‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 152 sur 202 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

actions et dans nos pensées'. En conséquence de ce principe, il y a de l’orgueil et de l’impiété à se regarder comme l’auteur d’une œuvre quelconque; c’est s'assimiler à Dieu, qui seul a déposé dans nos âmes la semence du bien, et seul aussi a la vertu de la féconder’; cette vertu sans laquelle nous serions abîmés dans le mal, confondus avec le néant ou la matière, Philon l’appelle de son véritable nom, c’est la Grâce (% y). « La Grâce, dit-il, est cette vierge céleste qui sert de « médiatrice entre Dieu et l'âme, entre Dieu qui offre et « l’âme qui reçoit. Toute la loi écrite n'est pas autre « chose qu’un symbole de la Grâce *. » À côté de cette influence toute mystique, Philon en reconnaît une autre qui ne porte pas une atteinte moins grave à la responsabilité morale et par conséquent au libre arbitre : c’est la réversibilité du bien. Le juste est la victime expiatoire du méchant; c'est à cause des justes que Dieu verse sur les méchants ses inépuisables trésors“. Ce dogme, également adopté par les kabbalistes et ap-

4. De Mund. opific., p. 16, edit. de Paris de 4640. — De Profugis, même édit., p. 460.

2. Leg. alleg. 1. — De Profugis. — De Cherub. — Gfroërer, ouvrage cité, 1. I, p. 401.

3. fors abuGoïcv elvar Jiabrenv pduroc* Av péanv Fnesv 8 Obs Éaured vs épéyorres mal dvôpérou AauGavovro. TrapGox dé ebspyaias rourd iort, à elvas Oeoù xai duyfi pécov, Én ph rhv maphévey yépira. De Nominum mutatione, p. 1052, ed. cit.

4. Ô omoudajos ro pabacu Arpov. De Sacrificiis Abelis et Caini, p. 152, ed. Paris.

pliqué par eux à l'univers tout entier, n’est au fond qu'une conséquence de la Grâce : c'est'elle et elle seule qui fait le mérite du juste ; pourquoi donc, par ce ca nal, n'arriverait-elle pas aussi jusqu'au méchant? Quant au péché originel, cette autre entrave à la liberté humaine, il ne serait pas impossible d'en trouver la définition dans quelques paroles isolées de notre auteur‘; mais dans un sujet aussi grave il faut ‘attendre des preuves plus explicites et plus sûres. Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que la vie même était aux yeux de Philon un état de déchéance et de eontrainte; par conséquent, plus on entre dans la vie, ou plus on pénètre, soit par la volonté, soit par l'intelligence, dans le règne de la nature, plus il devait croire que l'homme s'éloigne de Dieu, se pervertit et se dégrade. Ce principe est à peu près la seule base de là morale de Philon, sur laquelle il nous reste encore à jeter un coup d'œil rapide.

- ci, queiqu’on trouve encore de loin en loin quelque contradiction, l'influence grecque n’est plus guère que dans le langage; le fond est tout oriental et mystique. Par exemple, quand Philon nous dit avec Antisthène et . Zénon qu’il faut vivre conformément à la nature (té ôpokoyouués Tÿ qÜoz), il entend par la nature humaine, non seulement la domination entière de l'esprit sur le

4. Nous citerons principalement ce passage : IMavrt yewnto xa dv atcud'aïos À, map’ Soc Abe ele qiéaiv, ounquis rd duagrävuv dorl. De Vitd Mos. I, t. I, p. 157, ed. Mangey.

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