sur 202 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

la Palestine n'étaient pas mieux instruits de ce qui se passait chez leurs frères répandus en Egypte. Ils connaissaient, uniquement par ouïi-dire, la prétendue version des Septante, qui est d’une époque bien antérieure à celle qui fixe actuellement notre attention ; ils avaient adopté avec empressement la fable d’Aristée, qui, du reste, s'accorde si bien avec leur amour-propre national et leur. penchant au merveilleux ‘. Mais dans toute l'étendue de la Mischna et des deux Guémara on ne

4. Traité de Méguillah, fol. 9. 1 résulte clairement de ce passage, non seulement que les auteurs du Thalmud ne connaissaient pas par eux-mêmes la Version des Septante (ils supposent les auteurs de cette traduction au nombre de soixante-et-douze); mais qu’il leur était impossible de la connaître, vu leur ignorance de la langue et de la littérature grecques. En effet, en énumérant les changements apportés au texte même du Pentateuque par les soixante-et-douze vieillards, et cela d'âprès une inspiration spéciale du Saint-Esprit, ils en signalent dix qui n'ont jamais existé, dont on n’a jamais trouvé la moindre trace, et dont plusieurs sont ou ridicules ou impossibles. Ainsi, pour en citer seulement deux exemples, ils prétendent qu'il a fallu intervertir l’ordre dés trois premiers mots de la Genèse; qu’au lieu de Bereschit Bara Elohim (au commencement Dieu créa), on It Elohim Bara Bereschit (Dieu créa au commencement) ; car, disent-ils, en laissant subsister l’ordre primitif, on aurait pu faire croire au roi Ptolémée qu’il existe un principe supérieur à Dieu, et que ce principe s'appelle Bereschit, Mais comment une pareille méprise est-elle possible dans une traduction grecque, soit qu'on place les deux mots à éexg au commencement ou à la fin ? Et qui irait prendre ces deux mots pour

le nom d'une divinité? Quant au mot hébreu Bereschit, pourquoi se- ‘

rait-il conservé dans une traduction quelconque? Dans le passage du

Lévitique, où Moïse défend l'usage du lièvre, ils introduisent (tou-

jours au nom des Septante) une variante plus ridicule encore : ils racontent que le nom de l'animal défendu (en hébreu arnebeth | 148

trouvera pas la moindre parole qu’on puisse appliquer, soit à Aristobule le Philosophe, soit à Philon, soit aux auteurs des livres apocryphes que nous avons nommés tout à l'heure. Un fait encore plus étrange, c'est que le Thalmud ne fait jamais mention des Théräpeutes, ni même des Esséniens ', quoique ces derniers eussent déjà, au temps de Josèphe l'Historien, de nombreux établissements dans la Terre-Sainte. Un tel silence ne peut s'expliquer que par l’origine des deux sectes et par la langue dans laquelle elles transmettaient leurs doctrines. L'une et l’autre étaient nées en Égypte et avaient probablement conservé l'usage du grec jusque sur le sol de leur patrie religieuse. S'il n’en était pas ainsi, le silence du Thalmud, surtout à l'égard des Es-

hasn) était également celui de l'épouse de Ptolémée, et que, pour ne pas choquer le roi, en attachant au nom de sa femme une idée d'impureté, on se servit de cette périphrase : Ce qui est léger des pieds (m*ban7 nvy%). Peut-être est-ce le nom même des Lagides qu'on veut désigner ici. Mais, dans tous les cas, il est impos- sible de porter plus loin l'ignorance de l’histoire et des lettres grecques. Quant à la périphrase dont nous venons de parler, elle est tout à fait imaginaire.

4. En vain un critique du xve siècle, Asariah de Rossi, a-t-il prétendu que les Baïthosiens, si souvent mentionnés dans le Thalmud, ne pouvaient être que les Esséniens. La preuve qu’il en donne est trop frivole pour mériter la moindre attention : il suppose que le nom de Baïthosiens Drbsnt2 est une corruption de celui qui exprimerait en hébreu la secte essénienne D'01N n°2. C'est cependant sur un pareil fondement qu’un savant critique de nos jours admet l'identité des deux sectes religieuses. Voyez Gfroërer, Histoire oritique du Christianisme primitif, 2% part., pag. 347.

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