‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 138 sur 202 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

se diviser en deux grandes classes : les uns sont empruntés aux systèmes philosophiques de la Grèce,, qui ne sont pas inconciliables avec le principe fondamental de toute morale et de toute religion, comme ceux de Pythagore, d'Aristote, de Zénon', mais surtout celui de Platon dont le langage, aussi bien que les idées, occupent pour ainsi dire le premier plan dans tous les écrits du philosophe israëlite : les autres, par le mépris qu'ils inspirent pour la raison et pour la science, par l’impatience avec laquelle ils précipitent en quelque sorte l’âme humaine dans le sein de l'infini, trahissent visiblement leur origine étrangère et ne peuvent venir que de l'Orient. Ce dualisme dans les idées de Philon étant un fait de la plus haute importance, non seulement dans la question que nous avons à résoudre, mais dans l’histoire de la philosophie en général, nous allons essayer d’abord de le mettre entièrement hors de doute, au moins pour les points les plus saillants et les plus dignes de notre intérêt.

Quand Philon parle de la création et des premiers principes des êtres, de Dieu et de ses rapports avec l'univers, il a évidemment deux doctrines qu'aucun effort de logique ne pourra jamais mettre d'accord. L'une est simplement le dualisme de Platon, tel qu’il est enseigné dans le Timée; l'autre nous fait penser à la

4. Voyez l'article de Crouxer, Theologische studien und kritiken, année 4852, 4r<livr., p. 48 et.seq. — Ritter, article Phslon, tom. IV de la traduction de M. Tissot,

fois à Plotin et à la kabbale. Voici d'abord la première, assez singulièrement placée dans la bouche de Moïse : Le législateur des Hébreux, dit notre auteur dans son Traité de la création ‘, reconnaissait deux principes également nécessaires, l’un actif et l’autre passif. Le premier, c’est l'intelligence suprême et absolue, qui est au-dessus de la vertu, au-dessus de la science, audessus du bien et du beau en lui-même. Le second, c'est la matière inerte et inanimée, mais dont l'intelligence a su faire une œuvre parfaite en lui donnant le mouvement, la forme et la vie. Afin qu'on ne prenne “pas ce dernier principe pour une pure abstraction, Philon a soin de nous répéter dans un autre de ses écrits? cette célèbre maxime de l'antiquité païenne, que rien ne peut naître ou s’anéantir absolument, mais que les mêmes éléments passent d’une forme à une autre. Ces éléments sont la terre, l’eau, l’air et le feu. Dieu, eomme l'enseigne aussi le Timée, n'en laissa aucune parcelle en dehors du monde , afin que le monde soit une œuvre accomplie et digne du souverain architecte , Mais avant de donner une forme à la matière et l’exis-

4. De mundi opificio, I, 4. — Nous avons rs dé cité ce passage dans l'introduction, p. 48.

2. De incorrupt. mund. Dorep dx Toë un Evros cbd'èv yivsrat, ob? elc à pe | êv phuiparas, Êx 705 yap cod Évroç duvigavoy éori yevéoau ri, x. TA -

3. Toudrarov yap puorrs Tà paéyioroy Tüv Épyev T& piyiore Anpuoupyé Prankdsacôu. Tekndrarov d'à oùx dv Av ai ph rexei’te auvarAnpoÿro LLÉPEG TV, WOTS dx rfi; dndons ai mdvreç DOaros mat dépos ai mupèe, und'avèc eo xaraïuglés- +06, ouvéarn 89 6 xéoucç. (De plantat. Noé, I], init.)

TROISIÈME PARTIE. 297 tence à cet univers sensible, Dieu avait contemplé dans sa pensée l'univers intelligible ou les archétypes, les idées incorruptibles des choses’. La bonté divine, qui est la seule cause de la formation du monde?, nous explique aussi pourquoi il ne doit pas périr. Dieu ne peut pas, sans cesser d'être bon, vouloir que l’ordre, que l’harmonie générale soient remplacés par le chaos ; et imaginer un monde meilleur, qui doit un jour remplacer le nôtre, c'est accuser Dieu d’avoir manqué de bonté envers l’ordre actuel des choses *. D’après ce système, la génération des êtres ou l'exercice de la puissance qui a formé l'univers a nécessairement commencé; il ne peut pas non plus continuer sans fin, car le monde une fois formé, Dieu ne peut pas le détruire pour en produire un autre ; la matière ne peut pas rentrer dans le chaos général. De plus, Dieu n’est pas la cause immanente des êtres, ni une cause créatrice dans le sens de la théologie moderne, il n'est que le souverain architecte, le Démiourgos, et tel est en effet le terme dont Philon se sert habituellement, quand il est sous l’influence de la philosophie grecque“. Enfin Dieu n'est

4. HpchaGv yap 6 One drs Onde, rt miumwa xaXdy oùx Gv more yévorro xakoù diqa mapadsiyuaros, x. r. À. (De mund. opific.) |

Q. Éi yap me dôsAñonz Thy airlav, À Évexa Téda To näv 0 nproupyairo, dus peuv&obat, Joxei pot pu d'iapapreiv Toù oxcrob, pauevos map xal Tüv &ppaiwy elmi ri. Puis vient la phrase même de Timée. 16. supra. s

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